La pénitence anamnèse du baptême

30 mars 2013 : Vigile Pascale avec le P. François CAMPAGNAC, archiprêtre de la cathédrale de St Étienne de Sens (89), France. March 30, 2013: Easter Vigil with Father François CAMPAGNAC, archpriest of the cathedral of St Etienne of Sens (89), France.

30 mars 2013 : Vigile Pascale avec le P. François CAMPAGNAC, archiprêtre de la cathédrale de St Étienne de Sens (89).

Par Bernard Maitte, Prêtre, professeur au séminaire d’Aix et responsable du département de pastorale et spiritualité de l’ISTR de Marseille. Membre du SNPLS

Quand nous entendons le Christ dire aux apôtres « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis » (Jean 20,23), il nous semble évident que ces paroles affirment l’institution du sacrement de pénitence et de réconciliation. En réalité, à une époque où le baptême était donné principalement à des adultes et représentait pour eux une conversion radicale et le bouleversement de toute leur vie, c’est le baptême qui était d’abord le sacrement du pardon et auquel s’appliquaient ces paroles du Christ.

Le baptême pardonne les péchés

Lier la pénitence au baptême a été l’enjeu même de la naissance de ce qui allait devenir le sacrement de pénitence et de réconciliation (1) . Celui-ci, à l’origine, était accompagné d’une pénitence très rude en vue de l’obtention de la rémission des péchés. Cette pratique voulait souligner combien pour les anciens il était inconcevable de pécher une fois baptisé. De plus, alors que les chrétiens étaient une poignée fervente de convertis au milieu d’un monde païen hostile, il semblait difficilement admissible qu’après une telle conversion on puisse à nouveau pécher (du moins en prenant ce mot au sens fort). C’est ce dont témoigne un texte, difficile à interpréter, de l’Épître aux Hébreux qui déclare :

« ‘Il est impossible pour ceux qui une fois ont été illuminés (terme désignant le baptême dès les origines), qui sont devenus participants de l’Esprit Saint … et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence’ (Hb 6, 4-6). Le texte semble nier la possibilité d’un ‘second’ pardon, après celui du baptême. (2) ».

L’eau du baptême, les larmes de la pénitence

Les Pères de l’Église s’en font l’écho tout au long du processus de la naissance de l’Ordo pænitentiæ, ainsi une des premières affirmations :

« Seigneur, dis-je, j’ajouterai encore une question. – Parle, dit-il. – J’ai entendu certains docteurs dire qu’il n’y a pas d’autre pénitence que celle du jour où nous descendîmes dans l’eau et où nous reçûmes le pardon de nos péchés antérieurs (3) ».

La réponse fut la voie de la pénitence, mais celle-ci ne fut jamais déconnectée du baptême dont elle est la source et le sens. C’est pourquoi, dans un magnifique raccourci analogique, saint Ambroise écrit : « L’Église a l’eau et les larmes ; l’eau du baptême et les larmes de la pénitence (4) ». La similarité entre la discipline pénitentielle et celle du baptême se développe et fait dire à Saint Augustin : « J’ai dit qu’il y a dans l’Écriture trois manières d’envisager la pénitence. La première est celle des catéchumènes qui ont soif de venir au baptême (5) », la troisième étant la pénitence elle-même. Par conséquent, la nature du sacrement de pénitence et de réconciliation est donc liée par essence à celle du baptême. C’est un sacrement offert à ceux qui ont mis à mal la grâce baptismale et blessé la communion ecclésiale. Il rétablit dans la grâce du baptême.

Vivre comme un « nouveau » baptême

L’histoire de la liturgie nous amène aussi à réfléchir à ce lien et donc à la dimension de la pénitence comme anamnèse du baptême. Lorsque dans l’Église ancienne avait lieu le jeudi saint la réconciliation des pénitents, pour qu’ils puissent vivre la Pâque après souvent plusieurs années de pénitence, la liturgie prévoyait une imploration du diacre auprès de l’évêque. Il arrivait alors de la porte où il avait écouté la demande des pénitents et disait à l’évêque assis sur sa cathèdre, lieu de la réconciliation :

« Vénérable évêque, le temps de grâce est arrivé, à savoir le jour de la miséricorde divine et du salut des hommes, le jour où la mort a été vaincue et où la vie éternelle a pris son commencement : dans la vigne du Dieu Sabbaoth, il faut maintenant planter de jeunes pousses, pour remplacer toute vétusté. Bien qu’il n’y ait pas d’époque où Dieu ne dispense les trésors de sa bonté et de sa miséricorde, les jours présents sont néanmoins plus propices que d’autres à la rémission des péchés et à la grâce du baptême. Notre assemblée va s’accroître du nombre des nouveaux baptisés, elle va s’accroître aussi de tous les pécheurs qui lui reviennent. Les eaux baptismales purifient, comme purifient les larmes de la pénitence. Joie pour l’admission des nouveaux fidèles, joie aussi à cause de la réconciliation des pénitents ! (6) ».

La pratique monastique va faire évoluer les choses par l’institution d’une pratique privée de la pénitence tout en gardant son fondement baptismal ; le moine est bien celui qui désire vivre dans sa dimension eschatologique le plus pleinement possible la grâce du baptême.

Un itinéraire pénitentiel

C’est sur l’acte de la conversion que s’est établit la possibilité de vivre, par la pénitence, la grâce renouvelée du baptême. Déjà, le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA) ne cesse de fonder la réception des sacrements sur cet acte de conversion :

« Le rituel… est destiné aux hommes et aux femmes qui, éclairés par l’Esprit Saint et ayant entendu l’annonce du mystère du Christ, cherchent consciemment et librement le Dieu vivant, et entreprennent un itinéraire de foi et de conversion . (7) »

Les rites baptismaux qu’ils soient pour les enfants ou pour les adultes induisent le rapport de la conversion / baptême : dialogue initial, renonciation au mal, exorcismes et scrutins, onction d’huile des catéchumènes, remise du cierge allumé… Tout cela marque le don de l’Esprit Saint pour s’engager sur le chemin de conversion. Il s’agit donc d’avoir : « une volonté de changer de vie et d’entrer en relation avec Dieu dans le Christ, et donc un premier sens

de la pénitence ». C’est également ce que le sacrement de pénitence présuppose de la disposition intérieure de celui qui veut vivre la réconciliation. C’est pourquoi, le rituel de la pénitence et de la réconciliation réinscrit dans le cœur de celui qui se confesse toutes ces dimensions baptismales ; « ce qui fait » le sacrement est un tout lié de quatre éléments constitutifs : la contrition (vérité de la pénitence) la confession (acte de foi), la satisfaction (signe de conversion) et l’absolution (baptême dans les larmes).

La réconciliation déploiement du baptême

Le Rituel Célébrer la pénitence et la réconciliation souligne que ce sacrement : « ne fait pas double emploi avec le baptême ; il en constitue comme un déploiement tout au long de notre existence encore marquée par des ruptures, ou des replis sur soi, mais appelée à de nouveaux départs ». Il s’agit bien d’une anamnèse au sens plein de l’acte, pas seulement se souvenir mais accepter d’entrer dans l’action même de l’Esprit Saint qui nous rend contemporain du « pour toujours plongé dans la mort et la résurrection du Christ à notre baptême ». Cette fonction anamnétique est également le sens du « rite de la bénédiction de l’eau et de l’aspersion (qui) tient lieu de préparation pénitentielle au début de la messe » et qui trouve source dans celui de la Veillée pascale.

1. C’est le nom même du sacrement longtemps appelé confession ; cf. CEC n° 1422.

2. Jean-Philippe REVEL et Bernard MAITTE, La réconciliation, Livret du Jubilé de l’an 2000, Diocèse d’Aix et d’Arles, Aix – imprimerie Roubaud, Mars 1999, p. 25.

3.Pasteur D’HERMAS, chapitre III du Quatrième mandement.

4. SAINT AMBROISE, Ep. 41,12.

5. SAINT AUGUSTIN, sermon 352.

6. Pontifical romain de 1596 qui reprend le Gélasien (VII e – VIII e s.).

7. Notes doctrinales et pastorales, RICA n° 36.

8. Célébration de l’entrée en catéchuménat, RICA, n° 70.

9. Célébrer la pénitence et la réconciliation, Rituel, Paris, Chalet-Tardy, 1991, Orientations doctrinales et pastorales n° 10.

10. Missel romain.