La liturgie entraîne au combat spirituel

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Cierge allumé dans une église.

Par Louis Groslambert, curé de paroisse et responsable de la musique liturgique  et de la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse de Belfort-Montbéliard. Il est aussi auteur compositeur de chants liturgiques.

Tout au long de l’année, lors de la célébration de l’Eucharistie et des célébrations sacramentelles, la liturgie invite les fidèles à s’engager dans le combat spirituel en les assurant que Dieu les accompagne.

Le combat entre l’esprit et la chair

Les philosophies, sans référence à la foi chrétienne, poussent à lutter pour développer les vertus et combattre les penchants mauvais ; des non-chrétiens pratiquent l’ascèse. De leur côté, les chrétiens mettent leur foi non dans leurs vertus, mais dans la parole de Dieu.

Ainsi, mène le combat spirituel la personne qui désire que le Saint Esprit conduise sa vie et qui lutte contre les forces contraires qui la poussent à obéir « aux tendances égoïstes de la chair » (Ga 5,16). Cette personne souffre d’être divisée intérieurement et dit : « Je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7,19) ; elle aspire à faire l’unité de sa vie. Sachant ses faiblesses, elle avoue qu’elle ne peut pas atteindre son unité intérieure par ses seules forces : elle prie pour que Dieu la lui donne. Elle regarde Jésus victorieux du Tentateur grâce à son combat pour garder son identité de fils (1e dimanche de Carême).

Par ailleurs, le chrétien qui mène le combat spirituel n’est pas seul : entouré de l’Eglise, il est porté par les frères qui ont le même désir et font la même prière. Une prière personnelle, faite en secret (Mt 6,2-18) comme aussi le jeune et l’aumône ; mais aussi la prière liturgique, absolument pas secrète, qui fait entendre l’invitation au combat spirituel et la demande pour que le Christ combatte pour les pécheurs.

L’incarnation : Dieu s’est fait poussière

L’anamnèse fait professer que le Christ est mort, c’est à dire qu’en lui qui est devenu homme jusqu’à la mort, Dieu s’est fait poussière selon l’expression du mercredi des cendres. Quand l’Eglise dit l’anamnèse, elle affirme que la poussière humaine est visitée par la vie du Christ, que notre rien est fécondé par sa plénitude, que notre résistance à Dieu est traversée par son ouverture à Dieu ; en un mot, que le Christ a livré le combat spirituel pour tous les hommes. Le récit des tentations (1er dimanche de Carême) porte le même message. Et quand Jésus demande aux hommes de dire « Notre Père… que ta volonté soit faite », il leur demande de combattre pour que l’homme désuni et devenu poussière par désobéissance, soit relié à Dieu et réunifié par l’obéissance.

L’anamnèse fait aussi professer que le Christ est vivant et actif. Par la liturgie, l’Eglise se rappelle que le Christ prie le Père : « Garde mes disciples dans la fidélité à mon nom… pour qu’ils soient un [unifiés intérieurement et entre eux]… garde-les du Mauvais » (Jn 17,11-15)

La transfiguration

En imposant les cendres, l’Eglise dit à chacun « tu es poussière ». Mais, parce qu’elle a une haute idée de l’homme comme enfant de Dieu, elle ne dit pas « tu n’es que poussière ». Par tous les sacrements, elle dit la noblesse de l’homme au point de qualifier le baptisé de « prêtre, prophète et roi » (baptême), de temple du Saint Esprit (confirmation), de membre du corps du Christ (eucharistie), de pécheur pardonné (réconciliation)…

En conséquence, livrer le combat spirituel consiste à vivre sans tricher, dans la condition de « poussière », sans la nier, mais en la revêtant du Christ, comme le dit le rituel du baptême. Dans le Christ transfiguré, l’homme « poussière » est déjà transfiguré. Ainsi la liturgie (notamment celle du 2ème dimanche de Carême) donne à ceux qui livrent le combat spirituel une belle dose d’espérance. Et, à chaque messe, elle fait dire au communiant (qui, divisé en lui-même, ne fait pas le bien qu’il voudrait et fait le mal qu’il ne voudrait pas) : « je ne suis pas digne… mais dis seulement une parole et je serai guéri » ; ce qui sous entend « Seigneur, tu combats pour moi ».

Pâques – le baptême

Parlant à Nicodème (Jn 3), Jésus dit qu’il faut renaître, comme si l’accès à la foi était une sortie de la mort. Comment sort-on de la mort ? En étant plongé dans la mort du Christ, (Rm 6,4) ce que symbolise la plongée dans l’eau du baptême.

Or, qui dit mort dit rupture. Le combat spirituel envisage des ruptures aussi fortes que la mort. Ainsi les catéchumènes lors des scrutins, et les baptisés à la Veillée pascale sont interrogés sans ménagement : « Renoncez-vous à… » ? Mais saint Paul précise que le baptisé n’est pas plongé dans n’importe quelle mort, mais dans celle du Christ, une mort qui exprime l’amour le plus grand (Jn 15,13) et qui débouche sur la vie. La liturgie des funérailles fait chanter parfois « Tu as été plongé dans la mort de Jésus » (CNA 746, S 69). Cela s’adresse non seulement au défunt, mais à chaque baptisé qui a à mener le combat spirituel.

La réconciliation – qui est une réactualisation du baptême – insiste sur le repentir et la contrition, c’est à dire le combat pour « ne plus offenser Dieu, en éviter les occasions et faire pénitence » (acte de contrition). L’état d’esprit du pénitent ne fait pas tout ; l’Eglise prévoit que, pour prononcer l’absolution, le prêtre lui impose les mains, comme chaque fois qu’il fait une épiclèse, pour demander à l’Esprit de soutenir le pénitent dans son combat.

« Celui qui aura combattu selon les règles sera couronné » (2 Tm 2,5)

Les scrutins

Les catéchumènes ont un dur combat à mener. L’Eglise prie pour que soit guéri ce qu’il y a de faible en eux et que soit affermi ce qu’il y a de bon et de saint en eux. Pour dire cette prière, le prêtre étend les mains (épiclèse), une manière de redire la promesse faite à Moïse « Dieu combattra pour vous » (Ex 14,14) :

Dieu notre Père, source de toute vie,
toi qui es glorifié quand l’homme est vivant,
toi qui révèles ta puissance quand les morts ressuscitent,
arrache au pouvoir de la mort ces catéchumènes
qui désirent accéder à la vie par le baptême :
délivre-les de l’esclavage du péché
qui a introduit la mort dans le monde
et corrompu ce que tu as fait de bon ;
rends les participants de la royauté de ton Fils bien-aimé,
pour qu’ils reçoivent de lui la puissance de sa résurrection
et soient devant les hommes des témoins de ta gloire.

Par Jésus le Christ notre Seigneur. Amen. (RICA 172-2)

La Parole

Dieu sait que l’homme a devant lui deux chemins ; il l’invite : « Choisis donc la vie » (Dt 30,19) Sans doute, le surgissement de la Parole stimule au combat pour que l’individu et l’institution se réforment en permanence. La parole de Dieu invite surtout à « venir à la lumière » (Jn 3,21), en écoutant le Fils : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le » (2ème dimanche de Carême) La Parole fait découvrir au chrétien divisé en lui-même que sa vie est cachée avec le Christ ressuscité en Dieu (Col 3,3) parce que le Christ a combattu pour lui et l’a arraché à la mort par la résurrection.

La prière

Le Notre Père, comme un baptême quotidien, rappelle aux fidèles que, pour livrer leur combat, ils ont un allié puissant : « Pardonne-nous… ne nous soumets pas… délivre nous du mal ». Et l’embolisme renchérit : « Délivre nous de tout mal… rassure-nous dans les épreuves » Exprimée en « nous », cette prière suggère que tous ont à mener le même combat.

La prière chrétienne est trinitaire. En nommant l’unité de Dieu, le chrétien progresse vers l’unité de lui-même. « Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me saisit » (Grégoire de Naziance)

Tout au long de l’année et au gré des sacrements, la liturgie incite les fidèles à livrer le combat spirituel en les assurant que Dieu est à leurs côtés. « Si Dieu est pour nous… » (Rm 8,31)

Cet article est extrait de la revue Célébrer n°389 : Carême et combat spirituel.

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