La communion des malades

25 Juin 2013 : Olivia DUJARDIN est une laïque aumônier de l'Hôpital Saint Vincent de Paul ( Groupement des Hôpitaux de l'Institut Catholique de Lille). Formée au CIPAC (Centre interdiocésain de formation pastorale et catéchétique) elle a reçu une lettre de mission de l'évêque de Lille et elle est rémunérée par l'hôpital. Ici, elle vient porter la communion à une malade en fin de vie dans l'Unité de Soins Palliatifs de ce même hôpital. Lille (59) France. June 2013 : Volunteers accompany patients at end of life in the Palliative Care Center of the St Vincent de Paul hospital. Lille (59), France.

Communion des malades (C) CIRIC

Par Pierre Jounel († 2004), prêtre attaché à la compagnie de Saint-Sulpice, fut un des acteurs de la réforme liturgique de Vatican II. Ancien professeur de liturgie à l’ICP.

Le port de la communion aux malades, qui constitue la forme prédominante de la communion des absents, a connu de nos jours une mutation de la plus haute importance dans le triple domaine de son ministre, de sa périodicité et de sa publicité.

Les ministres de la communion

Dans l’Antiquité et le haut Moyen Âge, les laïcs étaient habilités à porter l’eucharistie aux absents.

Sans doute, dans sa description de la messe dominicale à Rome vers 160, saint Justin présente-t-il les diacres comme les ministres accrédités de la communion aux absents1. Mais cette pratique n’était pas exclusive. Au siècle suivant, toujours à Rome, on voit l’acolyte Tarsicius massacré sur la via Appia par des païens qui voulaient s’emparer du pain consacré qu’il portait à des absents2.

On a plusieurs témoignages de laïcs, hommes et femmes, donnant la communion en viatique à des mourants. Au début du IVe siècle, l’évêque d’Alexandrie envoie un jeune garçon porter un morceau de pain consacré à un vieillard mourant, en lui indiquant comment procéder avec du pain durci3 . Quelques décennies plus tard, à Constantinople, c’est Mélanie la Jeune qui fait communier en viatique son oncle mourant4. Quant aux moines, ils communiaient en semaine des mains de leur abbé, bien qu’il fût laïc.

Il était d’ailleurs habituel que les fidèles, en quittant l’assemblée dominicale, emportent l’eucharistie dans leur maison pour communier à leur gré durant la semaine. Pour détourner une femme d’épouser un païen, Tertullien lui pose la question : « Comment pourras-tu cacher ce que tu prends secrètement avant toute nourriture5 ? » Au IIIe siècle, la Tradition apostolique prescrit de garder avec soin l’eucharistie : « chacun prend soin qu’un infidèle ne goûte pas de l’eucharistie, ni une souris ni un autre animal, et que rien n’en tombe et ne se perde6 . » Dans les mêmes temps, le prêtre romain Novatien réprimande les chrétiens qui, sortant de l’assemblée avec l’eucharistie, s’en vont au théâtre7 . Sachons enfin que parfois on envoyait l’eucharistie en signe d’amitié ou de communion dans la foi à quelqu’un qui habitait fort loin, voire audelà des mers. On l’appelait alors une eulogie8 .

Toutes ces pratiques devaient disparaître aux XIe – XIIe siècles, moins par interdiction de l’autorité épiscopale que par l’abandon général de la communion fréquente. Seule demeurait l’obligation de porter à tout chrétien mourant ce que le concile de Nicée (325) avait appelé « le très nécessaire viatique ».

La pratique issue du concile Vatican II

Du XIIIe au XXe siècle, le culte de l’eucharistie connut des changements considérables. À la communion sacramentelle, reçue rarement dans l’année, se substitua le désir de « voir l’hostie », qui devait être satisfait par le rite de l’élévation à la messe et la procession du Corps du Christ. En même temps, le diaconat permanent ayant disparu, les fonctions du diacre s’amenuisèrent et il ne fut plus admis à donner la communion à la messe ou à la porter aux absents. Seul le prêtre était habilité à ce ministère. Il ne le confia désormais à des laïcs qu’en des circonstances tout à fait exceptionnelles. C’est avec émotion qu’Edmond Michelet reçut ainsi l’hostie dans ses mains pour la porter à des compagnons de misère à Mauthausen.

Quand, en 1908, le pape saint Pie X appela les fidèles à communier fréquemment, l’usage s’établit de donner la communion avant ou après la messe, pour ne pas prolonger celle-ci. Or le concile Vatican II prescrivit que l’on revienne à l’usage normal : que les fidèles communient immédiatement après le prêtre, qui dirait ensuite la prière après la communion. En certaines grandes paroisses, cette manière de procéder risquait de prolonger notablement la durée de la messe et d’en écarter certains chrétiens peu fervents. C’est ce qui suscita le souhait de voir confier à des fidèles la charge d’aider le prêtre dans le ministère de la communion.

La législation postconciliaire

Dès 1966, une instruction fut adressée de Rome aux nonces apostoliques leur donnant pouvoir de transmettre aux évêques la faculté de déléguer à des laïcs, hommes ou femmes, la charge de distribuer l’eucharistie pour aider ou remplacer le prêtre (instruction Fidei custos), mais le document ne fut rendu public qu’en 19699 . Quatre ans plus tard, l’instruction Immensae caritatis 10 devait confirmer solennellement le ministère conféré aux laïcs de donner la communion, non seulement au cours de la messe, mais aux absents, malades ou bien portants. En même temps, le document ramenait à un quart d’heure la durée du jeûne eucharistique pour les malades, les vieillards et les personnes de leur entourage. Il accordait enfin à tout fidèle la faculté de communier deux fois par jour. Entre-temps, le pape Paul VI avait institué le ministère de l’acolytat comme service stable de la prière communautaire et de l’eucharistie (motu proprio du 29 janvier 1973, Ministeria quaedam11).

La législation d’Immensae caritatis a été entérinée par le Code de droit canonique de 1983 (CIC 230, 3), mais il convient toujours de se reporter à son texte.

La périodicité de la communion des malades

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Le rite de la communion des malades

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1. JUSTIN, Apologicies, I, 67, éd. L. Pautigny, Picard, 1904, p. 142.

2. A. FERRUA, Epigrammata Damasiana, Cité du Vatican, 1942, p. 117-119. L 108 LA MAISON-DIEU, 205

3. EUSEBE DE CESAREE, Histoire ecclésiastique, VI, 44, éd. G. Bardy, t. II, 1955 (SC41), p. 160.

4. D. GORGE, Vie de sainte Mélanie, 54, 1962 (SC 90), p. 236.

5. TERTULLIEN, Ad uxorem, II, 5, 2-3, éd. E. Dekkers, 1954 (CCL 1), p. 389-390.

6. La Tradition apostolique de saint Hippolyte, 37e , éd. B. Botte, 1963 (LQF39), p. 84.

7. NOVATIEN, De spectaculis, 5, éd. Hartel, 1981 (CSEL 3, 3), p. 8.

8. Le mot eulogie s’étend toutefois à divers autres envois de choses saintes.

9. Attestée par Notitiae 9, 1973, p. 168, mais non publiée,

10. Documentation catholique, 70, 1973, 358-361.

11. Documentation catholique 69, 1972, 852-854

Article extrait de la revue La Maison-Dieu, n°205, 1996, p 107-115

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