Orgue, éveille-toi !

partition 6Par P. Claude Duchesneau

 

Définir les tâches

Tenir l’orgue durant une célébration consiste, comme nous l’avons développé, à préluder, à accompagner, à jouer en soliste…, mais un certain nombre de verbes, moins techniques, peuvent nous aider à préciser de quelles intentions ces différentes tâches sont animées.

Inviter

Tout au long de la célébration, c’est à l’orgue que revient l’initiative de mettre en route les divers chants. Cela se fera de différentes manières : un grand prélude au chant d’entrée ou d’action de grâce, une phrase mélodique avant le refrain du psaume, trois ou quatre accords pour l’Alléluia, un seul au Sanctus… L’orgue ici ne se contente pas de donner le ton, le rythme et le tempo. Par sa façon de faire, l’orgue invite l’assemblée à chanter, il la sollicite, il l’appelle. Il a pour tâche de mettre l’assemblée en état de désir de célébrer en chantant.

Stimuler

L’orgue fait battre le cœur de l’assemblée (il est un stimulateur cardiaque !), non seulement en maintenant le tempo, mais en le relançant entre deux phrases de la mélodie du chant ou entre deux strophes, grâce à un interlude. Le rôle que tient l’orgue pour qu’une assemblée soit vivante est primordial.

Amplifier

L’orgue donne de l’ampleur. Il permet à ce qui se passe dans l’assemblée d’atteindre une dimension spirituelle et festive (une dimension célébratoire) plus haute, plus large…, plus ample. Pour ce qui concerne le chant, il le fait par la richesse et la variété de ses harmonies et de ses registrations, et même parfois, par l’augmentation subtile et progressive de la registration, ou par l’entrée, au cours du chant, d’un contre-chant, ou le passage de la mélodie à un jeu de récit. Mais il le fait aussi lorsqu’il joue seul. Une musique d’offertoire prend l’assemblée à un moment où elle fait une pause en s’asseyant après l’Amen de la Prière universelle, mais elle l’emmène lyriquement jusqu’à l’instant où elle se lèvera pour l’action de grâce de la Prière eucharistique. L’ampleur n’est pas du côté du pompeux. Elle est du côté d’une expression artistique qui accompagne et réalise l’importance de plus en plus grande de ce qui se vit et se célèbre.

Soutenir

L’orgue donne au chant et au rite un appui, une base. L’harmonie et le rythme sont ainsi, physiquement par le matériel sonore, le soutien de l’acte liturgique. On pourrait presque dire que le physique est le soutien du métaphysique ! L’orgue n’est évidemment pas là pour combler des vides, mais, a contrario, on peut prétendre qu’il soutient l’attention des fidèles dans leur participation consciente à la célébration.

Enrichir

La voix nue de l’assemblée peut avoir sa raison d’être : l’assemblée doit entendre sa voix. C’est toute la question de la délicate mesure de la registration. C’est aussi celle de la nécessité de l’accompagnement « toujours et partout » ! Faut-il systématiquement accompagner tous les Et avec votre esprit !, voire le Notre-Père s’il est chanté ? Mais, en tout état de cause, le jeu de l’orgue n’en sera que plus enrichissant lorsqu’il interviendra. La richesse de l’orgue vient de la riche variété de ses timbres, mais aussi du fait que, du 32 au 2 pieds, il couvre l’étendue des sons audibles.

Illustrer

Le mot n’est pas à prendre ici au sens de décorer, mais de rendre illustre, solennel. De soi, le rite est répétitif et l’on retrouvera dimanche prochain le même rite de communion que celui de dimanche dernier. Mais en même temps, chaque célébration est unique. Peu d’éléments ne le manifestent mieux que le choix des chants et le jeu de l’orgue, et, par-dessus tout, que l’improvisation par nature non réitérable.

Accomplir

L’orgue n’est pas un décorateur de célébration. Comme nous le disons par ailleurs, il est un « ministre célébrant ». Cela signifie que l’orgue est un des acteurs grâce auxquels la célébration s’accomplit. L’orgue a un rôle primordial dans la prise en charge du déroulement rituel. Quatre secondes d’attente de l’orgue au Seigneur prends pitié ou deux au Sanctus, et le rythme du rite est cassé. Accomplir sa tâche, c’est non seulement, pour l’organiste, savoir jouer, mais être prêt à jouer. On peut même dire qu’étant donné le rôle d’animateur que tient l’organiste, il doit intellectuellement et spirituellement devancer son jeu, car, en matière d’animation, seul est à l’heure celui qui est avant l’heure !

Article extrait de la revue Célébrer, n°288, avril-mai 1999