Liturgie des Heures, sanctifier le temps

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Horloge de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, portail sud. Oeuvre du XVIe s. Bas Rhin (67), Alsace, France.

Horloge de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, portail sud. Oeuvre du XVIe s. Bas Rhin (67), Alsace, France.

ar Dominique Foyer, du diocèse de Cambrai, théologien moraliste et professeur à la Catho de Lille

 

La liturgie des Heures « a en propre, par rapport aux autres actes liturgiques […], de consacrer tout le cycle du jour et de la nuit[1]. »

Offrande de soi, offrande du temps

La seule offrande que nous ayons à offrir est celle du Christ lui-même, qui s’est pleinement offert à Dieu son Père. C’est donc avec lui, par lui et en lui, que nous devenons capables de nous offrir nous-mêmes.

Dans cette logique d’offrande christique de notre propre vie, pour pouvons offrir à Dieu le temps qui passe, la durée même de notre existence, nous qui sommes précisément marqués par le temps qui nous rend vulnérables.

Offrir le temps, c’est donc offrir ce qui nous constitue intimement – bien plus encore que l’espace ou la matière – ce que nous avons de plus précieux, car ce temps, donné, s’écoule inexorablement, sans que nous puissions le retenir, l’arrêter ou le capitaliser de quelque façon que ce soit. En revanche, nous pouvons l’offrir au Seigneur.

Sanctifier et non sacraliser

Dans la célébration de la liturgie des Heures, l’Église offre à Dieu le temps qui passe, la vie humaine qui s’écoule. En cela, elle effectue une véritable sanctification du temps humain. Cette mission est celle de l’ensemble du corps ecclésial, même si elle est tout spécialement confiée aux ministres ordonnés, ainsi qu’aux religieux et consacrés.

Il n’y a aucune idolâtrie dans cette démarche de sanctification du temps. Au contraire, sanctifier le temps est une façon de rendre toute grâce à Dieu, puisque le temps, quotidiennement offert, est d’abord un don reçu de lui.

C’est aussi l’affirmation de notre liberté : la Révélation nous libère définitivement de l’éternel retour du « Même » caractéristique des mythologies, et nous aide à résister à l’émiettement du temps, caractéristique de notre civilisation technique. Parce que le Christ est venu dans notre chair, le temps des hommes peut devenir Histoire, avec une origine et une fin divine, et histoire sainte où nous reconnaissons la présence du Christ, « Maître des temps et de l’histoire »[2], alpha et oméga de toutes nos durées.

Construire le temple spirituel

Le commandement du Seigneur, de toujours prier sans se décourager (Lc 18,1), relayé par Paul (cf. Ep 5, 20 ; 6, 18), se comprend dans cette perspective d’offrande et de sanctification. Sanctifier le temps quotidien par la prière et la célébration liturgique des Heures, revient à participer à l’édification du nouveau Temple, le temple spirituel, fait non pas de main d’homme et de matériaux terrestres, mais bâti par l’Esprit avec les prières des saints (cf. Ap 8, 3).

Ceux qui acceptent d’assurer le service de la prière publique de l’Église, font des différentes heures du jour et de la nuit les stations d’un immense pèlerinage effectué non pas dans l’espace, mais dans la durée. La prière rythme la vie de l’Église et lui donne sa scansion sainte.

Or la prière des Heures, très largement constituée de passages de l’Écriture, à commencer par les psaumes, contribue puissamment à installer la parole de Dieu au cœur de l’histoire des hommes selon la logique de l’Incarnation elle-même.

Article extrait de Célébrer n°285

[1]. PGLH, n. 10.

[2] 5e préface des dimanches du temps ordinaire.