La voix dans la liturgie

Animatrice 8Par Geneviève Judes

 

En prenant conscience de leur voix et en la travaillant, le lecteur, le chanteur, le célébrant pourront transformer bien des choses en eux-mêmes et permettre une écoute plus active de la parole de Dieu, une participation plus large de l’assemblée.

Où il est d’abord question de travail…

La voix est un formidable outil d’expression à condition de savoir l’utiliser, un instrument accessible à tous que l’on peut perfectionner. Il est illusoire de penser qu’il y a « don » au départ dans une voix facile, aisée, bien placée. Une belle voix est avant tout le fruit d’un travail personnel, d’une prise de conscience et d’une écoute de soi-même. Chacun peut donc « optimaliser » sa voix et corriger ses défauts pour mieux transmettre la Parole. Quittons nos robes de tristesse, notre ton d’outre-tombe dans la récitation des prières, nos voix feutrées, voilées, nasillardes, appuyées, autoritaires, claironnantes, enfantines pour des voix lumineuses, équilibrées sur leur résonance, chaudes, claires, rayonnantes et emplies de douceur !

Où il faut respirer…

À l’inspiration, il s’agit d’abord d’accueillir le souffle comme une « brise légère », souffle de l’Esprit qui va nous transformer de l’intérieur pour mieux agir en nous. À l’expiration, notre souffle devient production sonore, acte global faisant intervenir tout le corps.
Techniquement, on abandonne la respiration thoracique supérieure réservée à la conversation de proximité, pour une respiration « abdomino-diaphragmatique » permettant la bonne projection vocale. L’inspiration se fera profonde silencieuse avec détente des muscles abdominaux. Elle mettra en jeu toute l’ouverture corporelle (expansion abdominale et thoracique, ouverture de la gorge, détente de la mâchoire, etc.) À l’inverse, l’expiration sera active et tonique ; l’intervention des abdominaux sur le diaphragme le fera remonter progressivement dans le maintien de cette ouverture. La qualité vocale dépend de ce fonctionnement respiratoire pour le chanteur et l’orateur.

Où il est tout de même question des cordes vocales…

Sous l’effet de la remontée du diaphragme poussé par les abdominaux, l’air envoyé sous pression dans le larynx fait vibrer nos deux cordes vocales. Le souffle devient sonore et ce son fondamental va prendre son timbre, sa puissance et sa richesse harmonique dans les cavités supérieures (pharynx, bouche, fosses nasales). C’est là que la voix prend son éclat, sa résonance et son rayonnement. Pour la voix chantée, la langue et les lèvres vont freiner le passage du souffle : il sera plus facile d’accéder à l’aigu et au grave, de gagner en intensité sans effort du larynx.

Où la voix appartient à un corps qui doit développer sa posture dans tous les sens…

Nous avons continuellement à lutter contre la pesanteur pour étirer notre colonne vertébrale (« Tu me redresses, Seigneur… ») C’est la sensation d’avoir les pieds enracinés dans le sol et de se laisser déplier, grandir. Comme l’arbre, la voix est enracinée dans la terre et se déplie dans les hauteurs. Graves et aigus se rejoignent donnant au son stabilité, équilibre et résonance.
Ajouté à cette verticalité, le déploiement horizontal du souffle évoque alors l’image de la croix : l’homme relié entre terre et ciel, ouvert, donné, offert au monde. Chanter, c’est exprimer la vie : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant (saint Irénée).

Où il est temps de conclure… provisoirement

La voix n’est pas destinée à attirer l’attention sur elle. Ce sont le texte et la musique qui sont importants et non celui qui les émet. Une voix simplement belle et habitée par la prière se fait oublier et exprime une foi dans laquelle la communauté pourra se reconnaître. S’il s’agit d’un chantre, il pourra ainsi offrir un modèle imitable par l’assemblée en évitant le vibrato, le port de voix et l’affectation dans la prononciation. Sans être pâle ou désincarnée, la voix ira chercher sa clarté et sa transparence pour servir le texte, la parole de Dieu ou la prière de l’assemblée. Cela suppose de partir du silence avant d’émettre, de s’abandonner en Christ, d’accueillir avant de donner.

Article extrait de la revue Célébrer, n°318, février 2003, p 43-44