Célébrer le mariage : cheminer avec la Parole de Dieu

28 janvier 2014 : Adolescente lisant la Bible, France. January 28, 2014 : Teenager reading the Bible, France.

Par Serge KerrienDiacre du diocèse de Saint Brieuc-Tréguier

 

« Dans la préparation, […] les pasteurs s’efforceront d’évangéliser chez les futurs époux, dans la lumière de la foi, un amour mutuel et authentique. »

« C’est avec les futurs époux eux-mêmes, selon l’opportunité, que l’on choisira les lectures d’Écriture Sainte qui seront expliquées dans l’homélie. »

(Rituel du mariage n° 20 et n° 29)

 

L’intention de l’Église est claire : évangéliser l’amour humain, mettre en rapport une expérience humaine et la Parole d’un Dieu révélée dans le Christ. Il s’agit, comme pour les disciples d’Emmaüs, de donner un supplément de sens à un vécu en l’éclairant par l’Écriture et, conjointement, d’actualiser la parole de Dieu dans des vies. Pour évangéliser, l’accueil et l’écoute des personnes sont des préalables nécessaires ; l’écoute de la parole de Dieu, son appropriation et son actualisation offrent un chemin particulièrement intéressant : celui de la conversation avec Dieu.

 

Une écoute et un dialogue

À force d’être galvaudé, le terme peut lasser. Le dialogue est pourtant nécessaire à toute construction humaine ; son absence enferme l’être humain dans une solitude mortifère. Toute humanité se construit en communiquant avec les autres. Alors, lorsque Dieu se propose d’entrer en conversation avec nous, il ne faut pas laisser passer cette chance. L’exemple des disciples d’Emmaüs doit nous donner à penser pour notre pastorale du mariage. Sur le chemin d’Emmaüs le rôle de Jésus n’est pas tant de parler que de faire advenir la parole chez les deux disciples. Il ne prend place dans la conversation que pour apporter un éclairage nouveau et orienter le dialogue vers l’essentiel.

Dans la préparation au mariage, ces temps de dialogue des époux entre eux et des époux avec Dieu sont nécessaires ; il nous faut respecter les deux et les encourager : l’écoute de l’autre et l’écoute de Dieu obligent à un décentrement de soi-même. Ces deux temps, celui de l’écoute de l’expérience humaine réciproque et celui du dialogue avec Dieu, obligent à considérer l’autre, à considérer Dieu. Un chemin intérieur se fait quand l’évènement humain reçoit de Dieu, par sa Parole, un engendrement à une vie sacramentelle. On voit dès lors l’importance de ce temps consacré à la découverte de la parole de Dieu.

 

Une conversation

Pour qu’il y ait conversation, il faut être deux. Si Dieu entre en conversation avec l’homme, il en attend une réponse. Dans le cadre du mariage, il ne saurait y avoir une réponse unique : à chaque couple de trouver sa réponse sur le chemin que Dieu propose. La prière peut en être une, tout comme le partage de la Parole, l’attention renouvelée aux autres, un engagement dans le monde, le souci de partager la foi avec les enfants, le désir de retrouver plus souvent d’autres chrétiens, etc.

Prendre le temps de se laisser faire par la parole de Dieu, entrer en conversation avec celui qui vient nous rejoindre sur nos routes humaines est une étape nécessaire pour vivre la plénitude d’une rencontre sacramentelle. Le but ultime de l’écoute, du dialogue, de la conversation est de permettre à chacun des fiancés de répondre à la question de l’autre : « Pour toi, qui suis-je ? » et à la question que le Christ posait à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? »

Tous les couples n’arriveront pas à la formulation d’une confession de foi. Mais la découverte de la parole de Dieu comme chemin de vie où les questions fondamentales sont posées peut se révéler productive. L’important n’est pas une réponse immédiate mais le chemin engagé où chacun est appelé à vivre l’expérience pascale avec le Christ et à le reconnaître comme le modèle de tout amour. Il en va de la fécondité spirituelle de nos préparations.

 

Une prière

Enfin, dans la mesure du possible, il conviendrait que la parole de Dieu trouve sa place dans un moment de prière au cours de la préparation. Mieux encore, l’invitation peut être faite aux couples de rejoindre l’assemblée dominicale pour entendre la parole de Dieu proclamée en Église. Ce serait l’occasion de donner à la préparation au mariage un peu de dimension ecclésiale qui lui manque souvent.

 

Les lecteurs

Dans toute célébration sacramentelle, la parole de Dieu tient une place essentielle. Par les textes de l’écriture, Dieu parle à son peuple et attend de lui une réponse. Il nous faut donc être attentifs à la qualité de la proclamation dans la liturgie. Le but recherché n’est pas de faire plaisir à tel ou tel membre de la famille mais que la parole de Dieu soit entendue. Sinon, comment fera-t-elle son chemin dans les cœurs ? Dans les assemblées de mariage, peu de personnes sont familières de l’Écriture. Veiller à une proclamation bien audible, c’est donner une chance à la parole de Dieu de toucher les uns et les autres. Une préparation et une répétition des lectures seraient indispensables si l’on confie cette tâche à une personne qu’on ne connaît pas. On proclamera la Parole dans le livre de la Parole. Il en va de sa dimension symbolique, de la dignité du rite. On vérifiera aussi la qualité de la sonorisation et la manière, pour le lecteur, de se tenir au micro et de savoir l’utiliser.

Quant à la place des textes profanes, la question est récurrente. Il ne s’agit pas de rejeter systématiquement la demande, si elle existe. Il ne s’agit pas non plus d’en faire la proposition. Deux points d’attention sont nécessaires : on ne remplace jamais la parole de Dieu par un texte profane ; un texte profane peut trouver sa place dans l’accueil, un peu comme une parole des futurs époux à leurs familles et leurs amis. Cela évitera toute confusion avec l’Écriture et permettra de s’appuyer sur une expérience humaine pour entrer dans la liturgie.

 

Article extrait de la revue Célébrer n°378

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