Prier pour les défunts, dans la foi et l’espérance

Par Christian Le Borgne

L’Eglise a pour vocation de porter les familles marquées par le deuil, c’est son ministère de compassion. Elle a aussi pour mission de prier pour les défunts dans la liturgie, que ce soit dans la célébration des funérailles ou dans la diversité des célébrations liturgiques. Pourquoi ?

L’Eglise, dans sa liturgie, respecte le défunt et lui rend hommage. Mais elle tente d’instaurer un rapport juste, d’une part avec ce qu’a été la vie de cett e soeur ou de ce frère, et d’autre part avec ce que l’on peut modestement tenter d’exprimer sur l’au-delà et ce que devient cette vie. Comment ? Pour répondre à ces deux questions, il convient de relire ce que dit la liturgie des funérailles.

1. C’est le mystère pascal du Christ que l’Eglise célèbre, avec foi, dans les funérailles de ses enfants. Ils sont devenus par leur baptême membres du Christ mort et ressuscité. On prie pour qu’ils passent avec le Christ de la mort à la vie, qu’ils soient purifiés dans leur âme et rejoignent au ciel tous les saints, dans l’attente de la résurrection des morts et dans la bienheureuse espérance de l’avènement du Christ.

2. Aussi l’Eglise offre pour les défunts le sacrifice eucharistique de la Pâque du Christ et leur accorde ses prières et ses suffrages ; ainsi, puisque tous les membres du Christ sont en communion, elle obtient pour les uns un secours spirituel en offrant aux autres la consolation de l’espérance.

3. Tout en écartant l’ostentation pompeuse, il convient d’honorer les corps des fidèles défunts, qui ont été le temple du Saint-Esprit.

4. En célébrant les obsèques de leurs frères, les chrétiens ont à affirmer leur espérance de la vie éternelle, sans négliger, pour autant la mentalité et les réactions de leur époque et de leur pays, au sujet des défunts…afin que les obsèques manifestent la foi pascale et témoignent vraiment de l’esprit évangélique.

(La célébration des obsèques, Rituel I, Notes doctrinales et pastorales1)

La prière se fonde sur la foi dans le mystère pascal, et sur l’espérance que le défunt « passe avec le Christ de la mort à la vie » ; cette prière n’est pas simple intercession, elle est communion fraternelle des vivants, dans un esprit de réconfort et d’espérance, elle est aussi communion des membres du Christ. C’est cette communion avec les défunts qui demande le respect, et aussi de la réserve. Nous avons tous à être purifiés par le Christ, et pas par nos mérites.

L’ouverture de la célébration

Comment s’inscrivent ces orientations pastorales et doctrinales dans le mise en oeuvre ? Nous pouvons constater que les prières d’ouverture sont prières pour les membres de l’assemblée : « Ouvre nos cœurs à la lumière » (n°66) ; « …à cette espérance » (n° 67) ; « Que ton amours nous donne de croire » (n° 68) ; « …de redécouvrir » (n° 69) » – et tout autant prières pour le défunt : « Accueille comme un père ton serviteur » (n° 70) ; « Qu’il trouve auprès de toi… » (n° 71) ; « Accorde-lui aussi… » (n° 72). Et si nous avions un doute quant à l’utilité de la prière, nous trouvons cette oraison pertinente :

« Tu ne peux accepter, Dieu vivant et saint, que tes enfants soient vaincus par la mort … Nous avons donc raison de te prier pour tous ceux qui nous ont quittés … » (n°77)

La prière d’ouverture est tout autant invocation pour les vivants frappés par le deuil qu’intercession pour le défunt ; la prière universelle, d’abord formulée pour les défunts, élargit la prière à tous les vivants.

Le dernier adieu

On pourrait s’attendre à ce que dans le dernier adieu, la prière de l’assemblée, soit toute habitée de l’intercession au profit du seul défunt. Or, ici encore, plusieurs orientations sont possibles. Ce dernier adieu comporte un chant spécifique, rituel, où l’assemblée s’adresse non à Dieu mais au défunt : « Sur le seuil de sa maison notre Père t’attend », « Entre les mains de notre Père… nous te laissons partir ». Des invocations sont proposées, invocations pour celui à qui l’on dit adieu. Mais en final de ces invocations, on trouve parfois une invocation pour ceux qui la formulent : « Que son souvenir nous rapproche de toi » (n°116) ; « Assure toi-même nos cœurs dans l’espérance » (n° 117). Il en va de même de l’oraison du dernier adieu, aussi invocation pour ceux qui sont dans la tristesse. L’assemblée chrétienne se situe en vérité dans son intercession en demandant pour elle-même la force du réconfort et de l’espérance.

Le vocabulaire employé

C’est avec discrétion que la liturgie chrétienne aborde la question délicate de ce que deviennent les défunts dans l’attente de la résurrection. Les termes utilisés relèvent de la symbolique biblique : « Accueille comme un père en sa maison ton serviteur » (n° 70). La formulation interrogative ajoute un surcroît de réserve : « Ceux qui ont reçu de toi leur vie ne sont-ils plus entre tes mains, quand ils meurent ? » (n° 70). La formulation dominante est l’acte de foi pascal : « Accorde-lui de partager la gloire de la Résurrection ». Des termes empruntés aux paraboles du Royaume et aux Béatitudes évoquent la situation de ceux qui sont en Dieu : « Qu’il entre maintenant dans la joie de son maître ; en ce Royaume éternel de paix et d’amour » (n° 76) ; où il est donné de « rendre gloire sans fin dans le bonheur du ciel » (n° 126). Bien sûr, on peut trouver quelque rare oraison habitée de terminologie plus traditionnelle : « Entends notre prière pour l’âme de N : Qu’elle soit comblée de la douceur du paradis, avec tous les saints. » Mais dans sa prière liturgique, l’Eglise ignore les notions de purgatoire ou d’enfer.

Dans les paroles formulées, et aussi dans les attitudes, les dispositions gestuelles, tournée vers le cercueil, vers le cierge pascal ou vers la croix, l’assemblée formule la prière de l’Eglise pour les défunts. Faisant cela, elle ne se contente pas de rendre un hommage à un frère, une sœur en humanité ; elle se situe en vérité, humblement, comme une humanité en marche, fraternelle, dans l’attente de la venue de son Seigneur.

Une prière traditionnelle

Cette prière pour les défunts est l’objet principal de la célébration des funérailles, et il conviendrait d’analyser l’ensemble des étapes, de la prière auprès du défunt à la sépulture. Cette intercession est également présente dans la liturgie des Heures, et au cœur de chaque célébration eucharistique lorsque nous formulons le mémento des défunts. Dans la prière liturgique, et de manière éminente dans la communion au corps du Christ, se réalise la communion de l’Eglise ici et maintenant et de l’Eglise de tous les temps dans la communion des saints qui intercèdent pour nous. Dans cette communion, il y a place pour l’intercession au profit des défunts… et pour nous-mêmes :

« Pour nos frères défunts, pour les hommes qui ont quitté ce monde et dont tu connais la droiture, nous te prions : reçois-les dans ton Royaume, où nous espérons être comblés de ta gloire tous ensemble … » (Prière eucharistique III).

Prier pour les défunts, c’est aussi accepter pour nous-mêmes que le mystère pascal passe par le mystère de la mort, de notre propre mort !

« Entre les mains de notre Père

Plus douces que nos mains,

Plus fortes que la terre,

Nous déposons ton corps ;

Le Dieu qui a donné

L’amour et l’amitié

Ne peut nous séparer

A jamais par la mort :

Un jour nous ne serons plus qu’un

Entre les mains de notre Père. »

(n°111)

 

Cet article est tiré de la revue Célébrer n°324

 

1. Toutes les citations renvoient aux numéros de ce rituel : La célébration des obsèques, Rituel I, Notes doctrines et pastorales

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