Le signe de la croix dans les Rituels de l’initiation chrétienne

signe de croix

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Par Odette Sarda, théologienne appartenant à la congrégation des Dominicaines. Chargée du catéchuménat dans le diocèse de Marseille depuis 2012, elle a été responsable pendant plus de 20 ans au Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, de l’Initiation chrétienne et en particulier du baptême des petits enfants. Elle a également été en charge du dossier de la liturgie des Heures.

 

L’Église nous offre aujourd’hui quatre Rituels de l’initiation chrétienne : le Rituel de l’Initiation chrétienne des adultes (1996), le Rituel du Baptême des enfants en âge de scolarité (1977), le Rituel du Baptême des petits enfants (1984) et le Rituel de la Confirmation (1991). La Constitution sur la Sainte Liturgie (CSL § 64-71) a souhaité que soient révisés ces rituels, et, en ce qui concerne les adultes, que soit restauré le catéchuménat. Le geste du signe de la croix, parce qu’il revêt une symbolique forte, y prend une place centrale.

Le signe de la croix dans le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes et dans le Rituel du baptême des enfants en âge de scolarité.

Ces deux Rituels sont des rituels de type catéchuménal, c’est-à-dire que les adultes, et aussi les enfants à partir de l’âge de raison, ne reçoivent pas le sacrement du baptême en une seule fois comme les petits enfants. L’Église tient compte du sujet auquel elle s’adresse.

Dans l’initiation chrétienne des adultes

Le Code de droit canonique indique : « Le baptême des adultes, au moins ceux qui ont quatorze ans accomplis, sera déféré à l’Évêque pour qu’il l’administre lui-même, s’il le juge opportun. »

Un adulte, pour devenir chrétien, a besoin de temps, c’est pourquoi le rituel prévoit que son cheminement vers les sacrements de l’initiation chrétienne dure deux à trois ans. Quand une personne vient exprimer son désir de devenir chrétien, elle est en général confiée à un groupe de catéchuménat des adultes sur une paroisse ou sur un secteur donné. Elle commence alors à cheminer, à découvrir la parole de Dieu, à connaître le Christ et des chrétiens et, le plus souvent, au bout de quelques mois, voire une année – quand les rencontres ont eu lieu à un rythme régulier de trois semaines ou d’un mois – cette personne est invitée après dialogue et discernement à entrer en catéchuménat. Cela suppose une conversion initiale et un certain sens de l’Église (Rituel des adultes, § 71).

Le Rituel, au § 70, indique : « L’entrée en catéchuménat est de la plus grande importance : dans cette première rencontre publique, les candidats s’ouvrent à l’Église de leur intention, et l’Église, accomplissant sa mission apostolique, reçoit ceux qui veulent en devenir membres. Dieu leur accorde largement sa grâce tandis qu’ils expriment publiquement leur désir, et que l’Église donne le signe de leur accueil et d’une première consécration. »

Notons que l’expression française : « rite de l’entrée en catéchuménat » traduit la tournure latine : Ordo ad catechumenos faciendos, littéralement « rite pour faire des catéchumènes » ; la formule dit bien ce qu’opère le rite. Or le moment essentiel de l’entrée en catéchuménat, c’est-à-dire dans l’Église, non comme baptisés mais comme catéchumènes, c’est le signe de la croix. C’est le premier geste déployé sur le corps des candidats au baptême. Dès le début du IIIe siècle, celui qui veut devenir chrétien est marqué, dès le commencement de sa démarche, de la croix du Christ. Cela apparaît comme traditionnel à Rome et en Afrique du Nord.

 

Le Rituel des adultes prévoit de faire cette signation d’abord sur le front ; puis sur les oreilles, les yeux, la bouche, le cœur et les épaules de chaque candidat. À la fin, celui qui préside trace un signe de croix sur l’ensemble des catéchumènes (sans les toucher cette fois). Ainsi, c’est tout l’être qui se laisse saisir par le Christ et par la communion trinitaire et s’ouvre à cette grâce. C’est ce qu’expriment les paroles brèves mais denses qui accompagnent chacune des signations et que les candidats et tous les participants écoutent avec gravité.

Le célébrant trace avec le pouce une croix sur le front de chaque candidat au baptême, en disant :

« N., recevez sur votre front la croix du Christ, c’est le Christ lui-même qui vous protège par le signe de son amour. Appliquez-vous, désormais, à le connaître et à le suivre. » (Rituel § 88)

Ensuite a lieu la signation des sens. Au jugement du célébrant, elle peut être omise en partie ou même totalement. Mais les accompagnateurs du catéchuménat, les ministres du baptême et les catéchumènes eux-mêmes, en tout premier lieu, ont découvert combien cette démarche symbolique est forte et permet d’entrer dans un engagement de foi.

« Que vos oreilles soient marquées de la croix, pour que vous écoutiez la voix du Seigneur.

Que vos yeux soient marqués de la croix, pour que vous voyiez la lumière de Dieu.

Que votre bouche soit marquée de la croix, pour que vous répondiez à la parole de Dieu.

Que votre cœur soit marqué de la croix, pour que le Christ habite en vous par la foi.

Que vos épaules soient marquées des la croix, pour que vous portiez joyeusement le joug du Christ ». (Rituel § 90)

À l’expérience, il est bon, comme le suggère le rituel, que les signations soient faites par un ou une catéchiste tandis que le prêtre ou le diacre prononce les paroles prévues. Cela imprime un rythme plus calme et nécessite une synchronisation toute bénéfique. Il est prévu que ce beau rite de la signation soit fait à l’extérieur du bâtiment-église. En effet, c’est marqué du signe de la croix que le catéchumène peut désormais pénétrer dans l’église et dans l’Église ! Autant que faire se peut, l’assemblée des fidèles doit donc rester dehors pour être témoin de ce geste magnifique et accompagner ensuite le mouvement des catéchumènes. Quelle belle symbolique !

 

Cependant, si, pour des raisons diverses, l’assemblée ne peut rester à l’extérieur, pourquoi ne pas faire les signations devant une grande croix, par exemple celle du sanctuaire, en rappelant brièvement qu’elle est au cœur du mystère chrétien ? Les lieux parlent toujours plus que nos commentaires. Pendant l’acclamation qui suit les signations, les accompagnateurs peuvent remettre une croix aux nouveaux catéchumènes. Certains ont été ainsi témoins d’époux qui offraient une croix à leur épouse à ce moment-là : ils la reconnaissaient comme chrétienne, et cela avait beaucoup de sens pour eux ! Certains disaient alors : « N. reçois cette croix. Qu’elle soit pour toi le signe de l’amour de Dieu ».

Écoutons saint Augustin :

« Si nous demandons à un catéchumène : crois-tu au Christ ? Il répond oui, et il se signe. Il porte déjà la croix sur son front et ne rougit pas de la croix de son Seigneur […] Comme les catéchumènes portent la croix sur leur front, ils font déjà partie de la grande maison, mais de serviteurs il faut qu’ils deviennent fils. On ne peut dire en effet qu’ils ne sont rien ceux qui appartiennent déjà à la grande maison.[1] »

Saint Augustin rappelle ici opportunément qu’il y a deux façons d’être chrétiens : catéchumènes ou baptisés (fidèles). De catéchumènes, il faut que ces nouveaux chrétiens poursuivent leur chemin jusqu’à recevoir le baptême dans le Christ. Après les signations, le célébrant dit ou chante :

Dans ta bonté, Seigneur, exauce nos prières

pour ces catéchumènes, N. et N.,

que nous avons marqués de la croix du Sauveur.

Garde-les par la puissance de cette croix.

Ils ont commencé à connaître ta lumière,

qu’ils demeurent fidèles au commandement nouveau,

et qu’ils parviennent à l’illumination de la nouvelle naissance.

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Amen.

(Rituel § 92)

Après ce rite, le célébrant invite les catéchumènes et leurs accompagnateurs à entrer dans l’église. Pour la première fois, ils vont écouter publiquement, avec toute l’assemblée des fidèles, la parole de Dieu.

Pour la confirmation, après l’imposition des mains, c’est encore le signe de la croix qui est tracé avec le saint-chrême sur le front de chaque néophyte par le célébrant : « N., sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. »[2]

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[1] Homélie sur l’Évangile de Jean 11, 3-4

[2] Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, § 232, 259 (dans le chapitre « Rituel abrégé de l’initiation d’un adulte à l’approche de la mort ») et 296 (dans le chapitre « Rituel simplifié pour des circonstances exceptionnelles »).

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