Le Carême des baptisés

(C) CIRIC

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Par Philippe Barras

Si le Carême est bien le temps de la préparation ultime des catéchumènes, il est aussi pour tous les baptisés le temps de la conversion qui prépare à la grande fête pascale. L’un d’ailleurs ne va pas sans l’autre : c’est parce qu’il est « temps de la purification et de l’illumination » pour ceux qui s’apprêtent à recevoir les sacrements de la Pâque, que le Carême est « temps d’effort, de prière et de partage » pour tous les fidèles qui s’apprêtent à être renouvelés dans leur existence de baptisé.

Aussi, c’est une chance pour la communauté chrétienne locale, lorsqu’en son sein des catéchumènes se préparent au baptême, à la confirmation et à la première eucharistie.

  • Grâce à eux, à leur démarche, aux rites qui leurs sont destinés, toute la communauté peut entrer davantage dans le mystère du salut que nous offre le Christ et que nous célébrons à Pâques.
  • Avec eux, chacun est appelé à faire des choix dans sa vie pour suivre le Christ, au-delà de ses faiblesses et de ses misères.
  • Pour eux, les chrétiens sont invités à marcher à leur côté, à les soutenir, à les accompagner.

Soutenir les catéchumènes

C’est là une tâche essentielle pour les baptisés durant le Carême. Les catéchumènes qui sont, ne l’oublions pas, membres de l’Église depuis leur entrée en catéchuménat, ont besoin du soutien de leurs frères. Qui plus est, ils se préparent à communier avec eux au même Corps pour devenir Un dans le Christ !

« Au temps du Carême, temps de purification et d’illumination, les fidèles seront assidus aux rites des scrutins et des traditions, et apporteront aux catéchumènes le témoignage de leur propre renouvellement dans l’esprit de pénitence, de foi, et de charité. À la veillée pascale, ils auront à cœur de renouveler les promesses de leur baptême. » (Rituel, n°44)

Dans les services diocésains du catéchuménat, la question de l’intégration des catéchumènes à la communauté locale est régulièrement posée (par exemple à cause de leur absence à l’assemblée dominicale). Sans prétendre répondre à cette question difficile, il faut admettre que cela dépend de la manière dont la communauté locale assiste, soutien et accompagne les catéchumènes. Si la communauté chrétienne reste discrète pendant le temps du catéchuménat, pour respecter le cheminement des catéchumènes (même lors de l’Appel décisif, le rituel demande que le témoignage des fidèles soit juste et prudent), elle doit se sentir directement concernée durant la préparation ultime.
Cela passe par une présence amicale des fidèles, par leur soutien lors des célébrations, par leur sollicitude permanente (et pas seulement durant les célébrations), par le témoignage de leur vie de foi avec ses difficultés et ses joies, par leurs efforts de pénitence et de réconciliation, etc.

La célébration des scrutins, les 3 e, 4e et 5e dimanches de Carême en fourni une occasion unique. Et la communauté chrétienne aura soin d’y assurer une présence priante forte, mais non oppressante pour les catéchumènes (ce n’est pas le moment de les mettre « en vedette » ni d’insister plus que de raison sur le rite du scrutin).

Un chemin de conversion

Comme expliqué plus haut, la présence des catéchumènes se préparant à recevoir les sacrements à Pâques, est une chance pour les fidèles qui ont à vivre un Carême de conversion. Les Évangiles de chaque dimanche nous mettent en présence du Christ, nous révélant un peu plus son visage, nous invitant à nous en remettre à lui et à le suivre jusqu’au Père. Il suffit de regarder attentivement l’attitude de Jésus avec la Samaritaine, avec l’Aveugle-né, avec Lazare et ses sœurs, pour mesurer combien le Seigneur nous invite à l’accueil, au partage et à la rencontre de l’autre.

Tout comme les catéchumènes – et leur présence peut nous y aider – nous avons à retrouver ce qui dynamise notre foi dans le Christ ressuscité, à le suivre dans une attitude de charité, d’amour, de solidarité, à nous tourner vers son Père riche en miséricorde pour le louer et pour le supplier. Cela dépend de chacun de nous, mais dans une démarche d’Église.

« Depuis l’allégement des obligations extérieures du Carême, nous avons tendance à le gérer individuellement, à notre convenance, quitte à dire qu’il n’existe plus ou à le comparer au ramadan (…) Les contraintes extérieures qui demeurent (jeûne du mercredi des cendres et du vendredi saint, abstinence des vendredis de Carême) ne sont pas des privations individuelles, mais un signe donné par la communauté des chrétiens de la démarche plus profonde dans laquelle elle s’engage durant le Carême. Paul VI, en allégeant l’extérieur, insistait sur le sens à donner au Carême : prière, écoute de la Parole, conversion, partage, jeûne… Nous y sommes invités toute l’année, mais le Carême est un temps de ressourcement et d’évaluation, celui de la communauté Église qui est appelée aussi à manifester ce qu’elle vit. » (Jean Bouttier, aumônier national du CCFD, plaquette de Carême 1999, fiche édito)

Le chemin de conversion auxquels nous sommes tous appelés est celui de notre baptême. C’est pourquoi l’Église accorde grand prix à la démarche de pénitence et de réconciliation pendant le Carême. Nous sommes appelés à retrouver en nous l’homme nouveau que le Christ ne cesse de révéler depuis le jour de notre baptême. Nous sommes appelés à redécouvrir la grâce de ce baptême, ce qui fait sa force et les choix qu’il suppose de notre part. Et cela se fait par l’écoute de la Parole, le partage avec les frères (voir les propositions du CCFD), la prière et le jeûne.

Cela peut-il se faire mieux que dans le même mouvement que celui qu’empruntent les catéchumènes durant la même période ? On peut même dire qu’à ce point, ce sont les catéchumènes qui soutiennent les baptisés dans leur démarche.
Nous faisons là encore l’expérience que nous avons toujours besoin des autres.

Extrait de la revue Célébrer n°287, mars 1999, Editions du Cerf © Tous droits réservés Le Cerf / SNPLS