Carême et liturgie, un même défi : le Mystère pascal au centre de nos vies !

Cierge allumé pour la Vigile pascale : Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! Ps 103 (104)

Cierge allumé pour la Vigile pascale : Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence,tu as pour manteau la lumière ! Ps 103 (104)

Dans son message pour le Carême 2020, le pape François invitait à accueillir l’appel à nous laisser réconcilier avec Dieu (2 Co 5, 20) en fixant davantage « le regard du cœur sur le Mystère pascal ». Remettre au centre le Mystère pascal permet en effet d’entrer dans « un dialogue ouvert et sincère avec Dieu ». Et selon le Pape, grâce à ce dialogue, il devient alors plus facile aux disciples que nous sommes de devenir « sel de la terre et lumière du monde » (Mt 5, 13‑14). Or l’invitation vaut bien au-delà du Carême. D’autre part, on sait que « la liturgie a pour première tâche de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ » (saint Jean-Paul II). Que retenir du message du pape François au-delà de ses conseils pour se préparer dignement aux fêtes de Pâques ?

Le mystère pascal, « pierre angulaire de la vie chrétienne »

Le pape François rappelle d’abord une vérité essentielle : la foi du chrétien se fonde sur l’accueil existentiel du kérygme, à savoir la bonne nouvelle de la mort et de la résurrection de Jésus. Or il s’agit là de bien autre chose qu’une information sur un événement du passé, perdue au milieu de tant d’autres nouvelles. Le kérygme, c’est l’annonce que la Pâque de Jésus « n’est pas un événement du passé », mais que « par la puissance de l’Esprit Saint, elle est toujours actuelle ». Voilà pourquoi le mystère pascal est la pierre angulaire de notre vie.

Mais d’une certaine façon, il y a plus encore. Car ce kérygme veut nous mettre face au « Mystère d’un amour “si réel, si vrai, si concret qu’il nous offre une relation faite de dialogue sincère et fécond” (Exhortation Christus vivit, n. 117) ». En centrant mieux notre regard sur le mystère pascal, nous percevrons davantage que le Christ toujours vivant nous offre : la possibilité d’une relation concrète avec lui, une relation à vivre avant tout sur le mode d’un « dialogue sincère et profond ». Ce dialogue met en route et aide à vivre. Car il pousse à rejeter « le mensonge selon lequel notre vie aurait son origine en nous-même, alors qu’en réalité elle jaillit de l’amour de Dieu le Père, de sa volonté de donner la vie en abondance ». Il protège de nous laisser égarer dans le non-sens ou les bavardages. Il aide à entrer dans une conscience renouvelée des conversions à vivre, notamment en nous incitant à reconnaître que le destin du Christ se poursuit chez tant de personnes souffrantes qui attendent notre engagement.

Vivre en s’appuyant sur la volonté passionnée de Dieu de dialoguer avec ses enfants

Fixer le regard sur le Mystère pascal, pour le remettre au centre de notre vie, aide donc à orienter notre vie voire pousse à certaines conversions à vivre. Mais l’insistance du message du pape est intéressante à cet égard. Tout devient plus évident lorsqu’on se laisse porter par le dialogue : « L’expérience de la miséricorde, en effet, n’est possible que dans un ‘‘face à face » avec le Seigneur crucifié et ressuscité “qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (Ga 2, 20). Un dialogue cœur à cœur, d’ami à ami. C’est pourquoi la prière est si importante en ce temps de Carême. Avant d’être un devoir, elle exprime le besoin de correspondre à l’amour de Dieu qui nous précède et nous soutient toujours ».

Le Carême se propose donc comme une opportunité pour que « nous puissions enfin entendre la voix de notre Époux, pour la faire résonner en nous avec plus de profondeur et de disponibilité (…) Ne laissons donc pas passer ce temps de grâce en vain ». A bien y réfléchir, si le Carême est un bon moment « pour un changement de cap », c’est parce qu’il nous rappelle « la volonté tenace de Dieu de ne pas interrompre le dialogue du salut avec nous ». Car c’est bien en Jésus crucifié que se manifeste au maximum sa volonté passionnée de dialoguer avec ses enfants. Qu’aurait-il pu faire de plus ? Face à la croix, nous expérimentons que Dieu attend de nous une réponse qui soit à la hauteur. Mais dans le face à face avec lui, l’exigence n’est pas pesante, bien au contraire. Peu à peu, le dialogue avec lui produit l’inverse de l’égoïsme mondain et fait découvrir que « le partage dans la charité rend l’homme plus humain ».

En nous préparant à « célébrer avec un cœur renouvelé le grand Mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, pierre angulaire de la vie chrétienne personnelle et communautaire », le Carême rappelle donc chaque année qu’« il nous faut constamment revenir à ce Mystère, avec notre esprit et notre cœur ». Et l’enjeu est important puisque « ce Mystère ne cesse de grandir en nous, dans la mesure où nous nous laissons entraîner par son dynamisme spirituel et y adhérons par une réponse libre et généreuse ».

La liturgie nous ramène inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ

Mais pourquoi se limiter au temps du Carême si ce mystère pascal est si important pour notre vie ? Une belle formule de saint Jean-Paul II en 1988 aide à réaliser que la liturgie est un moyen à notre disposition tout au long de l’année pour faire grandir en nous le mystère pascal. L’ancien pape écrivait à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la Constitution conciliaire sur la Liturgie : « Parce que la mort du Christ en croix et sa résurrection constituent le contenu de la vie quotidienne de l’Église et le gage de sa Pâque éternelle, la liturgie a pour première tâche de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ, où l’on consent à mourir pour entrer dans la vie ».

Spontanément pour nous, la vie liturgique gravite avant tout autour du sacrifice eucharistique et des autres sacrements, où nous puisons aux sources vives du salut. Mais il se trouve que l’accès direct à ces sources manque en ce temps de pandémie. Ce manque – ce « jeûne » – peut nous rappeler que la première fonction de la liturgie est de nous (re)mettre en route sur le chemin pascal avant de nous apporter telle ou telle grâce. Soyons sûrs à cet égard qu’à défaut de la communion sacramentelle, toutes nos célébrations vécues à domicile, ces messes retransmises sur les écrans qui entretiennent notre faim du pain de vie et des autres, la liturgie des heures des moines à laquelle nous nous associons par la radio nourrissent réellement en nous la mémoire pascale si fondamentale à notre vie chrétienne personnelle et communautaire. Cette mémoire est notre appui le plus solide pour avancer.

Or le message de Carême du pape François met bien en valeur l’aspect central toujours à redécouvrir de ce mystère pascal : il est ce mystère d’un « amour si réel, si vrai, si concret » qu’il nous est offert dans « une relation faite de dialogue sincère et fécond ». Soyons donc sûrs aussi que, chaque fois que nous vivons une liturgie en communion spirituelle avec nos frères et nos sœurs, la mémoire pascale nous met en relation avec le Ressuscité. Elle nous ramène alors en effet toujours sur le chemin pascal ouvert par lui et où il continue à parler avec nous. Alors le dynamisme de sa Présence fait du bien en nous entraînant, les vivres pour la route suivront.

Père Laurent de Villeroché, eudiste, chargé d’enseignement à l’ISL et membre du SNPLS

La Semaine sainte

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