Se donne-t-on vraiment le sacrement du mariage ?

mariage, signature des registresPar Hélène Bricout, Professeur d’histoire et de théologie de la liturgie à l’Institut supérieur de liturgie (ISL – ICParis)

Il fut un temps où l’on trouvait fréquemment sur les faire-part de mariage : « Adélie et Ulysse se donneront le sacrement de mariage. »

L’expression est moins fréquente aujourd’hui, et le Rituel du mariage actuel, qui date de 2005, y est sans doute pour quelque chose. A en considérer la structure et les acteurs, on peut comprendre pourquoi.

 

La structure de la célébration

« En cet instant où Adélie et Ulysse se présentent devant toi, Seigneur, nous te prions : leurs cœurs sont déjà remplis d’amour l’un pour l’autre, mais ils veulent te confier cet amour et te demandent de le consacrer. Sois la source même de la parole qu’ils vont se donner en ta présence et qu’ils auront à garder tout au long de leur vie. Donne-leur d’être fidèles comme tu es fidèle : que leur union s’en trouve toujours affermie ; Donne-leur de s’aimer comme tu les aimes : que leur amour en soit toujours nouveau. »

La valeur première de l’amour humain est reconnue, mais en dépendance et en relation avec Dieu, source de l’amour, qui consacre celui des époux et leur donne de ressembler à l’amour même de Dieu.

Entrer dans le mystère pascal

Avant l’échange des consentements, après la liturgie de la Parole, le prêtre s’adresse aux futurs époux :

« Vous avez écouté la Parole de Dieu qui révèle la grandeur et l’amour humain et du mariage. »

Cette parole de Dieu proclamée dans l’assemblée indique le sens du mariage chrétien et fait retentir un appel à vivre l’amour sur le modèle de celui du Christ et en coopération avec l’Esprit Saint. En effet, par le mystère de Pâques, le Christ a vaincu les forces contraires à l’amour, et les futurs époux sont invités à entrer dans cette œuvre d’amour sauveur qui se poursuit à travers eux. Le sens de l’amour humain donné de façon irréversible est appelé à être transfiguré par la lumière de la Résurrection qui triomphe de la croix. Il est donc une expérience de foi.

Recevoir le don de Dieu

L’échange des consentements vient alors exprimer la réponse des époux à l’appel entendu dans la proclamation de la Parole. La bénédiction nuptiale fait mémoire des dons que Dieu fait aux époux, depuis la création jusqu’à l’avènement du Royaume, elle bénit et consacre les époux en appelant sur eux l’Esprit Saint, et les envoie en mission : ils auront à construire leur lien conjugal tout au long de leur vie, accueillir et accompagner la vie, et « participer à la construction d’un monde plus juste et fraternel ». Les époux reçoivent cette bénédiction à genoux ou devant l’autel sous les mains étendues du ministre,

c’est-à-dire dans une attitude qui traduit l’accueil du don de Dieu et une certaine « démaîtrise » : recevoir ce don, c’est accepter de se laisser guider par la présence de celui qui s’est, le premier, rendu présent à l’existence humaine pour la sauver.

 

Devenir un seul corps

Le cas échéant, la communion les fait participer aux fruits d’unité (« Que leur communion au corps et au sang du Christ les garde unis dans un mutuel amour ») qui sont aussi ceux de toute l’Eglise (« Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ »). L’amour conjugal se nourrit de l’amour du Christ qui rejoint les époux dans l’eucharistie.

 

Les acteurs du mariage

La célébration sollicite la participation de différentes personnes : les époux, responsables de leur engagement, qui auront à travailler de toutes leurs forces pour préserver et faire fructifier leur « oui » ; mais également l’assemblée, témoin actif de l’engagement, en particulier par la personne des témoins ; le ministre ordonné, enfin, qui, au nom de Dieu et de l’Eglise, accueille, commente l’Ecriture et en relaie l’appel, reçoit les consentements des époux, les bénit et les envoie en mission. A travers son ministère, Dieu lui-même appelle, consacre et envoie.

 

La médiation de l’Eglise

Comme tous les sacrements, celui du mariage est un don de Dieu pour la croissance humaine et spirituelle de ceux qu’il touche. Il est reçu comme un don de Dieu. Dès lors, dire qu’on se le donne ou se l’échange risque d’occulter ce tripe aspect du mariage : un appel, une consécration, et un envoi en mission qui viennent d’un Autre. Personne ne peut se conférer à l’Esprit Saint ni s’envoyer en mission, ni deux personnes le faire mutuellement. C’est ensemble que les époux reçoivent l’Esprit Saint pour coopérer avec lui en vue d’une mission commune. La médiation de l’Eglise, par la personne du ministre, garantit que la mission des époux est bien une mission d’Eglise, qui vient de Dieu et qui s’inscrit dans la dynamique baptismale vécue et assumée en couple.

Les époux responsables de leur engagement

En relayant l’appel de Dieu à vivre la communion conjugale dans l’amour, en annonçant une Bonne Nouvelle pour les couples aujourd’hui, en conférant aux époux l’Esprit de Dieu qui les sanctifie et les guide, en les envoyant en mission, la célébration indique aux époux leur place et leur responsabilité : collaborer avec l’Esprit Saint pour faire fructifier la bénédiction qu’ils ont reçue, en mettant leurs charismes au service d’un projet d’amour. En disant qu’ils reçoivent le sacrement, on ne leur retire rien, car ils restent pleinement responsables de leur parole d’engagement et des moyens qu’ils prennent pour lui faire porter ses fruits.

Comme le pain et le vin de l’eucharistie ont besoin de la bénédiction de Dieu pour devenir corps et sang, du Christ, les époux ont besoin de la bénédiction de Dieu pour que leur amour devienne le signe du don de grâce que Dieu fait aux hommes et aux femmes de notre temps pour leur sanctification.

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