Vivre des dons et des fruits de l’Esprit Saint

Détail d'un baptistère, Fleur Nabert, église de Schiltigheim (67), France, 2008

Détail d’un baptistère, Fleur Nabert, église de Schiltigheim (67), France, 2008

Par P. Jérôme Guingand, sj

L’Esprit Saint, ou Esprit de Dieu, ne peut se séparer du Père et du Fils. Il se révèle avec Jésus de Nazareth, le Christ, mais il peut aussi se révéler de façon propre. Il est une personne au sein du Dieu unique et Trinité. Il se définit plutôt par ce qu’il fait : il est le “vecteur” ou ce qui permet l’action de Dieu. Il est comme la présence agissante de Dieu. Il est aussi le lien entre Dieu Père et Dieu Fils, et nous le voyons dans le lien entre Jésus-Christ et son Père. C’est par cet Esprit que Jésus a agi pendant les quelques années de son ministère.

Quelques mentions de l’Esprit Saint dans l’Ancien Testament et le Nouveau Testament

Pour comprendre davantage ce qu’est l’Esprit Saint, il s’agit d’abord de se tourner vers la Bible, de l’Ancien au Nouveau Testament.

Dans l’Ancien Testament, l’Esprit Saint est comme la présence agissante de Dieu. Il l’est dès les commencements (Gn 1,1-2). Comme le souffle de Dieu, il permet que l’être humain (homme et femme) soit créé à l’image et la ressemblance de Dieu (Gn 1,26 ; 2,7). Il anime ceux qui libèrent le peuple des ennemis (Jg 3,10) et plus tard les rois, qui reçoivent l’onction d’huile, signe de l’empreinte indélébile de l’Esprit Saint dans leur vie (1 S 16,13). Les prophètes parlent et agissent au nom de Dieu car ils sont animés par ce même Esprit, parfois appelé la main de Dieu (Nb 11,25 ; Is 8,11 ; Jr 1,9). Le Messie est celui qui possèdera en plénitude l’Esprit de Dieu (Is 11,2). Enfin, des textes parlant de la fin des temps, c’est-à-dire de la destiné de toute l’humanité, le voient comme répandu sur tout être humain (Jl 3,1-5).

Jésus de Nazareth est rempli de l’Esprit Saint : c’est ainsi qu’il peut agir comme Messie. Avant qu’il naisse, sa mère Marie apprend que l’Esprit Saint “descendra sur elle” et que son enfant sera “saint” par son être même (Lc 1,35). Au baptême de Jésus, l’Esprit se manifeste comme une colombe qui descend du ciel vers le Christ : l’Esprit est le lien intime entre le Père et le Fils. C’est en même temps à ce baptême que le Père proclame que Jésus est son Fils : il est bien le Christ, le Messie attendu (Mt 3,13-16). C’est l’Esprit qui pousse Jésus au désert, lieu du combat intérieur, avant le début de son ministère (Mt 4,1). Enfin, c’est par la puissance de l’Esprit, qui est à lui comme son propre Esprit (Jn 16,14-15), que Jésus-Christ prie son Père (Lc 10,21), agit (Lc 4,14), annonce le Royaume de Dieu (Lc 4,18), guérit et expulse les démons (Mt 12,28).

Avant de mourir, Jésus fait la promesse de donner ce même Esprit à ses disciples, pour qu’ils continuent l’œuvre qu’il a engagée dans le monde et pour la mener à son achèvement. Car tant que Jésus vit parmi nous, l’Esprit ne peut se montrer distinct de lui (Jn 7,39 ; 16,7). Selon les différents Évangiles, cet Esprit est déjà donné à la Croix quand Jésus meurt (Jn 19,29) ou bien le soir du dimanche de Pâques (Jn 20,22), mais encore lors de la fête de la Pentecôte (Ac 2,4). Remplis de l’Esprit Saint, qui leur est même donné à plusieurs reprises (Ac 4,31), les apôtres peuvent alors prêcher les “merveilles de Dieu” (Ac 2,11) ou baptiser “au nom du Père, du Fils et de l’Esprit” (Mt 28, 19). Le don de l’Esprit est le signe que le Royaume de Dieu, annoncé par Jésus et manifesté dans ses actes, sa mort et sa résurrection, est en train de s’accomplir (Ac 2,31-33).

Dans ses lettres, saint Paul décrit largement l’action de l’Esprit Saint dans la vie du chrétien. Cet Esprit est l’Esprit du Christ (Rm 8,9) Il est comme le fondement intérieur de la vie nouvelle que Dieu donne (1 Th 4,8). Il demeure dans la vie du chrétien (Rm 8,9) et même dans son corps (1 Co 6,19). Il fait habiter le Christ en son cœur (Ep 3,16) et ouvre à la résurrection, en marquant le chrétien par un sceau (Rm 8,11 ; 2 Co 1,22). Il est à l’origine d’une vie où prédominent la foi (1 Co 12,3 ; 2 Co 4,13), l’espérance (Rm 15,13 ; Ga 5,5), l’amour (Rm 5, 5 ; 15, 30 ; Col 1,8), la prière (Rm 8,26), la sanctification (Rm 15,6 ; 2 Th 2,13), la conduite morale (Ga 5, 16-25) et le courage apostolique (Ph 1,19).

En résumé : les dons et les fruits de l’Esprit

L’extraordinaire de la vie chrétienne, c’est que le Christ veut que nous vivions de son Esprit même, celui qui le mettait en relation avec son Père, celui qui le faisait agir. Être chrétien, c’est finalement et simplement vivre de l’Esprit Saint pour prolonger ce que Jésus-Christ a vécu : un lien intime avec Dieu pour vivre du Royaume de Dieu.

Deux textes, l’un de l’Ancien et l’autre du Nouveau Testament, sont souvent cités pour exprimer ce que l’Esprit Saint permet de vivre.

Il y a d’abord une description que fait le prophète Isaïe du Messie à venir, parlant des dons : « Sur [le Messie] reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » (Is 11,2)

Cette description est reprise par la prière qui accompagne l’imposition des mains, lors de la célébration de la confirmation [cf. Les gestes particuliers du sacrement de la confirmation]

Il y a ensuite les fruits que l’Esprit Saint engendre dans une vie et que saint Paul décrit dans sa lettre aux Galates : « Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. » (Ga 5,22-23) Pour saint Paul, ces fruits de l’Esprit Saint s’opposent dans une vie à tout ce qui n’ouvre pas au Royaume de Dieu. Ils permettent d’entendre en profondeur l’appel de Jésus à être “heureux”.

Être confirmé pour une vie “marquée” par l’Esprit Saint

Saint Paul a employé l’expression d’une marque de l’Esprit Saint, comme un sceau (cf. 2 Co 1,22 ; Ep 1,13 ; 4,30). Il fait référence à ce que recevait le Roi, dans l’Ancien Testament (1 S 16,13). Un chrétien est marqué de ce sceau. Dans le sacrement de la confirmation, est comme “imprimé” cette marque de l’Esprit Saint dans notre vie. (Voir la parole de l’évêque lors de l’onction : « N., sois marqué de l’Esprit Saint, le Don de Dieu. ») La vie chrétienne, c’est donc vivre de Celui qui nous a marqué.

L’Esprit Saint est relation entre le Christ et son Père, relation basée sur l’amour mutuel et le don de soi. Vivre de et par l’Esprit Saint, c’est vivre de cette même relation avec Dieu. L’Esprit Saint nous y pousse et nous permet de la vivre. Cette relation à Dieu a pour expression principale la prière, qui peut prendre des formes multiples mais souvent plus simples qu’il n’y parait. Elle se déploie au sein d’une relation de confiance avec Dieu.

L’Esprit Saint est à la fois puissance et aide pour vivre selon le commandement de Dieu : aimer Dieu et son prochain comme soi-même.

Pour le Christ, l’Esprit est aussi force au sein même des combats et tentations. De même, il sera force pour le chrétien, car l’amour de Dieu et du prochain sera toujours difficile à vivre, confrontera le croyant à bien des contradictions.

L’Esprit Saint est force pour s’ouvrir aux autres, et faire advenir davantage le Règne de Dieu, par les divers engagements de notre vie.

Vivre avec les sacrements, en Église

Tous les sacrements apportent le don de l’Esprit Saint. Mais n’imaginons pas qu’il le donne de manière partielle : quand Dieu se donne, il ne peut que se donner tout entier, sans retenue ! Vivre sa vie avec les sacrements, c’est en fait laisser l’Esprit Saint comme raviver de nouveau cette marque qu’il a laissée par le sacrement de la confirmation.

En effet, et notamment avec les nouveaux rituels issus du Concile Vatican II, toutes les célébrations des sacrements comportent une épiclèse, c’est à dire une prière d’invocation de l’Esprit Saint pour qu’il agisse de manière particulière dans la vie de celui qui reçoit le sacrement. (Voir les articles sur le lien entre l’Esprit Saint et chacun des sacrements, notamment l’eucharistie et la Réconciliation.)

Par exemple, l’eucharistie apporte le don de l’Esprit pour que le Parole de Dieu, proclamée, soit entendue et reçue comme si le Christ lui-même nous parlait et que notre vie en soit changée. L’eucharistie apporte aussi le don de l’Esprit dans la communion au Corps ou au Sang du Christ, comme une nourriture venant de Dieu qui nous soutient dans le quotidien.

De même, le sacrement de la Réconciliation apporte l’Esprit Saint qui pardonne les péchés et relève le croyant dans sa marche avec Dieu.

Les sacrements sont aussi l’occasion de vivre une même démarche avec d’autres chrétiens, dans l’unité : c’est la dimension d’Église. Car l’Esprit anime l’Église en son sein et rassemble les chrétiens dans l’unité.

Accueillir et reconnaître le travail de l’Esprit Saint dans notre vie

Dieu n’attend pas d’abord nos efforts pour agir dans la vie d’un chrétien. Car, au-delà des sacrements, l’Esprit Saint y travaille à sa manière, bien souvent sans que l’on s’en aperçoive. Mais vivre de l’Esprit Saint, invite à se rendre attentif à son action, dans notre vie. Un surcroît d’amour, de joie, de paix ou d’un des autres fruits de l’Esprit Saint, dans une dynamique intérieure qui nous tourne vers le meilleur de nous-mêmes et de notre relation à Dieu comme aux autres peut être un des signes de l’action et de la sollicitude de Dieu dans notre vie.

Quand on en prend conscience, on ne peut que remercier Dieu, lui rendre grâce et désirer vivre davantage de l’Esprit Saint que Dieu n’a de cesse de nous donner. C’est alors que nos efforts prennent sens : ils sont tournés vers l’action de l’Esprit Saint plus que vers nous-mêmes.

« Mais tout ceci, n’est-ce pas trop compliqué pour moi ? »

Quand on est jeune, on peut être effrayé par tout cela et se dire que la vie selon l’Esprit serait réservé à des élites. C’est en fait méconnaître l’action de l’Esprit Saint lui-même. Dieu n’attend jamais que nous soyons parfaits ou très élevés dans la vie spirituelle pour se donner à nous et nous aider à avancer. Qu’y a-t-il à faire, comme pour “amorcer la pompe” ? Il s’agit en fait d’ouvrir son cœur. Voici quelques exemples :

  • Tisser une relation avec Dieu par la prière personnelle. Le bienheureux Charles de Foucauld définissait la prière comme « parler à Dieu en l’aimant ». D’autres saints diront qu’il s’agit de parler à Dieu comme un ami parle à son ami, familièrement, et lui faire confiance. On peut ainsi, par exemple le soir, remercier Dieu pour ce qu’il nous a donné de vivre dans sa journée, lui demander pardon pour ce qui a été manque d’amour et lui offrir ce que l’on connaît de la journée du lendemain. On peut encore rechercher dans sa vie, tout ce qui aidera à une relation vraie et simple avec Dieu.
  • Chercher à aimer davantage, en vérité et concrètement, son prochain, c’est-à-dire celui qui se fait proche de moi, que je l’aime déjà ou que j’aie du mal à l’aimer. Cet “amour vrai” se décline par mille et un gestes ou paroles ou silences. Cet amour vrai passe bien souvent par l’accueil ou la demande de pardon. Bienheureuse Mère Térésa avait la conviction que les plus petits gestes, même anodins, ont une grande valeur pour le Royaume de Dieu.
  • Se savoir mis au combat et percevoir que, dans ces combats intérieurs, l’Esprit Saint est un allié que l’on peut implorer. Quels sont ces combats ? Les combats pour aimer davantage Dieu et son prochain comme soi-même ; les combats pour vivre dans la vérité, la justice, la justesse dans les relations, le respect infini de soi-même et de toute personne, sans jamais faire de l’autre “une chose” pour soi-même ; les combats pour entretenir une relation à Dieu et témoigner simplement de ce qui nous anime.
  • Aimer l’Église et chercher à vivre en unité avec elle. Malgré l’image qu’en donnent les médias, l’Église ne se réduit jamais à sa hiérarchie, le Pape, les évêques ou les prêtres. L’Église est d’abord le rassemblement de tous les baptisés. Un chrétien confirmé est donc membre de l’Église, Église que le Christ a aimée et continue d’aimer en lui donnant l’Esprit Saint. Il s’agit alors à notre tour d’aimer l’Église, même si l’on a du mal à tout comprendre ou à tout admettre, même si l’on perçoit de graves déficiences dans l’Église du fait des chrétiens. Il s’agirait d’aimer l’Église comme sa mère : on aime sa mère quoi qu’il arrive, malgré tous les défauts qu’on peut lui connaître.
  • Choisir un des fruits de l’Esprit Saint, tel que saint Paul en parle dans la lettre aux Galates (chapitre 5, versets 22-23). Et le demander à Dieu, inlassablement, jusqu’à ce qu’on l’ait davantage obtenu.