Vivre le dimanche autrement ?

7 juillet 2013 : Pemière messe de Fère Jean-Yves LEBEC, moine de la communauté Saint Jean, en la basilique de Vezelay (69), France. July 7, 2013: First mass celebrated by brother Jean-Yves LEBEC, in the basilica of Saint Mary Magdalene, Vezelay, France.

Par Pascal Sarjas, Vicaire épiscopal, responsable PLS du diocèse de Metz, Professeur de liturgie au séminaire de Metz

 

Depuis plusieurs années se développent des propositions riches et variées pour vivre quelques dimanches de l’année de façon renouvelée : temps conviviaux après la messe, petit déjeuners ouvrant à un partage thématique avant la messe, journée dominicale avec différentes étapes d’une catéchèse paroissiale… Dans la dynamique de la nouvelle orientation pour la catéchèse en France, la proposition de temps intergénérationnels articulés sur la célébration dominicale fait de certains dimanches un évènement exceptionnel pour les chrétiens d’une paroisse.
Cela suppose une organisation importante et mobilise beaucoup de bonnes volontés dans un souci d’élargir l’invitation, en particulier vers les pratiquants occasionnels. Les promoteurs de cette manière de vivre et de célébrer le dimanche veulent permettre de sortir d’un sentiment de routine pour ouvrir au dialogue et approfondir le contenu de la foi chrétienne.

Choisir le bon Temps plutôt que le bon thème

Sans sous-estimer l’impact de ces propositions sur la dynamique missionnaire qu’elles suscitent, il n’est pas sans intérêt de s’interroger sur le lien entre ces dimanches exceptionnels et les dimanches dits « ordinaires ».

Le Temps ordinaire dans la dynamique de l’année liturgique contribue à  la structuration de la foi. Le rapport entre les Temps particuliers (Avent, Carême et Temps pascal), les fêtes et solennités, et le Temps ordinaire s’apparente au rapport de réciprocité entre silence et parole dans le langage ou dans la musique. L’investissement sur ces dimanches ne risque t-il pas de se faire au détriment des célébrations dominicales habituelles ?

En ce sens, ne serait-il pas souhaitable que ces propositions particulières pour « vivre le dimanche autrement » s’articulent davantage sur les temps privilégiés de l’année liturgique plutôt que sur certains dimanches ordinaires transformés pour l’occasion en temps forts thématiques ?

La pédagogie évangélique de la célébration

Le Temps ordinaire est lui-même construit sur un développement de la pédagogique évangélique qui nous fait pénétrer progressivement dans le mystère du salut en Jésus Christ. Au long des trois évangiles synoptiques, chaque dimanche du Temps ordinaire dévoile une facette de ce mystère pour nous permettre d’entrer dans une relation au Christ. Il serait donc profitable, pour entrer dans cette pédagogie, de favoriser le lien étroit entre ces temps intergénérationnels et la force de l’évangile.

  • Parler de Dieu et parler à Dieu

Pour autant, cela ne signifie pas que ce temps précédant la célébration doive se transformer en préparation de l’évangile du dimanche. Davantage, un temps intergénérationnel peut conduire à entrer dans la connaissance de Dieu : Qui est ce Dieu créateur ? Père ? Fait homme, etc. ?  Cette explicitation est nécessaire pour permettre ensuite de s’adresser à Dieu en vérité et d’écouter sa parole dans la liturgie. Nous sommes alors loin d’un « autrement » qui consisterait à utiliser la liturgie comme expression d’ateliers de catéchèse (décors thématiques réalisés par les enfants et apportés à l’autel etc.). C’est toute la question de l’articulation entre catéchèse et liturgie qui est ici introduite : comment mettre en œuvre une catéchèse sans se servir de la liturgie comme lieu de synthèse didactique ? Comment célébrer le mystère pascal sans transformer cela en illustration catéchétique ?

Du chaud au froid…

Ces dimanches dits « autrement » rassemblent les chrétiens habituels ainsi que des chrétiens occasionnels. Selon que la proposition soit en lien avec la préparation aux sacrements ou avec une démarche comme Diaconia 2013, elle va s’adresser à des cercles de chrétiens différents. La mise en œuvre liturgique va prendre un caractère particulier : rassemblement des chorales, caractère festif déployé, assemblée importante. Au risque alors que le dimanche suivant, le niveau de solennité étant moindre, la messe apparaisse comme plus triste. Et pourtant c’est toujours le mystère pascal qui en est la source !

Dimanche festif mais mariage triste

L’exemple des dimanches où sont rassemblés les fiancés de la paroisse est parlant.

Pour « la messe des fiancés », tout est fait pour donner une image positive voir grandiose de la communauté chrétienne. Et pourtant le dimanche suivant et même le jour du mariage, la chorale est composée d’un tout petit groupe de personnes et les chrétiens habituels sont très peu nombreux, ce qui apporte un contraste décevant pour les jeunes générations.

  • La séduction de l’exceptionnel

Dans un monde qui valorise l’exceptionnel sur l’ordinaire, dans une société qui passe de sommets en sommets en dépassant le quotidien jugé comme banal, il est de plus en plus difficile de résister. D’autant plus que les chrétiens qui organisent ces dimanches autrement sont, comme nous tous, immergés dans l’évènementiel ambiant.

Plus encore, le caractère exceptionnel implique une dimension séductrice où il s’agit de toujours déployer d’autres nouveautés pour maintenir l’enthousiasme.

  • La fidélité s’apprend

Les dimanches du Temps ordinaire inscrivent les chrétiens dans la fidélité du don de Dieu. Ils font percevoir combien la présence du Christ au milieu de son peuple est une source de vie au quotidien pour faire de l’ordinaire un temps unique.

Les propositions pour vivre le dimanche « autrement » doivent s’articuler sur la vie chrétienne quotidienne, sans devenir les « nouvelles fêtes liturgiques solennelles ». Ces dimanches « autrement » interrogent la réelle vitalité du rassemblement dominical eucharistique et constituent un appel à vivre en profondeur les dimanches du Temps ordinaire.

L’attention à la communion

La vie des paroisses est aujourd’hui soumise à des rythmes variés, entre temps « habituels », qui rassemblent plus facilement et régulièrement les membres assidus de la paroisse (ou du regroupement de paroisses ; des temps « exceptionnels » qui cherchent à rendre possible la participation de « réseaux » de paroissiens moins réguliers, voire peu pratiquants. L’attention à la communion entre ces différentes catégories de personnes demeure un défi réel.

Les rassemblements dominicaux – Documents Episcopat n°9-10/2011