Les rites de l’accueil

3 septembre 2006 : Funérailles du Père Marie-Dominique Philippe, o.p., fondateur de la Congrégation Saint Jean. Accueil du corps à la Primatiale Saint Jean, par le père Michel Cacaud, recteur de la Primatiale. Lyon (Rhône), France.Introduction : Des rites en l’honneur du corps

La liturgie est une action rituelle et symbolique qui met en scène constamment du faire et du dire, de l’action et de la parole. Or le langage rituel n’est pas de l’ordre du discours abstrait mais de l’agir où le corps est partie prenante. La liturgie est dans son essence « corporelle », non seulement par les gestes qu’on fait mais aussi dans les paroles qui sont dites, car les rites passent par le corps : parler en liturgie comme dans tout acte de communication met en jeu le corps dans la relation aux autres et à Dieu.

Nous venons de l’éprouver pendant l’heure où nous sommes allés dans l’Eglise pour nous essayer à conduire la liturgie des funérailles. Or nous étions dans une forme de répétition théâtrale qui n’est pas encore l’action liturgique. Quand vous conduirez vraiment votre première liturgie des funérailles, vous ressentirez physiquement la présence corporelle du défunt, le poids de l’assemblée qui est là et qui fait corps, et même la présence invisible du Seigneur à qui vous parlerez, tournant votre être et votre corps vers lui.

Aujourd’hui et dans les deux prochaines rencontres nous prendrons du temps pour relire spirituellement les rites de la liturgie des funérailles. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui est en jeu quand nous célébrons les funérailles d’un enfant de Dieu baptisé et membre du corps du Christ ? Et d’abord pourquoi accorder tant d’honneur au corps dans la liturgie des funérailles ?

Dans Gaudium et Spes, le concile Vatican II exprime ainsi l’unité du corps et de l’âme et le respect à porter au corps, même mort :

14. Constitution de l’homme

15. Corps et âme, mais vraiment un, l’homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l’univers des choses qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais, au contraire, il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour. Toutefois, blessé par le péché, il ressent en lui les révoltes du corps. C’est donc la dignité même de l’homme qui exige de lui qu’il glorifie Dieu dans son corps, sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur.[1]

La dignité de ce corps, promis à être transfiguré pour la résurrection de chaque être, exige le respect et l’honneur dans les rites funéraires mis en œuvre lors de la célébration :

Le corps privé de vie a lui aussi sa dignité […] Il est corps de la mère ou du père auquel les enfants doivent la vie ; corps de l’ami, dont la proximité était la communication de relation et d’amour : il est le corps qui garde les marques du travail corporel, ou par lequel s’est effectué le travail intellectuel ; le corps qui dans sa vie a porté les stigmates de la maladie et des souffrances, du handicap, de l’âge et de la déchéance, plaies qui dans la transfiguration de la chair ressuscitée reçoivent valeur éternelle.[2]

Cette reconnaissance de la valeur du corps s’exprime dans les rites. Or les rites des funérailles relient cette célébration aux rites du baptême qui s’achève ce jour où parait devant Dieu celui qui été reconnu comme enfant de Dieu au jour de la nouvelle naissance.

La liturgie d’accueil va prendre en compte la vie du défunt, ses relations, ses activités. La présence du corps pour la liturgie d’accueil fait que nous ne célébrons pas dans le vide, « en présence » d’un absent. Mais d’emblée les rites d’accueil vont dire l’autre présence, celle du Christ, solidaire de tous ceux qui ont achevé leur chemin et compatissant pour les proches dans la peine. La liturgie de la Parole va ensuite développer le lien solidaire entre ce défunt présent par son corps et le Christ mort et ressuscité qui le sauve. Enfin, nous disons adieu au corps, pour mieux dire « A Dieu » à la personne aimée. Commençons aujourd’hui par les rites de l’accueil. […]

[…] Télécharger le texte intégral ci-contre.

 

[1] Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 14 § 1.

[2]Conférence des évêques allemands (Réflexion de la), « Les pratiques funéraires et l’accompagnement des personnes en deuil », Documentation catholique n. 2123, 15 novembre 1995, p. 96.

Télécharger la fiche pratique complète :

Les rites de l’accueil

funérailles retour

Approfondir votre lecture