Célébrer l’année liturgique : entrer dans une autre signification du temps

Veillée pascal, cierge allumé

Par Hélène Bricout

 

L’axe pascal de l’année liturgique

L’équilibre est toujours délicat entre la célébration de l’ensemble du mystère pascal et la mise en valeur de l’un de ses composants, de façon à mieux l’assimiler. Certes, toute célébration liturgique commémore et célèbre l’ensemble du mystère pascal, même si chaque fête particulière (la Transfiguration par exemple), s’attache davantage à une de ses facettes. L’année liturgique combine les deux : son épicentre est constitué par le Triduum pascal, qui célèbre le mystère pascal dans son entier, mais tout le reste de l’année le déploie selon un programme qui tient compte des limites de la capacité humaine à entrer dans le mystère.

Aucune fête de l’année liturgique ne se comprend donc sans son référent pascal : même les fêtes de saints, où l’Eglise « proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui »(Sacrasanctum Concilium n°104).

C’est cette vive conscience, mise en valeur par le Mouvement liturgique, qui a amené le pape Pie XII à promulguer la restauration de la vigile pascale en 1951, puis celle de la semaine sainte en 1955. On peut ainsi dire que la réforme liturgique a commencé avec la retauration de la célébration annuelle du mystère pascal.

 

L’entrée dans un autre temps

« Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité. »

Cette prière d’ouverture du jour de Noël exprime « l’admirable échange », selon le mot de saint Augustin, que promet le mystère pascal du Christ : recevoir de celui-ci le salut qui nous rend participants de sa vie divine. Or la vie divine est une vie éternelle, dont le baptisé a reçu les arrhes, et que la liturgie, année après année, continue à faire croître.

Vivre du mystère pascal consiste à faire entrer le temps de Dieu dans le temps humain, ou plutôt à inscrire l’existence humaine dans le temps de Dieu – c’est-à-dire dans une perspective eschatologique, suivant la signification donnée par la 6ème préface des dimanches du Temps ordinaire :

« Dans cette existence de chaque jour, que nous recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée. Nous avons reçu les premiers dons de l’Esprit, par qui tu as ressuscité Jésus d’entre les morts, et nous vivons dans l’espérance que s’accomplisse en nous le mystère de Pâques. »

Chaque jour de l’année liturgique, la liturgie (l’eucharistie, mais aussi les liturgies des Heures) introduit une porosité entre la vie présente et la vie éternelle, et apprend aux baptisés à vivre de ce mystère pascal. De la sorte, la mort n’apparaît plus que comme l’ultime étape d’une conformation au Christ qui a été initié avec le baptême. Dès cette vie, le temps de Dieu transfigure le temps, mais aussi l’activité de l’homme, ainsi que l’évoque la prière du mardi de la 2ème semaine après Pâques :

« Seigneur, fais-nous déployer aux yeux du monde la vitalité du Christ vainqueur de la mort : après avoir reçu le germe de sa grâce, que nous en portions tous les fruits. »

Par leur baptême et par leur initiation permanente au mystère du Christ, les chrétiens sont constitués porteurs du mystère dont ils sont nés, et qui se déploie par eux dans la vie du monde.

L’enjeu théologique de l’année liturgique est donc bien là : permettre aux fidèles de vivre du mystère pascal dès cette vie, en attendant que l’eschatologie le réalise en plénitude. Au long de son histoire, la liturgie n’a cessé d’être la pédagogue de cet apprentissage en répétant de diverses manières au long du cycle annuel la nouveauté et la grandeur du mystère qu’elle porte

Extrait de l’article L’année liturgique, Un éclairage historique Célébrer N° 367

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