Considérer la foi des parents qui demandent le baptême de leur enfant

Parents et marraine lors du baptême d'un enfant.

Parents et marraine lors du baptême d’un enfant.

Par Jean Dubreucq, († 2014) Père abbé, ancien responsable de la pastorale de la liturgie et des sacrements au diocèse de Cambrai.

Comment recevons-nous la démarche des parents qui demandent le baptême pour leur petit enfant ? Il y a la joie d’accueillir de nouveaux visages, souvent jeunes et ouverts, mais il y a aussi l’inquiétude : « Ils ne savent plus rien… Ont-ils seulement conscience de ce qu’ils font ? » On relève même du découragement : « Faudra-t-il encore longtemps entretenir un rite social vidé de la foi en Jésus-Christ ? »

Et, en même temps, nous sentons bien que quelque chose de très important est engagé. Nous sommes en droit de nous poser la question que Louis-Marie Chauvet formulait ainsi dans un article1 très enrichissant : « Qu’est-ce que l’Église demande comme foi aux parents qui font baptiser leurs enfants ? » Nous suivrons Louis-Marie Chauvet pour nous rappeler ce qu’est la foi pour l’Église. Nous pourrons alors mieux comprendre ce que nous demandons aux parents et que nous célébrons avec eux le baptême de leur enfant.

Qu’est-ce que la foi ?

C’est une grâce, bien sûr, une lumière donnée par Dieu… Mais comment cette grâce se manifeste-t-elle ? On pourrait distinguer un point de vue subjectif et un point de vue objectif.

Du point de vue subjectif, la foi est d’abord une adhésion. « Croire c’est penser avec assentiment. » Pour que la foi, qui est don de Dieu, devienne un acte humain, il faudra qu’elle soit examinée par la réflexion. Il s’agit d’abord de prendre conscience de croire. C’est le mérite de la démarche des parents et des efforts que fait la communauté pour bien les accueillir : quel est ce mouvement qui nous porte à demander le baptême pour notre enfant ? La première démarche est de prendre conscience d’un mouvement intérieur, un « affect », qu’il est difficile de définir mais qui est précieux et puissant. Souvent, il faudra toute l’attention et la délicatesse de ceux qui accueillent pour que puissent être mises à jour des pensées qui n’étaient sans doute pas encore venues à la conscience des demandeurs. Avoir conscience de ce mouvement intérieur est fondamental mais ne suffit pas. La foi est une « cogitation », elle a un objet, un contenu et elle suppose une délibération. Le mouvement de la foi doit être critique par rapport à lui-même.

Il y a donc aussi un point de vue objectif. La foi est-elle un « Croire à » un certain nombre de vérités contenues dans le Credo de l’Église ? Oui, bien sûr. Patiemment, au cours des siècles, l’Église a repassé dans son cœur et son intelligence tout le dépôt révélé. De concile en concile, elle a essayé de cerner le mystère, établissant peu à peu un ensemble de propositions où tous les chrétiens peuvent se retrouver. Cet ensemble fait symbole, on s’y reconnaît, c’est le point de repère des chrétiens. On l’a appelé « symbole des apôtres » !

Mais l’objet de la foi n’est pas réductible à un ensemble de vérités, ni à un système de valeurs, encore moins à un programme d’action. On peut être fanatique d’une idée ou d’une cause et ne pas avoir la foi, on peut être spécialiste des questions religieuses et ne pas avoir la foi.

La foi demandée aux parents

Le discernement pastoral devra se garder de mesurer la foi des parents à l’aune de leur compétence théologique ou de la véhémence de leurs opinions. L’objet de la foi c’est Dieu ! La foi est un « Croire en ». Elle est de l’ordre de la relation, elle n’est pas réductible à un « croire que » ou à un « croire à ». Déjà Jésus admirait la foi d’une cananéenne, une païenne, qui croyait en lui. La foi c’est croire en quelqu’un. C’est faire confiance. Comme des fiancés qui se donnent leur « foi » au moment du mariage.

Les parents ont confiance en Dieu parce qu’ils font confiance à l’Église. La foi met en relation, et de toutes les manières. Elle fait entrer dans un réseau de relations. Ainsi elle peut admettre le doute qui vient de l’épreuve ou de la vulnérabilité mais elle rejette le doute qui mettrait le chrétien « spectateur hors jeu », observateur purement extérieur. C’est un critère très important.

Ces petits points de repère peuvent aider à conduire un premier discernement. La foi est un désir du sujet, inséparable de son objet qui est Dieu lui-même, présenté par ce que l’Église en dit. Elle a pour origine Dieu lui-même mais elle est condamnée à la stérilité sans le réseau de relations qui la porte c’est à dire la vie de l’Église. Comment permettre l’expression et la reconnaissance de tout cela ? Le vrai travail d’éclairage va se faire au contact de ce que l’Église propose pour célébrer le sacrement du baptême. Les signes de la foi ne sont pas que des mots.

La foi des parents célébrée au baptême

C’est devant la présentation du baptême lui-même que la foi se déclare. À la question première de la célébration du baptême : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? » Les parents peuvent répondre : « le baptême » mais aussi, selon la vieille tradition de l’Église : « la foi ». Si bien que nous sommes, avec toute l’Église, en situation de manifester notre foi et de la recevoir.

En effectuant les signes, les gestes, les mots, tout le rituel du baptême, nous disons concrètement quelle est la foi de l’Église maintenant, là où vivent les parents. Nous leur permettons de dire ou non leur confiance dans l’Église, car c’est dans cette foi de l’Église que leur enfant va être baptisé. Saint Augustin le disait déjà à son ami Boniface qui s’inquiétait du manque de foi des parents.

Le signe de la croix du début – signe des chrétiens –, la lecture d’un texte biblique bien choisie et bien faite, l’homélie, la prière de supplication, l’imposition des mains… sont des occasions pour la petite Église rassemblée de dire la foi de l’Église et d’entrer en relation avec le Dieu sauveur.

La prière de bénédiction de l’eau raconte l’histoire du salut à travers le signe de cette eau qui va couler bientôt sur l’enfant. C’est encore la foi de l’Église qui se dit et se propose à la ratification des parents.

La renonciation au mal et la confession de foi sont des occasions de prises de parole de la part des parents, et de ceux qui exercent le parrainage. Le symbole des apôtres proposé sous forme interrogative, selon le rituel, permet à chacun de manifester ou non une adhésion.

Dans cet esprit, on comprend mal que, parfois, des propos émis à cette occasion se trouvent en contradiction avec le Credo de l’Église que le rituel nous demande de proclamer. Des parents expriment leur doute sur des vérités aussi fondamentales que la résurrection du Christ ou la Trinité. Que faire ? Ne pas durcir la situation. L’univers sociologique ou culturel où ils vivent n’est pas toujours propice à une compréhension exacte des termes utilisés par l’Église, alors qu’ils disent, par ailleurs, croire en Dieu « malgré la souffrance et la mort » ou « malgré son secret » et font confiance à l’Église, c’est à dire aux personnes qui les ont accueillis, au ministre qui prononce les paroles et à Dieu qui est ainsi désigné.

Y a-t-il manque de respect ? Ambiguïté, voire mensonge ou hypocrisie ? Louis-Marie Chauvet se réfère à la tradition de l’Église qui accorde son crédit aux parents quand ils présentent leur enfant au baptême et manifestent ainsi leur confiance. Le rituel prévoit une réponse à la première personne : « Croyez-vous ? … Je crois. » La liberté est respectée !

  • Et que se passe-t-il si vraiment les parents sont dépassés et ne comprennent pas ? Toute leur préparation et toute la célébration manifestent qu’ils font confiance à l’Église.
  • Et si les parents jouent la comédie ? Il est difficile de s’ériger en juge. L’efficacité n’est pourtant pas en cause. Dieu donne tout. Il restera néanmoins à rendre possible la fécondité du sacrement qui, elle, dépend de l’accueil réservé à la grâce.

Les autres signes : Saint-Chrême, vêtement blanc, cierge allumé, sont tournés vers l’avenir. Ils désignent une vie à développer ; ils engagent la responsabilité de l’Église et, peu à peu, la liberté du néophyte selon les étapes de sa vie. Tout est vraiment donné au Baptême et tout reste à faire.

 

1. « Baptême des petits enfants et foi des parents », dans La Maison-Dieu n° 207, Questions pastorales autour du baptême, éd. du Cerf, 3e trimestre 1996.

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