Le culte des saints dans l’Eglise catholique

Façade de la Basilique Saint Pierre à Rome

Façade de la Basilique Saint Pierre à Rome

Par Pierre Jounel

 

Nature du culte des saints

Pour dire en quoi consiste le culte des saints dans l’Église catholique il ne sera pas inutile de répondre d’abord à deux questions : qu’est qu’un saint ? Que signifie le mot culte ?

Qu’est-ce qu’un saint ?

En chantant dans chacune de nos eucharisties : Saint, saint, saint le Seigneur, nous proclamons que Dieu seul est Pur, Dieu seul est Transparence, Dieu seul est Amour? dieu seul est saint, Dieu Père, Fils et Esprit. C’est ainsi que nous pouvons dire également au Christ : Toi seul es Saint, Toi seul es Seigneur, comme nous le recommande l’apôtre Pierre (1 Pe 3, 15).

Les hommes ne sont saints que dans la mesure où Dieu en a fait ses consacrés : Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu (Lév 19, 2). Le peuple d’Israël est appelé dans la Bible un peuple saint parce qu’il est le peuple de Dieu, le peuple sacerdotal et royal (Ex 19,5-6). L’Église du Christ est sainte, parce qu’elle est le nouveau peuple de Dieu (1 Pe 2,9). Elle est sainte et immaculée (Ep 5 ; 27), parce que le Christ l’a lavée dans son sang.

Dès lors la sainteté du corps du Christ pourra être communiquée à ceux qui deviendront ses membres par le baptême. C’est pourquoi Paul appelle saints tous les chrétiens, aussi bien ceux de Rome (Rm 1, 7) que ceux de Jérusalem (Rm 15,25).

Peu à peu cependant, à partir de l’époque où l’on commença à vénérer particulièrement les martyrs, on devait réserver le titre de saint d’une manière de plus en plus exclusive aux fidèles du Christ en qui resplendissait davantage l’image de leur Seigneur. Un saint est donc un chrétien qui a vécu plus intensément les yeux fixés sur le Christ pour le suivre de plus près, tel Etienne dans sa mort, ou plutôt c’est un baptisé qui s’est laissé davantage saisir par le Christ de manière à pouvoir dire avec Paul : Si je vis, ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Cette identification du saint au Christ, et spécialement au Christ en croix, a été ressentie vivement par les premières générations chrétiennes. La Lettre des fidèles de Vienne et de Lyon aux frères d’Asie (en 177) en témoigne :

«Le Christ souffrait en Sanctus… Le corps de Pothin s’en allait de vieillesse, mais il gardait son âme en lui, afin que par elle le Christ triomphât.»

Quant à Blandine, «petite, faible, méprisée, elle avait revêtu le Christ. Ses compagnons voyaient des yeux du corps, par le moyen de leur sœur, celui qui avait été crucifié pour eux.»

C’est pour avoir fait la même découverte dans le martyr de leur évêque Polycarpe que, vingt ans plus tôt, les chrétiens de Smyrne veillèrent à recueillir ses restes, afin de « célébrer dans la joie et l’allégresse l’anniversaire de sa naissance à Dieu » près de son tombeau.

En quoi consiste le culte des saints ?

La lettre des chrétiens de Smyrne, qui constitue le plus ancien témoignage sur la célébration de l’anniversaire des martyrs (vers 155), précise déjà clairement la nature de ce culte, car elle ajoute :

« Nous adorons le Christ, parce qu’il est le Fils de Dieu ; quant aux martyrs, c’est en leur qualité de disciples et d’imitateurs du Seigneur que nous les aimons. »

Deux siècles et demi plus tard, Augustin précisera : « Si nous honorons les martyrs, nous n’élevons d’autel à aucun d’eux. » Mais il faut lire cette page dans laquelle l’Église catholique reconnaît l’exacte formulation de sa doctrine au culte des saints.

En effet, quel évêque montant à l’autel, dans les lieux où les corps des saints sont ensevelis, a-t-il jamais dit : Nous offrons à toi, Pierre, ou Paul, ou Cyprien ? Ce que l’on offre, on l’offre à Dieu qui a couronné les martyrs, auprès des tombeaux de ceux qu’il a couronnés, afin que les lieux eux-mêmes encouragent à une plus grande ferveur pour aiguiser la charité envers eux, que nous pouvons imiter, et envers lui, dont l’assistance nous permettra de le faire.

Nous rendons aux martyrs le même culte d’affection et de solidarité que l’on rend en cette vie aux saints hommes de Dieu dont nous constatons que le cœur est prêt à subir les mêmes souffrances pour la vérité de l’Évangile. Toutefois, nous honorons les martyrs avec un plus grande ferveur parce que celle-ci est plus assurée, maintenant qu’ils ont triomphé de tous les combats ; nous célébrons par une louange plus confiante ceux qui sont déjà victorieux dans une vie plus heureuse, de préférence à ceux qui sont encore dans les luttes d’ici-bas.

Mais le culte d’adoration (pour les grecs, « latrie »…) est une obligation due proprement à la divinité. Nous le rendons et nous enseignons à le rendre à Dieu seul. Or, c’est de ce culte que relève l’oblation du sacrifice et c’est pourquoi on taxe d’idolâtrie ceux qui vont jusqu’à rendre un tel culte aux idoles. En aucune manière nous ne rendons un tel culte, ni nous ne prescrivons de le rendre, à aucun martyr, à aucune âme sainte, à aucun ange Et quiconque tomberait dans une telle erreur, on le reprend, selon la sainte doctrine, afin qu’il se corrige ou qu’il se tienne sur ses gardes.

Mais autre chose est ce que nous enseignons, autre chose, ce que nous supportons ; autre chose, ce qu’il est ordonné de corriger et, en attendant que nous l’ayons corrigé, ce que nous sommes contraints de tolérer. (3)

Les formes diverses du culte des saints

La dernière phrase d’Augustin ouvre déjà quelques perspectives sur les déviations possibles du culte des saints, mais son exposé dit clairement que la notion de culte n’a pas le même sens selon qu’on l’attribue à Dieu et aux saints. Dans le latin chrétien, comme dans le latin classique, le mot cultus revêt toute une gamme de significations, qui va de la culture des champs à l’action d’honorer ses parents, sa patrie ou les dieux, en passant par le genre de vie. En français, l’usage du mot culte n’est pas antérieur à la fin du 16ème siècle et, au 17 ème, il passe encore pour un mot rare. C’est pourquoi il nous faudra analyser les formes que revêt le culte des saints pour en préciser la signification. Entre le culte liturgique et le culte populaire les connotations ne seront pas toujours les mêmes. Mais sa nature s’éclaire aussi en référence à ses origines et à la manière dont il s’est développé.

 

 

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