Le ministre du baptême

baptême enfant cuve baptismale

(C) CIRIC

Par Michèle Clavier, Théologienne, Université catholique de Lille.

 

Nous ne nous posons guère de question à propos du ministre du sacrement de baptême : nos communautés sont, aujourd’hui, habituées à voir le diacre, et non plus seulement le prêtre, baptiser. Cependant, le cas du baptême est, parmi les sept sacrements, assez particulier à propos de cette question du « ministre »…

 

Le baptême chrétien n’est pas un « auto-baptême »

Le baptême chrétien a des antécédents bibliques. On peut notamment mentionner le baptême des prosélytes, c’est-à-dire le rite d’admission des païens convertis qui entraient dans le judaïsme par la circoncision et un « baptême ». Pour ce baptême, comme pour les autres bains de purification pratiqués chez les juifs, il n’y a pas de ministre : le candidat se plonge lui-même dans l’eau pour se purifier de son impureté, accomplissant donc une « auto-plongée », un « auto-baptême » au sens propre du mot. Il en va tout autrement du baptême de Jean le Baptiste qui est, lui, effectué par un tiers, comme l’indique le titre de « baptiste » donné à Jean.

Avec l’intervention nécessaire d’un officiant, le rite chrétien se situe bien dans la suite du rite johannite : on ne se baptise pas, on est baptisé (forme passive du verbe). À la suite de son discours, au jour de la Pentecôte, Pierre recommande en effet aux premiers sympathisants du christianisme : « Convertissez-vous ; que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit » (Actes 2, 38). Ainsi, dès les origines, on devient chrétien en se faisant baptiser. La « Doctrine des douze Apôtres », texte datant de la fin du premier siècle et se présentant comme le plus ancien texte chrétien à côté du Nouveau Testament, en témoigne elle aussi lorsqu’elle recommande que « le baptisant, le baptisé et d’autres personnes qui le peuvent jeûnent avant le baptême. » (7, 4)

Il y a donc, en christianisme, l’indispensable intervention d’un ministre. La question est alors de bien préciser son rôle, l’importance de son ministère.

 

« C’est le Christ qui baptise ! »

Dès les premiers siècles de son histoire l’Église s’est heurtée à une question inédite. Dans un contexte de foisonnement d’hérésies ou de persécution, s’est très vite posé le problème de la dignité du ministre qui baptisait. Dans quelle mesure son comportement personnel, ses choix doctrinaux, ou la qualité même de sa foi affectaient-ils le sacrement qu’il donnait ? Car si la validité du baptême dépendait de la dignité du ministre qui l’avait conféré, ce baptême ne pourrait, dans des cas extrêmes d’indignité du ministre, par exemple, être le vrai baptême chrétien et devrait donc être renouvelé. Or, l’Église n’avait jamais renouvelé le baptême chez une même personne.

La question ne fut pas simple à régler, les différentes Églises locales ne l’abordant pas exactement de la même manière. Saint Augustin, en particulier, a été confronté à ces difficultés pendant les quelque trente années de son épiscopat au début du Ve siècle. Ses réflexions ont permis d’établir une totale distinction entre la foi du ministre et la validité du sacrement. Il expliqua que ce sont le rite d’eau et la formule trinitaire qui font le baptême : si donc celui-ci est correctement donné, il est valide quel que soit le ministre qui l’a accompli.

Augustin insiste sur le fait que, quel que soit le ministre, « c’est le Christ qui baptise ». Il se réfère aux dires de Jean Baptiste : « Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. » (Jean 1, 33). Et il déclare par exemple : « Si Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Paul baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ! » De nos jours, cette position demeure fondamentale ; le concile Vatican II réaffirme en effet ce point doctrinal important : « (Le Christ) est là présent par sa puissance dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise. » (Consitution sur la sainte liturgie, n° 7)

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M. Clavier – le ministre du baptême

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