Lumière et flambeaux

5 mars 2017 : Bougie allumée, dans la basilique cathédrale de Saint Denis. Paris, (75), France.

5 mars 2017 : Bougie allumée, dans la basilique cathédrale de Saint Denis. Paris, (75), France.

Par Serge Kerrien, Diacre du diocèse de St-Brieuc-Tréguier

 

Nous avons tous fait l’expérience de circuler la nuit, en pleine campagne. Pas de maison, pas de circulation, parfois du mauvais temps. Rien de tout cela n’est rassurant. Mais, au détour de la route, une lumière perce la nuit. Aussitôt elle lève l’inquiétude et réchauffe le cœur : dans l’obscurité, la vie est là, présente ; à ce qui pourrait paraître désert et mort, une vie est donnée. Alors, qu’en est-il de la lumière vive de nos liturgies ?

Un peu d’histoire

Depuis les plus anciennes civilisations, l’opposition de la lumière aux ténèbres a existé ; les religions ont intégré ce symbolisme, donnant à la lumière de porter la joie, la fête, la vie, et à l’obscurité de représenter les forces des ténèbres, le mal et la mort.

Dans la religion juive

La lumière y tient une place importante. Au temple de Jérusalem, une lampe était perpétuellement allumée. On faisait aussi brûler des lampes sur les tombes des prophètes et la fête d’Hanoukka, appelée aussi fête des lumières, rappelait la nouvelle dédicace du temple après sa profanation. Le repas du sabbat ou le Seder, pendant la Pâque, comportent un rite de la lumière.

A Rome

Les rites païens romains utilisaient aussi la lumière. Les Romains allumaient des lampes dans les temples et aux portes de leurs maisons, à l’occasion des fêtes religieuses. Ils faisaient brûler des lumières devant les idoles, les statues de l’empereur et les tombes de leurs défunts.

Dans l’Église antique

L’usage des flambeaux et des lumières nous vient donc de traditions très anciennes que les premières communautés chrétiennes vont reprendre. Dès le IIe siècle, on allume des lampes à huile lors du lucernaire (prière qui avait lieu vers 18 h dans les maisons ou les églises-maisons) Cet office est à l’origine des Vêpres ainsi que de la bénédiction du feu et du cierge à la vigile pascale. Au IIIe siècle, on portait des luminaires dans les processions de funérailles et on en plaçait sur les tombes. Au IVe siècle, l’usage se développa d’en placer devant les reliques et les images des saints.

Désormais, les luminaires seront un élément habituel du culte et, progressivement, ils trouveront leur place dans la procession d’entrée, la procession de l’évangile, autour, puis sur l’autel.

Quel en est le sens ?

Si on se rapporte aux pratiques de l’empire romain, on sait que les dignitaires étaient accompagnés, dans leurs déplacements, de porteurs de torches. Cette pratique s’étant étendue aux évêques, il est vite apparu que les luminaires devaient en premier lieu honorer le Christ, particulièrement l’autel qui en symbolisait la présence. Les luminaires qui accompagnent la procession de l’évangile, comme la lampe à la réserve eucharistique tiennent du même symbolisme. Et si les lampes à huile qui brûlaient dans la liturgie du début de l’Église avaient un aspect utilitaire, elles ont rapidement pris une dimension symbolique, comme les cierges que nous utilisons maintenant. La lumière est indissociable du Christ dont saint Jean rapporte les paroles : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12). Indissociable aussi de l’identité chrétienne puisque le baptisé reçoit, à la fin des rites du baptême, un cierge allumé accompagné de ces mots : « Recevez la lumière du Christ ». Le signe est fort : le baptisé doit vivre en « enfant de lumière » (Ep 5, 8).

Le cierge pascal

De tous les luminaires de la liturgie, le cierge pascal tient une place à part. La Vigile pascale, sommet de l’année liturgique, s’ouvre par la bénédiction de feu nouveau et du cierge pascal auquel il est allumé. Ce cierge pascal porte plusieurs symboles du Christ : la croix ; l’alpha et l’oméga, première et dernières lettres de l’alphabet grec, rappelant ainsi l’Apocalypse « Moi, je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu » (Ap 1, 8) ; les quatre chiffres de l’année en cours ; cinq grains d’encens fixés à la croix pour rappeler les plaies du Christ crucifié. Et lorsqu’on entre en procession dans l’église, c’est en suivant le cierge pascal allumé dont la flamme allumera ensuite les cierges des fidèles. Nous faisons ainsi mémoire de la lumière reçue au baptême et de ce qui constitue le but de la vie chrétienne : marcher à la suite de Christ.

Pendant les cinquante jours du temps pascal, il brillera au cœur de toutes les célébrations et, pendant toute l’année lors des célébrations de funérailles, signe de l’espérance du passage dans la lumière de Dieu.

Les cierges de dévotion

  • Les statues et images

Qu’il s’agisse de cierges ou de votives, nous les faisons brûler devant les représentations de la Vierge Marie ou des Saints. Ils sont le signe d’une piété populaire encore forte et qu’il ne faudrait pas mépriser. Pour demander une grâce ou remercier pour une grâce obtenue, beaucoup n’ont pas les mots de la prière. La flamme qui brûle dit leur amour de Dieu, de Marie, d’un Saint ; elle devient un langage et une façon de s’unir à Dieu et à l’Église du ciel.

  • Les processions

Ces cierges accompagnent aussi les processions de nuit dans les sanctuaires dédiés à la Vierge. Comme autant d’étoiles dans la nuit, ils honorent la Vierge Marie et disent, en même temps, le désir de celles et ceux qui les portent de témoigner au monde du Christ, lumière de leur vie.

  • Dans la liturgie

Lumières vives dans la liturgie, dans la pénombre de plus humbles chapelles, les cierges et les flambeaux nous rappellent la présence vivante du Christ ressuscité. Flammes portant à Dieu nos prières, ils nous invitent à vivre en disciples comme Jésus l’a déclaré : « Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu 5, 14).

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