L’origine de la prière des Heures

Monastère des bénédictines à Saint-Thierry (51)

Monastère des bénédictines à Saint-Thierry (51)

Par Marie-Armelle Girardon

 

  • Au temps où vivait Jésus, la journée de l’homme juif religieux était rythmée par trois temps de prière. Ainsi, nous lisons dans le livre de Daniel (6, 11) à propos du prophète : « Trois fois par jour, il se mettait à genoux et il priait et louait en présence de son Dieu, comme il le faisait auparavant. » Cf. aussi Ps 54, 17-18 : « Pour moi, je crie vers Dieu ; le Seigneur me sauvera. Le soir et le matin et à midi, je me plains, je suis inquiet. Et Dieu a entendu ma voix. »
  • L’activité apostolique dynamique qui constitue la trame des Actes des Apôtres baigne dans une atmosphère de prière soutenue : « D’un même cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. » (Actes 1, 14 ; cf. aussi Ac 2, 42 et 47).

On voit également les apôtres prier ensemble dans des circonstances précises ; par exemple :

– avant l’élection de Matthias : Ac 1, 24

– quand Pierre est en prison : Ac 12, 5

– lors des adieux de Paul aux anciens d’Éphèse : Ac 20, 36

Mais quelle forme revêtait cette prière commune ? Était-elle spontanée ou déjà relativement figée ?

Dans Col 3, 16-17, nous lisons : « Que la Parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse : instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres avec pleine sagesse ; chantez à Dieu dans vos Cœurs votre reconnaissance par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit. » On voit que la lecture de l’Ecriture, l’enseignement et les psaumes sont présents dans cette réunion de Chrétiens comme dans la prière juive, mais que s’y ajoutent la mémoire de la Parole du Christ et une grande souplesse pour improviser ; ainsi surgirent très tôt certaines hymnes à la louange du Christ Seigneur, comme :

Philippiens 2, 6-11 : « Jésus, de condition divine… »

Colossiens 1, 15-20 : « Il est l’image du Dieu invisible… »

1 Timothée 3, 16 : « Christ, manifesté dans la Chair… »

qui sont encore chantées aujourd’hui dans la Liturgie des Heures.

Mais c’est surtout dans le chapitre 4 des Actes que l’on comprend comment les Apôtres ont prié ensemble d’une manière nouvelle :

  • Pierre et Jean, pour avoir guéri un boiteux au nom de Jésus, ont été arrêtés, conduits devant le Sanhédrin, menacés. Une fois relâchés, ils racontent à la communauté ce qui s’est passé- (v. 23).
  • A ce récit, tous unanimes se tournent vers Dieu : ils le bénissent comme Créateur, et entonnent un psaume (Ps 2) où ils reconnaissent l’inspiration de l’Esprit Saint dont leur a parlé Jésus (v. 24-26) ; et voilà qu’ils improvisent un commentaire du psaume dont ils réalisent l’accomplissement en vérité par le Christ (v. 27-28). Puis vient la supplication à propos de l’actualité de ce psaume : « Et maintenant, Seigneur… » pour que la main de Dieu continue à manifester sa puissance dans l’histoire par la médiation de l’Église persécutée à cause du Nom de Jésus (v. 29-30).

Après la prière, c’est un dynamisme nouveau qui leur est donné par l’Esprit Saint dont ils furent tous « remplis » et « ils annonçaient la Parole de Dieu avec assurance » (v.31).

Mais l’Église, née de la Pentecôte, n’a-t-elle pas toujours besoin au fil des jours de retremper ses énergies dans la Parole de Dieu et la prière ?

C’est exactement ce que nous propose la liturgie des Heures : au milieu de notre vie concrète, prendre le temps de contempler la grandeur de Dieu (hymne) ; de nous souvenir de sa fidélité envers les siens (psaumes) ; de méditer la Parole à la lumière du Christ (Parole de Dieu le soir, cantiques évangéliques) ; d’intercéder pour les besoins de l’Église et du monde avant de repartir « avec assurance » au service du Royaume.