L’unité des trois sacrements de l’initiation chrétienne

(c) CIRIC

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Par Louis-Marie Chauvet, Curé de paroisse dans le diocèse de Pontoise et professeur émérite à l’Institut catholique de Paris

 

« Par les sacrements de l’initiation chrétienne, les hommes délivrés de la puissance des ténèbres, morts avec le Christ, ensevelis avec lui et ressuscités avec lui, reçoivent l’Esprit d’adoption et célèbrent avec tout le peuple de Dieu le mémorial de la résurrection du Seigneur ».

Ainsi débute notre Rituel de l’initiation chrétienne ; le numéro suivant (n° 2), après avoir précisé la nature de chacun des trois sacrements concernés, conclut :

« C’est ainsi que les trois sacrements de l’initiation chrétienne s’enchaînent pour conduire à leur parfaite stature les fidèles qui “exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien” [1] ».

Dans le même sens, la révision du Rituel de la confirmation a été demandée par le Concile, puis entreprise,

« pour manifester plus clairement le lien intime de ce sacrement avec toute l’initiation chrétienne[2]. »

Et si le Rituel du baptême des enfants en âge de scolarité prévoit la « possibilité » pour le prêtre de confirmer ceux-ci sitôt après leur baptême (n° 90 et 118) et requiert « toujours » leur participation à l’eucharistie ce même jour (n° 90 et 123), c’est afin

« de rendre manifeste que les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie sont les sacrements d’une unique initiation chrétienne, et non les sacrements d’étapes psychologiques. » (90)

Cela vaut a fortiori pour les adultes, comme le montre le rituel qui leur est propre (n° 211-213, 229).

 

Un ensemble organique

 Les textes ne sauraient être plus clairs : les trois sacrements de l’initiation chrétienne forment un tout, un « ensemble ». Cela est devenu pour nous une évidence, mais il n’en fut pas toujours ainsi : ainsi, le grand Dictionnaire de Théologie Catholique (première moitié du XXe siècle) ne connaissait pas l’expression d’« initiation chrétienne ». Il s’agit donc d’une redécouverte… Son intérêt théologique et pastoral est grand : parce que les trois forment un « ensemble », chacun des trois sacrements requiert d’être compris dans son rapport aux deux autres ; et comme il s’agit d’un ensemble « organique », ils s’enchaînent selon une dynamique interne qui va du baptême à l’eucharistie.

 

Comme un sacrement unique

Une dynamique d’unité inspirée de s. Augustin

Cette dynamique a été exprimée avec une grande force par S. Augustin notamment. À plusieurs reprises, dans une démarche mystagogique, il rappelle aux néophytes ce qu’ils ont vécu depuis le début de leur itinéraire : engrangés lors de leur entrée en catéchuménat, moulus au long de celui-ci par les efforts de conversion qui leur étaient demandés et qui se rendaient visibles dans les « jeûnes et les exorcismes », imbibés d’eau à la fontaine baptismale pour devenir une pâte, passés à la « cuisson du feu du St Esprit », et ainsi « devenus le pain du Seigneur », ils ont à « devenir ce qu’ils ont reçu : le corps du Christ. » (Sermons n° 229, 272,…)

Un même sacrement en trois gestes

L’unité formée par cet ensemble dynamique est si forte que, sans remettre en cause le septénaire sacramentel, on peut voir en elle comme un « sacrement » unique ; on pourrait même dire : cet ensemble constitue LE sacrement unique, celui qui fait le chrétien. Sacrement en trois gestes ou en trois temps, mais si étroitement reliés qu’ils ne forment qu’une seule figure. Voilà qui est susceptible d’avoir une incidence pastorale et même spirituelle de grande ampleur.

Différents degrés dans les sacrements

Pour le comprendre, il faut se rappeler deux choses :

Une conception analogique du sacrement

D’abord, selon la tradition théologique la plus ferme, y compris bien sûr celle de la grande scolastique du Moyen Age (St Thomas et bien d’autres), le concept de « sacrement » est analogique, ce qui veut dire qu’il est extensible, et qu’il ne se vérifie pas au même degré selon les cas, et que parmi les sept sacrements reconnus comme tels au XIIe siècle, le baptême et l’eucharistie ont été constamment reconnus comme les « sacrements principaux ». Penser l’ensemble des trois sacrements de l’initiation comme UN sacrement unique ne fait donc pas de difficulté du point de vue de la tradition théologique, patristique notamment.

La confirmation considérée comme un élément du baptême

Ensuite, ce que l’on appelle, depuis l’an 450  environ, la « confirmation » n’existait pas à l’état de sacrement indépendant durant la période antique : c’était un élément du baptême ; plus précisément, l’élément qui « achève » ou « parfait » le baptême par l’onction de l’Esprit Saint, un peu comme l’huile parfumée vient « parfaire » un bain. On peut donc, du point de vue théologique, considérer la confirmation comme un élément du baptême : l’élément qui en déploie la dimension « pneumatologique » et qui souligne, de ce fait, le rapport « structurel » du chrétien non seulement avec le Fils, mais avec l’Esprit.

 

Le sacrement de l’initiation chrétienne

Seul « sacrement fondamental »

Dès lors, il ne peut exister de « sacrement » supérieur à cet ensemble sacramentel unique qui « fait » le chrétien, et qui va du baptême « achevé » par la confirmation jusqu’à l’eucharistie. On pourrait même dire, du point de vue strictement théologique, que, au fond, il n’y a qu’un seul « sacrement » fondamental, celui de « l’initiation chrétienne », et que les autres sacrements ne font que décliner celui-ci selon les circonstances de la vie (réconciliation, onction des malades) ou selon les états de vie et chemins de vie (ordination, mariage)…

Il fait de chacun un membre du Corps du Christ

Voilà qui est de grande importance, puisque cela rappelle à tous qu’il n’est pas de chrétien « supérieur » ou d’Église « à deux vitesses ». Ministres ordonnés et laïcs sont certes différents en fonction, mais fondamentalement égaux en dignité… Par le baptême, l’onction et l’eucharistie, chacun devient pleinement citoyen du peuple de Dieu, membre du corps du Christ, pierre vivante du Temple du Saint Esprit. Il faudrait ici relire les magnifiques pages de Jean-Paul II dans « Les Fidèles laïcs », notamment les n° 8 à 14. Les rites de l’encens et de l’eau baptismale dans la liturgie des funérailles expriment cet immense respect envers chacun.

[1] Citation de la Constitution dogmatique sur l’Église, n° 31.

[2]Constitution sur la Liturgie, n° 71 – Paul VI a repris la même formule dans sa Constitution Apostolique « Divinae consortium naturae » sur le sacrement de la confirmation (1971).

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