Une Semaine sainte surchargée

Servants d'autel, au cours de la liturgie eucharistique.

Servants d’autel, au cours de la liturgie eucharistique.

Avec ses célébrations liturgiques et ses exercices de piété, la Semaine sainte connaît une forte implication des fidèles. La tentation est grande de profiter de leur présence pour ajouter aux rites prévus, de nouveaux rites qui saturent l’espace rituel, et ce, à des fins pédagogiques.

L’intention de l’Église

Pendant la Semaine sainte, l’Église porte une visée précise : faire vivre aux chrétiens les grands mystères de la rédemption pour qu’ils témoignent de leur foi au Christ, roi messianique et vainqueur de la mort. La distribution des rites, du dimanche des Rameaux à la nuit de Pâques, ne poursuit que cette seule fin. Chaque rite prévu, déployé avec la « noble simplicité » que réclame la liturgie, propose de rencontrer le Christ dans les différentes facettes de son mystère pascal. Chaque rite actualise la Pâque de Jésus dont il nous rend participants. La semaine sainte est un chemin sur lequel l’Église nous conduit pour une vie renouvelée.

Une surcharge rituelle ?

Dans sa sagesse, l’Église a balisé ce chemin rituel. Elle évite une trop grande rigidité qui en ferait un exercice désincarné, et un encombrement qui rendrait la perspective invisible, le chemin impraticable. L’écueil existe de rompre cet équilibre en surajoutant des rites nouveaux, en en survalorisant d’autres. Ainsi, est-il vraiment pertinent de proposer aux enfants de faire leur première communion au soir de la Cène ?  La réponse est clairement non. Il s’agit d’abord de leur faire vivre avec l’Église, le mémorial de l’institution de l’Eucharistie. Ils reliront et approfondiront ensuite la célébration qu’ils auront vécue et qui donnera tout son sens à leur première communion, quelques semaines plus tard.

La même question peut se poser pour le rite du lavement des pieds. Il prend parfois une telle ampleur, à la limite du spectacle, que les autres rites apparaissent secondaires. Or le Missel romain rappelle qu’ « on procède au lavement des pieds, là où, pastoralement, il semble bon de le faire ». En clair, ce n’est pas le rite essentiel de la messe du jeudi saint. Et, si on le met en œuvre, c’est avec simplicité. Quant à la vigile pascale, rompre son équilibre rituel conduit à l’indigestion.

Ainsi, le trop est souvent l’ennemi du bien. Au lieu de conduire les fidèles au sommet de l’année liturgique, un chemin encombré les détourne du but recherché. Il provoque une lassitude qui finit par décourager la participation au lieu d’attiser la foi.

Cet article est extrait du dossier La Semaine sainte : une unité à l’épreuve du temps et de l’espace

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  • 24 mars 2016 : Lavement des pieds, lors de la célébration du Jeudi Saint à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Paris (75), France.

    Jeudi saint : le rite du lavement des pieds

    Le jeudi saint, lors de la Messe du soir en mémoire de la cène du Seigneur est mis en lumière « les mystères principaux que célèbre cette messe, à savoir l’institution de l’eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle… » (Missel romain, messe du jeudi saint, n° 5).

  • 05 avril 2007, Benoît XVI essuie les pieds d'un homme au début de la célébration du Jeudi Saint en la Cathédrale Saint Jean de Latran, Rome, Italie.

    Lavement des pieds et pénitence, une Lecture de Saint Jean 13, 1-20.

    Non seulement la péricope du lavement des pieds (Jn 13, 1-20) constitue l’un des textes les plus commentés du quatrième Évangile, mais elle est parfaitement exemplaire des résultats acquis par l’exégèse historico-critique. D’une part, le texte est éminemment complexe et semble bien résulter de la combinaison de plusieurs couches rédactionnelles.