Tout le monde ne chante pas tout

animatrice 6Par Élisabeth Gauché, responsable de musique liturgique dans le diocèse d’Auxerre

 

Une intention louable, des résultats décevants

Après Vatican II, l’assemblée, dans nos églises, s’est emparée avec enthousiasme du chant et a cru de bonne foi qu’il lui revenait de tout chanter à la messe, puisqu’on lui demandait une « participation active ».

Cette confusion entre participer et chanter produit, quelques décennies plus tard, des résultats décevants : outre quelques erreurs (ex : quand la foule chante « Par lui, avec lui et en lui », au lieu de la seule réponse « Amen »), la forme unique du refrain-couplets a envahi toute la célébration, jusqu’au Gloire-à-Dieu dont on transforme le texte pour le faire « tenir » dans ce cadre. Monotonie encore dans le tempo, dans les couleurs de voix, dans l’accompagnement qui s’uniformisent quand tout le monde chante tout. Même avec une chorale, on peut constater la platitude qu’engendre une polyphonie systématique.

Lutter contre ce nivellement passe par une prise de conscience : il est aussi important de savoir comment on va chanter, que ce qu’on va chanter.

Une expérience vécue

Dans cette paroisse de province, on a intégré récemment un groupe d’enfants à la chorale d’adultes qui existait déjà ; lors du 1er dimanche de l’Avent, les enfants ont chanté avec le reste de la chorale, mais ce sont leurs voix seules qui, depuis l’ambon, ont entonné l’Alléluia et cantillé son verset, ont chanté (par cœur) les strophes du psaume ; ainsi, l’on a pu « entendre » leur présence au sein de l’assemblée, et la couleur de leur voix a renouvelé la poésie du texte liturgique.

Les voix diverses de l’assemblée

Car l’assemblée, ce n’est pas seulement les fidèles de la nef : c’est aussi le prêtre, les servants d’autel, les choristes, le psalmiste, l’animateur, les lecteurs, l’organiste. Leurs voix sont diverses : il sera bon de les distinguer parfois, ce qui manifestera les fonctions de chacun avec plus de clarté.

Ain si, le prêtre est celui qui lance les dialogues : « Le Seigneur soit avec vous ! », et les fidèles répondent « Et avec votre Esprit ! » Outre le sens du texte, quand on entend le contraste entre la voix d’un seul, et celle d’une foule, la composition de l’assemblée devient sensible, sans qu’il soit besoin d’explication.

La communauté des fidèles répond, approuve, acclame : on a alors besoin d’entendre l’ensemble des voix ! Un Alléluia, ou un Sanctus, qui serait chanté exclusivement par la chorale n’aurait guère de sens… Ainsi, redécouvrons-nous, comme véritable chant liturgique, les dialogues et les acclamations qui ponctuent la messe. Leur facilité les rend accessibles à tous.

Certains moments se prêtent à entendre d’autres voix : la chorale peut chanter seule lors de la préparation des dons, ou après la communion. S’il y a un groupe constitué de jeunes, on peut lui confier un élément de la prière commune ; pourquoi pas les versets de la préparation pénitentielle, ou encore les couplets du processional de communion ? Le psalmiste fera entendre les versets du psaume. Pourquoi ne pas proposer, certaines fois, cette fonction à un enfant ? L’expérience prouve que les jeunes n’ont aucune difficulté à psalmodier, et qu’ils y trouvent joie et fierté.

Quant aux instruments, tantôt ils introduiront ou prolongeront les voix humaines, tantôt ils souligneront l’unité des rites liturgique : par exemple, dans la veillée pascale, une même phrase musicale reprise entre les lectures peut servir de fil conducteur et montrer la cohésion de l’ensemble.

Sortir de nos routines

Comment avancer, progresser ? Peut-être en sortant de nos routines : Celle du chant à tout prix : certains temps liturgiques réclament la sobriété (le vendredi saint) ; d’autres l’éclat. La sortie de la messe ne sera accompagnée d’un chant que si l’annonce explicite de la mission s’impose.

Celle des formes : il existe des cantillations, des hymnes, des cantiques à refrain, des canons, des tropaires, des chorals, des litanies. Pensons à mettre à nos répertoires toutes les formes que nous autorisent nos moyens.

Celle des lieux : on peut chanter depuis la nef, mais aussi depuis le fond de l’église ou l’allée centrale (procession d’entrée, acclamations au Christ lumière lors de la veillée pascale, etc.), du fond du chœur ou des marches de l’autel (par ex : pour l’Agneau-de-Dieu), ou encore depuis la tribun… À nous de trouver le lieu qui correspondra avec justesse à l’action liturgique en cours.

Celle des mises en œuvre : de même que l’organiste varie ses jeux, enrichissons la couleur sonore de notre célébration par la variation des timbres, en nous inspirant des indications du compositeur. Confions aux hommes tel couplet, aux femmes, tel autre, aux enfants le verset de l’Alléluia. Les deux moitiés de la nef chanteront ce refrain en canon. L’orgue jouera un interlude entre les strophes de cet hymne. Cantillons parfois les intentions de prière universelle, en remplaçant le refrain par un silence. La chorale choisira l’unisson ou la polyphonie. Les instrumentistes ne se contenteront pas de doubler les voix, mais joueront, à tour de rôle et selon la sonorité de leur instrument, un véritable accompagnement.

Les variations sont nombreuses ; elles sont fonction :

  • de l’action : chanter, dire, se taire ;
  • du nombre : soliste, groupe, tous ;
  • de la couleur : enfants, hommes, femmes ;
  • de la tessiture : aiguë, grave ;
  • du lieu : chœur, nef, transept, tribune ;
  • de la partition : unisson, plurivocalité, polyphonie ;
  • de la technique : avec ou sans micro, …

Beaucoup d’entre-elles sont possibles, même sans grands moyens. Sans doute aurons-nous alors l’impression d’entendre des « voix nouvelles » dans nos églises.

 

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E. Gauché – tout le monde ne chante pas tout

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