« Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour », un regard de Mgr Carré

Mgr Carré Notre Père

Par Monseigneur Pierre-Marie Carré, Archevêque de Montpellier, Vice-Président de la Conférence des évêques de France

Ces quelques lignes sont extraites du commentaire du cinquième verset du Notre Père paru dans l’ouvrage La prière du Notre Père. Un regard renouvelé aux éditions Bayard, Cerf et Mame en novembre 2017. 

« Que dit cette demande ? Avec cette demande commence la deuxième partie du Notre Père, celle qui s’intéresse aux besoins fondamentaux de l’être humain sur terre. Cette demande paraît toute simple à première vue. en fait, elle est particulièrement complexe.

La demande porte sur « notre pain ». Il ne s’agit donc pas d’une demande de type individuel. C’est la communauté priante qui s’adresse au Père du Ciel pour lui demander ce qui lui paraît le plus nécessaire pour sa vie.

Le pain est considéré comme un don de Dieu. Certes, il est produit et fabriqué par les hommes qui ont travaillé la terre, semé, moissonné et moulu le grain. Demander le don du pain, c’est reconnaître que Dieu est sans cesse à l’oeuvre. Il est celui qui donne la nourriture à ceux qui ont faim (voir Psaume 145, 7). Parmi toutes les demandes du Notre Père, c’est la seule qui comporte le verbe « donner ». Ce verset nous place devant Dieu dont la joie consiste à donner à ceux qui demandent.

Que désigne le « pain » ? A travers cette image, on pense que Jésus désigne toute nourriture de base pour le corps, variable selon les continents et les cultures.La demande est pour « aujourd’hui ». La prière est une attitude de confiance dans laquelle ce qui compte, c’est le moment présent : il ne faut pas s’inquiéter pour demain dit Jésus (voir Matthieu 6, 34). Le terme le plus difficile est celui qui se traduit par « de ce jour ». Le terme grec employé ne revient nulle part ailleurs et il est d’interprétation très difficile. Il peut désigner le pain dont nous avons besoin, celui qui est nécessaire pour notre existence, en un mot le pain quotidien. Ainsi, ce serait d’un point de vue temporel, la simple confirmation de l’adverbe « aujourd’hui ». Mais il peut désigner aussi le pain « à venir », celui que Dieu donnera lors du festin éternel, et donc être,l’annonce de la nourriture pour la vie éternelle. Il peut indiquer encore le pain « suressentiel », c’est-à-dire le Pain de Vie, le Corps du Christ, sans lequel nous n’avons pas la Vie en nous.

Faut-il choisir ? Quand plusieurs interprétations sont possibles, il est meilleur de chercher à toutes les conserver que d’en éliminer. Ainsi cette demande vise-t-elle à la fois la nourriture pour le corps l’Eucharistie, et nous oriente vers le Royaume de Dieu qui vient. »

La prière du Notre Père. Un regard renouvelé, p.59/60

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