Le chant après la Parole

chanteusePar Louis Groslambert, Prêtre, responsable de la PLS et de la musique liturgique du diocèse de Belfort-Montbéliard

 

Beaucoup de pratiquants trouvent intéressante la liturgie de la Parole parce que, chaque dimanche, ils reçoivent des messages nouveaux. Ce constat réjouissant peut indiquer que, dans nos liturgies, on s’adresse surtout à l’intelligence comme on le ferait dans un cours de théologie à l’intention même de non croyants. La parabole de la semence qui tombe dans les cailloux et les épines (Matthieu 13) dit quel danger menace la Parole quand elle ne s’adresse qu’à l’intelligence : que faire pour qu’elle descende de la tête et parvienne dans le cœur où vivent les désirs, et dans la mémoire où se construit la personnalité ?

Une tradition

Bien sûr, le ministre qui fait l’homélie s’efforce de faire goûter la Parole ; mais l’assemblée même si elle lui prête une attention soutenue ‑ ne « rumine » pas la parole en la redisant. Pour que la méditation imprègne la mémoire, il faut qu’elle soit colorée de poésie, rythmée de musique. Des essais admirables ont été faits. Durant le Moyen-âge, on a inséré des proses et des séquences avant l’alléluia. Sont restées dans nos lectionnaires : « À la victime pascale » le jour de Pâques ; « Viens, Esprit Saint » à la Pentecôte ; « Le voici le pain des anges » à la fête du Corps et du Sang du Christ. Ces pièces inspirées de la Parole donnaient au mystère du jour un caractère lyrique apte à le faire descendre dans le cœur. Les cantates de Bach et consorts visaient aussi à prolonger la prédication en musique.

Dans la célébration

Les équipes liturgiques commencent leur travail en lisant les paroles du Seigneur. Elles ont le réflexe de repérer les chants qui font écho à ces paroles, cependant elles éprouvent une difficulté à situer ces chants. À l’entrée ? Mais il ne convient pas de chanter une méditation sur une parole qu’on n’a pas encore entendue ! Pendant la présentation des dons ? Mais on prolonge alors la liturgie de la parole après l’amen qui la conclut, et on n’accompagne pas vraiment la liturgie eucharistique qui commence par la procession. Après la communion ? Mais un chant plus spécifiquement eucharistique est préférable à ce moment ! Bref, l’assemblée s’approprie davantage la Parole en chantant un chant qui s’y rapporte, lorsqu’elle le fait dès la fin de l’homélie qui l’introduit, ou après le silence qui suit l’homélie. Dans les deux cas, l’homélie sera sensiblement plus courte que de coutume.

Dans notre répertoire

Peu de thèmes évangéliques n’ont pas été traités dans l’énorme production de ces quarante dernières années. L’incarnation, la résurrection, la conversion, l’amour de Dieu et des frères, la mission… ont inspiré de nombreux chants. Les « cantilènes bibliques » et les « chansons de l’évangile » permettent ‑ surtout aux enfants ‑ de redire beaucoup de récits évangéliques. D’autres chants ne se contentent pas de redire les récits, ils les commentent en leur apportant des éclairages issus de la piété ou de l’usage liturgique : Le grain de blé (CNA 421)1 commente Jean 13, 24 en faisant un lien direct avec la croix et en donnant au baptême du Seigneur son sens le plus profond ; Sans avoir vu (CNA 494) commente l’apparition à Thomas (Jean 21) en y impliquant l’Église d’aujourd’hui ; Christ, roi du monde (CNA 539) permet de ré-exprimer le message de l’évangile du Christ Roi de l’année C ; Rude est le chemin (CNA 525) prolonge la révélation du discours sur le pain de vie (Jean 6) ou le récit de la multiplication des pains ; Le monde ancien (CNA 563) dit l’essentiel des paroles des derniers dimanches de l’année ; Lumière pour l’homme (CNA 568) est idéal pour s’approprier le récit de la guérison d’un aveugle ; etc. On s’aperçoit que la forme d’hymne (tous chantent tout, ce qui donne une impression d’adhésion compacte) ou de tropaire (dialogue de l’assemblée avec un soliste et un groupe, ce qui donne une impression plus aérée) sont, dans ces cas, préférées au cantique à refrain.

Chant et homélie

Tandis que l’homélie est prononcée par un seul et entendue une seule fois par tous, le chant est assuré par tous et réutilisé souvent. Ce constat élémentaire ne conduit pas à abandonner l’homélie mais à lui adjoindre ce merveilleux outil d’imprégnation qu’est le chant. Déjà, certains prédicateurs invitent l’assemblée à ponctuer l’homélie par le refrain d’un psaume ou une strophe d’hymne, et en remarque le bénéfice (soutien de l’attention, mémorisation).

Il fait parler les muets (Marc 7, 37)

Quand Dieu envoie son Christ, il donne la (P)parole aux hommes. On ne peut rester muet quand le Christ a parlé : si tous pouvaient redire la Parole avec leurs mots, ils deviendraient ses témoins !

 

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