Un mobilier blanc, lumineux à ND d’Urville (50)

Par Mireille Bouchard

 

Découvrez le témoignage de l’architecte d’intérieur Mireille Bouchard, à l’occasion du réaménagement de l’église Notre Dame d’Urville-Nacqueville :

On me demande d’évoquer ma démarche plastique et spirituelle à propos de la commande qui m’a été faite pour le mobilier liturgique de l’église d’Urville-Nacqueville. Ces deux expressions, démarche plastique et démarche spirituelle sont pour moi intimement liées dans ma recherche pour ce travail.

La démarche artistique

Ma démarche plastique est avant tout un choix qui privilégie la Beauté, comme on peut choisir la Bonté, la Vérité, le Bien ou ces quatre fondamentaux à la fois, car tous les quatre nous entrainent vers Dieu. Par le biais de ce que nous appelons la Beauté, quelque chose de Dieu peut nous être transmis et annoncé ; le Beau est le reflet de celui qui en est la source, comme le dit le livre de la sagesse : « La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur. » Sg 13,5

Genèse du projet

La première étape à tout projet, venir sur les lieux, regarder, observer les points forts, rencontrer les utilisateurs, écouter leurs souhaits .demander un cahier des charges avec les plans existants, prendre des photos, s’imprégner du lieu, intérieur et extérieur.

Y penser, y revenir, s’interroger, où suis-je ? L’environnement, la spécificité de cette terre. Il y a toujours un génie du lieu qui peut être source d’inspiration, c’est une façon d’accueillir l’architecture donnée. C’est au cours de tout ce travail préparatoire que peut jaillir l’inspiration, le souffle, la vision que l’on a des choses, à un moment inattendu où l’idée vient s’installer dans l’esprit comme une évidence, une vérité pour soi- même et pour le lieu.

C’est le temps alors de concrétiser ce projet par des croquis, des couleurs, des échantillons de matériaux, des maquettes au 1/10éme, des plans.

Pour Urville, c’est un verset bien précis du livre de l’Apocalypse, (Ap2,17 ) : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises : au vainqueur je donnerai la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc , un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit . »

La parole biblique s’est faite alors image, d’où la naissance de ce caillou blanc, en marbre de Carrare qui devient l’autel. Il évoque le mystère du « Verbe fait chair » qui se rend présent à chaque eucharistie, sans oublier la perspective eschatologique sur laquelle je reviendrai. Cette intuition plastique va au-delà de ce que nos sens en perçoivent et vient d’ en amont de nous : « un homme ne peut rien recevoir si cela ne lui a été donné du ciel »( jn 3.27 Il convient alors de chercher une unité générale avec l’ensemble du mobilier , de créer une dynamique du regard , de la lumière , par la croix , l’autel … de contribuer ainsi à laisser naître une nouvelle « épiphanie » de la Beauté ,un véritable « lieu théologique » qui remplisse pleinement sa fonction , pour le bonheur de tous je l’espère.

Traduction formelle de l’inspiration première

Le Sanctuaire. Ce lieu, dans l’axe de l’entrée principale, où tout converge, toute l’architecture de la nef nous y accompagne avec la lumière naturelle des vitraux d’Henri Martin Granel, réalisés, selon la technique de la dalle de verre. Il s’inscrit dans un carré parfait, surélevé de quelques marches pour en dire la suprématie, plafonné d’une voûte qui se prolonge pour recouvrir toute l’église, comme la voûte céleste recouvre la terre symbolisée par ce carré. Terre et ciel communiquent parfaitement, reliés par deux grands piliers angulaires en pierre, formant le porche d’entrée du sanctuaire.

Comment ne pas choisir ce lieu d’excellence pour y fixer l’autel ? Cet espace carré, habité par l’autel, redonne à l’édifice sa fonction première et met en valeur le lieu de la célébration eucharistique, ce qu’a voulu François Champart l’architecte.

L’Autel : le caillou blanc (Ap 2-17)

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Eglises : au vainqueur je donnerai la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit. »

Après ma première visite à Urville- Nacqueville, ce verset de la Bible m’a habité et ne m’a plus quitté : tout est parti de là, Pourquoi ce passage plus qu’un autre ? Est-ce la proximité de la mer, et cette fascination devant la contemplation de tous ces cailloux balayés par le flux et le reflux de la mer ? Peut-être ! Mais surtout mon interrogation sur ce caillou blanc dont parle St Jean. Enfin ma recherche sur le sens de la table eucharistique à traduire par des formes, des couleurs, des matières.

L’autel est un bloc de marbre blanc de Carrare, cubique 1mX1mx1m, taillé comme un caillou irrégulier, avec des éclats et des facettes saillantes pour accrocher au maximum la lumière du marbre. Au-dessus ,une dalle de verre ,carrée ,très clair, de 1m20x1m20, épaisseur 3 cm avec la découpe au centre d’un cercle ( de 50 cm de diamètre) , symbolisant le monde divin , vient s’incorporer, au nu de la surface supérieure du caillou parfaitement polie , ne faisant qu’un dans cet ajustement formel de matière ,en son centre une petite cavité sous une des 5 croix de consécration , pour recevoir les reliques. Le poisson est au centre de la table du repas, gravé en or sur le caillou, ne faisant qu’un avec l’Ichtus, le Christ qui nous invite à participer à son union pour connaître un jour la récompense finale symbolisée par ce caillou blanc : la pureté des élus.

La Présidence :

Trois sièges de même type sont prévus, en bois massif, frêne olivier de bourgogne un pour le prêtre qui préside avec un haut dossier pour le différencier des autres prêtres, diacres ou acolytes. Les courbes des accotoirs et des dossiers reprennent celles de l’ambon. En fonction de la disposition espacée ou accolée des sièges, nous obtenons un jeu de courbes ogivales intéressantes et ces courbes évasées vers l’extérieur donnent grâce et dignité aux vêtements liturgiques des prêtres.

Un filet vert en érable incrusté, façon lutherie, dans la verticale centrale, du dossier, du président formera une croix. Ce filet sera repris dans la tranche des deux accotoirs et sera en lien avec le filet vert de la croix de résurrection.

Les sièges de présidence seront posés sur un podium composé de dalles de pierre 60×60 en massangis, semblables à celles du cheminement de l’autel et cinq tabourets de servants d’autel, de la même veine, feront face à la présidence.

L’Ambon :

L’ambon est sur un podium fixe de pierre de même nature que le dallage de l’autel et de la présidence. Ainsi autel, ambon et présidence créent une triangulation équilibrée pour la célébration eucharistique, se répondant selon une liturgie ascensionnelle. L’ambon sera une colonne fixe, monobloc, sur plan rectangulaire, de marbre blanc, rappelant l’importance des deux tables, celle de l’Eucharistie et celle de la Parole. La courbe est identique à celle des sièges, s’offrant généreusement pour l’annonce de la parole vers l’assemblée.

La Croix :

C’est une croix de résurrection, suspendue dans l’axe de la croisée du sanctuaire. Elle s’évase sur ses quatre côtés, formant 4 grandes courbes rappelant les courbes du plafond. C’est une croix en bois doré à la feuille, avec l’incision d’une croix latine en son centre, laquée de couleur verte, évoquant la plaie du Christ, donnée par la lance d’où jaillissent le sang et l’eau. Le vert indiquant aussi que la croix demeure à jamais.

Chandelier pour cierge pascal :

Il est en deux parties : socle octogonal et porte cierge en laiton doré martelé, pour recevoir le cierge pascal.

Tabernacle ou réserve eucharistique :

La source d’inspiration est ce verset du récit des disciples d’Emmaüs : (Lc24.13, 35) « ils le reconnurent à la fraction du pain. » Porte en bois doré à la feuille et croix en laque rouge, quatre quartiers de marbre blanc incrustés dont la surface sculptée évoque la manne. (Ap 2-17) « …au vainqueur je donnerai la manne cachée … » il s’agit d’une manne nouvelle, le pain Eucharistique. La gravure de la manne sur le tabernacle est en lien direct avec la symbolique du caillou blanc.

Crédence :

Deux crédences, en bois, triangulaires, sont fixées dans les angles des deux grands piliers du sanctuaire, faciles d’accès et non visibles de l’assemblée.

Le mobilier liturgique dans son ensemble :

Deux couleurs dominantes : le blanc du marbre, présent dans l’autel, l’ambon, le tabernacle et l’or, présent sur la croix, l’autel, le tabernacle, le chandelier pascal, le baptistère. Ce sont les couleurs liturgiques, signes de la divinité et de la résurrection.

 

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