L’examen de conscience, la prière d’alliance ignatienne

30 août 2016 : Soeur Isabelle se recueille pendant un temps de prière dans le monastère de l'Annonciation de Prailles (79), Nouvelle-Aquitaine, France.

30 août 2016 : Soeur Isabelle se recueille pendant un temps de prière dans le monastère de l’Annonciation de Prailles (79), Nouvelle-Aquitaine, France.

Par Marie-Luce Brun, Religieuse Auxiliatrice

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu » nous dit saint Paul. C’est un grand travail ! N’est-ce pas une manière de confesser son amour pour lui ? Lorsque la parole de Dieu met l’être en mouvement, elle le prépare à se laisser faire par l’Esprit Saint qui l’habite. Mais c’est un long apprentissage.

L’examen de conscience sera le lieu où va s’exprimer le besoin d’être transformé, converti pour reconnaître et lutter contre les obstacles à la vraie rencontre avec Dieu. Temps d’un aveu qui sort de l’ombre et se livre dans la confiance à ce Dieu très aimant, temps d’un nouvel accueil du pardon. Cela donne de l’espace à Dieu en nous pour qu’il puisse nous transformer. L’examen est un temps où l’on donne du poids à la Parole : « Élargis l’espace de ta tente », où l’on apprend à être le gardien de son cœur, comme un veilleur.

L’examen, la prière d’alliance est une manière de collaborer à l’œuvre de Dieu en soi. En voici quelques traits inspirés de la tradition ignatienne.

L’examen est une prière

Cette prière comme toute prière est d’abord une sortie de soi et un acte d’adoration de Dieu.

Un regard de foi

Sur toute notre existence

Ce regard, que nous tentons de faire nôtre, est celui de Dieu sur nous. Il porte sur la réalité de notre vie dans laquelle nous sommes plongés, constatant quel est notre état. Ce réalisme fondamental est le point de départ pour faire grandir le royaume de Dieu en nous. Au fond, par cet effort de droiture et de vérité nous reconnaissons ce qui est.

Sur les grâces de Dieu

Nous sommes conviés à redécouvrir toutes les grâces que Dieu nous a faites. L’examen doit se dérouler avec cette toile de fond. Habituellement, la continuité du don de Dieu dans notre existence n’apparait pas toujours de manière évidente. Le temps de l’examen est précisément cette attitude par laquelle nous essayons de regarder et de juger notre vie dans la foi. Nous percevons alors la continuité de Dieu qui nous rejoint profondément, nous invite à le reconnaître à l’œuvre et à le servir.

Sur la volonté actuelle de Dieu

Cette volonté se manifeste de bien des manières. Comment pouvons-nous la reconnaître, y être fidèles et y répondre s’il n’y a pas dans nos vies des moments de silence, et d’interrogations ?

C’est une grande question qui inquiète. L’examen est une manière pour connaître la volonté de Dieu. Le discernement spirituel avec l’aide d’un accompagnateur peut se révéler utile. Dieu qui travaille en nous, nous demande de collaborer avec lui. Cette volonté de Dieu va unifier le passé et ouvrir un avenir. C’est un dialogue de deux libertés.

Sur les autres

Dans l’examen de conscience, nous redécouvrons ceux qui nous entourent. Leur présence est parfois sujet de trouble ou de lassitude. Or ceux avec qui nous vivons ou nous travaillons sont réellement pour nous un appel, voire une présence du Christ auprès de nous.

Une disponibilité plus grande à l’Esprit de Dieu

Se rendre disponible, c’est être docile à Dieu et sensible à son Esprit, force intérieure par laquelle Dieu nous conduit. Dans ce type de prière peuvent se résoudre des conflits intérieurs, voire des difficultés psychologiques. Certains blocages nous empêchent de progresser dans nos relations avec notre entourage. Souvent ils viennent d’une opacité qui s’oppose à la grâce de Dieu, entrainant sur certains points une absence de disponibilité à cette même grâce. Le mal est là, tapi à notre porte et nous en sommes parfois complices. L’examen permet de reconnaître que nous avons blessé la vie en nous et autour de nous. Il fait entrer dans un chemin de réconciliation. Dieu a besoin de cette démarche pour nous rejoindre. C’est la rencontre de ces deux démarches qui produit la réconciliation.

Cette disponibilité réelle à l’Esprit peut se développer en nous comme une véritable attitude intérieure qui peut devenir une prière continuelle.

L’examen ainsi proposé est une manière de renouveler notre participation à la vie du Christ. Il est une conception de la vie spirituelle sous forme de décision. Par notre effort humain, sainement détendu et pratiqué, nous pouvons agir pour nous rendre plus fidèles à Dieu, nous disposer à la grâce, lui permettant de s’épanouir davantage dans tout ce que nous sommes.

Nous l’avons vu, l’examen de conscience n’est pas seulement lié au sacrement de pénitence et de réconciliation. Il constitue en lui-même un exercice spirituel. Le cadre de la prière d’alliance déploie de manière pédagogique la triple confession, de louange, des péchés et de la foi. Elle contribue ainsi à la structuration de la vie spirituelle.

Cet article est paru dans la revue Célébrer n°395

La prière d’alliance

Il s’agit d’un temps de prière personnelle à la fin de la journée dans la perspective d’une relecture de vie, soit pendant une période de retraite, soit tous les jours.

Cette prière d’alliance s’articule autour de trois points :

  • Merci : action de grâce pour les moments de la journée, de consolations, de joies, où l’alliance avec Dieu a été vécue.
  • Pardon : les moments où l’alliance avec Dieu a été éprouvée et mise à mal, examen des péchés.
  • Demande : désirer vaincre tel point particulier pour progresser avec l’aide du Seigneur. Pour cela, préparer la journée du lendemain en offrant au Seigneur les personnes ou les différents moments de la journée à venir.

Terminer par le Notre Père

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