Partir sans déranger

Cimetière mur pour urnesPar Joël Morlet, Vicaire général du diocèse de Chalons-en-Champagne

Le choix de la crémation est basé sur des motivations diverses. Cependant la volonté de ne pas déranger et ensuite, de ne pas encombrer, apparaît être la motivation principale. (Enquête Credoc 2007). S’y greffent également l’indifférence face à un passage dans une église et l’incompréhension quant au fait qu’une célébration d’obsèques à l’église doit en principe précéder la crémation et non lui succéder.

Certains désignent ce phénomène par les termes de dé-socialisation et/ou de dés-ecclésialisation.

Une désocialisation de la mort

La dé-socialisation de la mort est un aspect d’une évolution plus vaste de nos sociétés : une individualisation croissante et un affaissement du lien social.

Une volonté du défunt ou de ses proches

Il peut y avoir du côté du défunt le désir de disparaître sans gêner ; ne pas contraindre la famille à organiser des obsèques, à se déplacer, à entretenir une tombe. Et il peut aussi y avoir la volonté de ne pas voir certaines personnes « derrière soi » à ses obsèques.

Mais la décision peut aussi être prise par l’entourage : ne pas vouloir voir certains aux obsèques que ce soit enterrement ou crémation ou ne pas se créer d’obligations.

Le reflet d’une humanité bousculée

On voit là combien les fonctions traditionnelles des funérailles se trouvent malmenées. Les rites traditionnels avaient pour mission de rétablir la cohésion du groupe blessé par la disparition d’un des siens et d’assigner une place physique et symbolique à celui qui venait de partir. Ces rites pouvaient contribuer au travail du deuil.

La manifestation de tendances sociétales

D’une part, on peut repérer la part croissante de l’argent et la place de la marchandisation dans les rites funéraires. D’autre part, une dualité d’attitudes se fait jour : on assiste à la fois, à une occultation de la mort, par la volonté de ne lui accorder aucune place ni en temps ni en espace, mais aussi à détermination plus nouvelle, de maitriser de bout en bout sa vie et donc sa mort.

Une dés-ecclésialisation de la mort

L’absence d’obsèques religieuses signifie une indifférence  au lien à une communauté paroissiale. En écho à la dé-socialisation, se manifeste le sentiment de n’appartenir à aucun communauté humaine ;  « ma mort ne la concerne pas ».

Mais une autre motivation peut être aussi un non-attachement aux rites qui sont ceux célébrés dans le cadre d’obsèques catholiques : rassemblement des chrétiens, écoute de la parole de Dieu, rappel des signes essentiels du baptême, voire eucharistie. Pour certains en effet, des  cérémonies profanes alliant musiques et textes semblent plus signifiants.

L’Église est contrainte de prendre en compte ces nouvelles mentalités ; toute situation peut être occasion de transmettre quelque chose de la Bonne Nouvelle : le respect dû à tout être humain jusque dans la mort, l’importance de nos appartenances à une communauté, l’annonce de la Résurrection.

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J. Morlet – Partir sans déranger

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