La liturgie, lieu privilégié de la parole de Dieu

24 décembre 2013 : Messe de Noël. Messe des familles (19h), Eglise de la Trinité, Paris (75), France. Decembre 24, 2013: Christmas Mass. Mass for the families. Eglise de la Trinité, Paris, France.

24 décembre 2013 : Messe de Noël. Messe des familles (19h), Eglise de la Trinité, Paris (75), France.

Par Jacques Rideau, Prêtre du diocèse de Luçon, ancien directeur du SNPLS

Concernant l’importance de la sainte Écriture pour la liturgie depuis la réforme du Concile Vatican II, on peut retenir trois orientations déterminantes : la lecture plus abondante de l’Écriture, la dimension dialogale et le lien entre Parole et Sacrement.

Une lecture plus abondante de l’Écriture

Davantage de textes

La première est une décision pratique : celle de restaurer une lecture de la sainte Écriture plus abondante, variée et adaptée (Sacrosanctum Concilium2 35) de telle sorte qu’à la messe tout particulièrement, « on ouvrira plus largement les trésors bibliques pour que dans un nombre d’années déterminé, on lise au peuple la partie importante des Saintes Écritures » (SC 51). Il s’agit donc d’offrir un plus grand nombre de passages bibliques mais aussi ceux qui sont les plus importants.

Recherche de cohérence entre les textes

Cette prescription générale s’est traduite par la composition des lectionnaires pour la messe et pour l’ensemble des sacrements. Notons que l’on assista à la création des lectionnaires comme livres propres, distincts du Missel ou des Rituels des sacrements. Comme l’a écrit le père Roguet, l’abondance des textes représentait un progrès qualitatif.3

Jusqu’à la réforme liturgique, le fidèle n’entendait pratiquement pas l’Ancien Testament le dimanche. En établissant des lectures semi continues des évangiles et des épitres, en introduisant une première lecture tirée, sauf au Temps pascal, de l’Ancien Testament, le lectionnaire donne de circuler à l’intérieur même des Écritures, de saisir par exemple, le lien entre la prophétie d’Isaïe 6, 10-16 et l’annonce faite à Joseph (4e dimanche de l’avent A), celui entre le serviteur souffrant d’Isaïe 50, l’hymne aux Philippiens 2 et le récit de la Passion (dimanche des Rameaux et de la Passion).

Les Écritures aussi dans les chants et les prières

Mais l’importance de l’Écriture sainte dans la liturgie ne se résume pas à sa proclamation. Selon SC 24, elle se donne à entendre et à prier dans l’ensemble de la liturgie, puisqu’elle inspire et anime comme de l’intérieur la prédication, les prières, les oraisons, les hymnes du peuple de Dieu. La prière ecclésiale en est pétrie. Et il n’est pas jusqu’aux gestes et symboles sacramentels (et autres) qui n’en tirent leur signification profonde. Ainsi, la liturgie est comme la voie royale pour entrer dans la lecture ecclésiale de l’Écriture, et réciproquement, la connaissance savoureuse des Écritures est le chemin du progrès de la vie liturgique de l’Église et des fidèles.

Entretien

Un dialogue d’amitié

Ce faisant, la réforme de la liturgie a davantage mis en évidence combien la liturgie participe de cet entretien, de ce dialogue d’amitié entre Dieu et les hommes qui, selon Dei Verbum, caractérise la Révélation. Le Christ est présent à son Église lorsqu’on lit les Écritures, c’est lui qui parle et qui enseigne, lui qui console et guérit ; comme pour les disciples d’Emmaüs, il est en personne l’interprète des Écritures : « Commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27).

La réponse des fidèles : « par le Christ »

La liturgie de la Parole ne consiste pas uniquement dans l’audition de la Parole, elle s’accomplit aussi dans la réponse que les fidèles, réponse de la foi proclamée, réponse de la prière prenant la forme de la louange, de l’action de grâce et de la supplication. De cette foi en réponse à la Parole, le Christ est l’initiateur selon l’expression de la lettre aux Hébreux (12, 2) ; de cette prière, il est le médiateur, puisque c’est par lui mais aussi avec lui et en lui, dans l’unité de l’Esprit, que l’Église fait monter son action de grâce et sa supplication vers le Père.

Les deux tables

Une troisième orientation conciliaire se trouve dans le lien retrouvé entre parole de Dieu et sacrements.

Pas seulement une préparation au sacrement

Mais la célébration de la Parole ne peut être considérée que comme une simple préparation ou un préambule catéchétique à la célébration du sacrement. En effet, dans la célébration des sacrements, la Parole reçue des Écritures se cristallise en quelque sorte dans la parole sacramentelle ; il s’agit bien de la même parole de Dieu efficace, don de grâce salutaire ici et maintenant.

Un seul acte de culte

C’est pourquoi le Concile invite à vivre des célébrations de la parole de Dieu qui ont leur consistance liturgique pour elle-même (SC 35). C’est aussi la raison pour laquelle il a développé à propos de l’Eucharistie, le thème des deux tables, qui à juste titre, a reçu un profond écho de la part des chrétiens pour saisir l’unité profonde de la messe.

« Les deux parties qui constituent en quelque sorte la messe, c’est-à-dire la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte. » (SC 56).

La sacramentalité de la Parole

L’homme ne vit pas que de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ; la manne que les Hébreux ont mangé au désert préfigurait la parole de Dieu qui leur est servie dans les Écritures et dans le Sacrement de cette chair que le Verbe de Dieu a faite sienne et a livrée pour nous. Si bien que d’une certaine façon, les deux tables n’en font qu’une. Benoît XVI a parlé de la sacramentalité de la parole de Dieu dans la liturgie4 .

De l’autel à l’ambon

Cette compréhension de la messe a modifié l’espace liturgique avec la réintroduction de l’ambon comme lieu propre de la célébration de la Parole. Le lien entre les deux tables est également signifié par la possibilité de déposer l’évangéliaire sur l’autel lorsqu’on le porte en procession. Soulignons en terminant combien ce resserrement du lien intime entre Écritures et Sacrements est porteur de compréhension nouvelle dans les dialogues œcuméniques entre catholiques et confessions chrétiennes issues de la Réforme protestante.

La Constitution sur la sainte liturgie, Sacrosanctum Concilium, pour aujourd’hui

La mise en valeur de la parole de Dieu dans la liturgie fut un point majeur de la réforme voulue par le Concile.

Il faut dire qu’il s’appuyait sur un mouvement déjà bien présent dans l’Église catholique de ces années soixante : on peut évoquer le renouveau des études bibliques reconnu par l’encyclique Divino afflante Spiritu de 1943, les psaumes chantés en français du père Gelineau dont le premier disque sortit en 1953, la parution de la Bible de Jérusalem avec son fameux format de poche en 1955. Dans les milieux catholiques, il y avait un désir de Bible. Il n’est donc pas surprenant qu’au Concile, les Constitutions sur la Révélation divine et sur la Liturgie chantent la même antienne : remettre les fidèles au contact direct des saintes Écritures.

Cinquante ans après, on ne cesse de mesurer l’importance et la fécondité de cette décision.

Dans la célébration de la liturgie, la sainte Écriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante ; c’est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. Aussi, pour procurer la restauration, le progrès et l’adaptation de la liturgie, il faut promouvoir ce goût savoureux et vivant de la sainte Écriture dont témoigne la vénérable tradition des rites aussi bien orientaux qu’occidentaux.

Sacrosanctum concilium (SC) 24

Dans les célébrations sacrées, on restaurera une lecture de la sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée.

SC 35, 1

L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie  sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles.

Dei verbum 21

Notes :

1. Article paru dans Célébrer n°398, 2013, 46 – 47.

2. Que l’on nommera désormais SC.

3. A.-M. Roguet, « Lectures bibliques et mystère du salut », La Maison-Dieu 99, 1969, 7 – 27.

4. Benoît XVI, Exhortation apostolique Verbum Domini, n° 56

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