La crèche, Avent et dévotions populaires

Décembre 2015 : Enfant regardant une crèche de Noël dans une église. Saint Malo (35), France.

Décembre 2015 : Enfant regardant une crèche de Noël dans une église. Saint Malo (35), France.

Par Nadine Cretin

La crèche (du germanique « Krippe »), mangeoire pour le bétail, désigne plus particulièrement celle de Bethléem en Judée où, selon l’évangéliste saint Luc, l’Enfant Jésus naquit. Par extension, la crèche est la représentation de la Nativité faite dans les églises ou les maisons au moment de Noël : dans une étable ou une grotte, la Sainte Famille, composée de l’Enfant-Jésus, de Marie et de saint Joseph, est entourée de l’âne et du bœuf, ainsi que de bergers avec leurs moutons, et des Mages apportant leurs trésors. Faite au début de l’Avent dans de nombreuses familles, la crèche reste jusqu’à l’Epiphanie. En Provence, la crèche est présente jusqu’à la Chandeleur, le 2 février.

Luc et saint Matthieu sont les deux évangélistes qui parlent de la petite enfance du Christ. Luc rapporte sa naissance à Bethléem : les premiers avertis de la naissance du Christ sur Terre par les anges furent d’humbles bergers qui dormaient dans les champs, ce qui a de tout temps été très populaire.Matthieu, lui, parle de la visite de Mages venus d’Orient qui avaient suivi son étoile pour l’adorer. Ils offrirent au divin enfant de l’or, de l’encens et de la myrrhe, trois cadeaux précieux qui déterminèrent le nombre de Mages et leur richesse. Les évangiles apocryphes, écrits postérieurement, ont ajouté des détails, reprenant certaines prophéties de l’Ancien Testament. L’âne et le boeuf apparurent ainsi au IVe siècle, selon une prophétie d’Isaïe indépendante de la Nativité : « Le boeuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, (…) mon peuple ne comprend pas ».

Les Mages devinrent « rois » selon divers extraits des Psaumes et une autre prophétie d’Isaïe : « Les nations marcheront à ta Lumière et les rois à ta clarté naissante ».

La scène de la Nativité, très visuelle entre les modestes vêtements des bergers et les soieries des Mages, occasionna très tôt des crèches vivantes et des jeux liturgiques célébrés et dansés dans les églises entre Noël et la mi-janvier. En raison des débordements qu’ils occasionnaient, ces jeux furent chassés sur les parvis : les mystères, pièces de théâtre religieuses en marge de la liturgie, les remplacèrent aux XIVe et XVe siècles. A leur tour, trop bruyants, ils furent interdits au XVIe siècle (en 1548, par un arrêt du Parlement de Paris, entre autres). Ces décisions allaient encourager deux sortes de représentations sages que nous connaissons toujours : les noëls, chants repris en chœur à la messe de Minuit, et les crèches.

Dans la lignée des jeux liturgiques, saint François d’Assise, qui voulait stimuler la dévotion des habitants en évoquant le souvenir concret de la Nativité, célébra la messe de la nuit de Noël 1223 dans la grotte de Greccio dans les Abruzzes, au-dessus d’une mangeoire remplie de foin et en présence d’un âne et d’un boeuf. L’exemple du saint contribua à l’essor de la piété populaire et les premières crèches, encouragées par les Franciscains et les Jésuites qui, en réaction contre la Réforme, approuvaient les supports visuels de la piété, apparurent dans les églises au XVIe siècle : à Prague par exemple, en 1562. Les personnages en bois étaient presque grandeur nature.

A la fin du XVIIe siècle à Naples, les maisons aristocratiques adoptèrent des crèches très élaborées qui présentaient la Nativité en plusieurs tableaux : scène de l’auberge (« parce qu’à l’auberge, il n’y avait pas de place pour eux », précisait saint Luc), Nativité dans des ruines antiques, annonce aux bergers, cortèges orientaux. La taille des figurines ne dépassait pas trente à quarante centimètres.

En Provence, un oratorien marseillais avait déjà signalé en 1683 la dévotion pour la crèche. En Alsace ou à Nevers, se multiplièrent à partir du XVIIIe siècle des tableaux vitrés fabriqués dans des couvents, avec des petites figurines en mie de pain ou en verre filé. N’y figurait parfois que l’Enfant-Jésus parmi les fleurs, symboles du Paradis.

La fermeture des églises à la Révolution stimula probablement le développement des crèches familiales et, en Provence, les santons d’argile se multiplièrent, suivant l’exemple du Marseillais Lagnel à la fin du XVIIIe siècle : comme l’homme dans la Genèse, le santon (du provençal « santoun », petit saint) devait être créé dans la boue. Figé dans son costume Restauration (1815-1830), chacun apporte son offrande à l’Enfant-Jésus. Les santonniers s’inspirèrent des personnages des pastorales, pièces de théâtre comiques et satiriques où la Nativité n’est plus qu’un prétexte. La première foire aux santons date de 1803 : distinctes des marchés de Noël, ces foires existent toujours en Provence et se tiennent pendant l’Avent et en janvier : celle d’Aubagne est la plus réputée.

Inventaire des Fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui (c) Larousse, 2003.