Liturgie et cosmos au temps de Laudato si’ : colloque 2022 de l’ISL

Du 26 au 28 janvier 2022, l’Institut Supérieur de Liturgie organise son colloque annuel et propose trois jours de réflexion sur le cosmos, la liturgie et l’encyclique Laudato si’.

En effet, ce projet est commandé par une triple actualité :

  • La réflexion initiée dans l’Église depuis la publication de l’encyclique Laudato si’ du Pape François, une réflexion très largement domiciliée sur le plan théologique en théologie morale, et n’explorant que marginalement les ressources théologiques de la liturgie et des sacrements ;
  • La commande faite par la CEF au SNPLS de mener une réflexion sur le dimanche comme jour de l’écologie intégrale ;
  • L’opportunité de remettre en lumière la dimension cosmologique de la liturgie, alors que la perspective anthropologique qui a dominé le XXe siècle a eu tendance à concentrer de manière trop exclusive

Comme le théologien belge Adophe Gesché (1928-2003) l’a souligné , entre Dieu et l’homme (et ceci parce que Dieu est aussi le « Dieu de l’univers », l’auteur de la création) il y a la nature, le monde, le cosmos. Cette région de la théologie est aujourd’hui peu prise en compte.

Or c’est dans le cosmos que l’homme trouve ses racines comme la crise écologique le rappelle avec vigueur. Avec la création, Dieu offre à l’homme un lieu pour habiter, une demeure qui de plus est une « maison commune », et donc une maison qui le place en relation avec les autres, y compris avec les animaux et les végétaux.

La création est en même temps le lieu de l’homme et ce vis-à-vis nécessaire pour pouvoir se situer et se penser lui-même. Les séparations qui caractérisent le récit au premier chapitre de la Genèse désigne ce projet divin qui repose sur l’altérité et donc la relation entre Dieu et l’homme. Le cosmos ne peut être identifié ni à Dieu, ni à l’homme, car il est séparé de Dieu et même si l’homme est créature, il est l’autre de l’homme. Sauf à se faire des faux-dieux, des idoles, ce que dénonce constamment les prophètes de l’Ancien Testament, l’homme a vocation à trouver dans la création un espace de relation avec Dieu de telle sorte que cette relation ne soit pas écrasante.

Le cosmos, la terre est le lieu commun de Dieu et des hommes, le lieu de leur rencontre réciproque, le « milieu » de l’Alliance. « Contrairement à la gnose, l’Écriture [et donc aussi la liturgie] ne sont pas la mémoire d’une parole suspendue au-dessus du monde, mais la charte d’un monde où se trouve la Parole » (Gesché, p. 80-81). Le monde judéochrétien est un monde « parlé » (créé par la Parole). La transcendance de l’homme s’inscrit, donc aussi se lit et se fait dans une logique du monde, du cosmos et de la nature. Mais la création n’est pas seulement une demeure donnée « clés en mains », sans le droit d’y toucher. La création est un don de liberté : le don que le Créateur fait à l’homme, le pose comme un partenaire avec lequel Il fait alliance. Dieu confie à l’homme une « responsabilité » diaconale dans le cosmos. Il fait de l’homme le « liturge » de l’univers. On rejoint ici l’expression liturgique de la thusia logikè, du Sacrificium rationale.

« La liturgie a d’ailleurs tout un trésor cosmique sensible depuis les Pères grecs jusqu’à Teilhard de Chardin. L’eucharistie (et tout sacrement d’ailleurs pour d’autres éléments de la terre) est un travail du pain et du vin et à ce titre déjà une transformation « logique » de cette terre » (Gesché, p. 100). Le chrétien est diacre du Logos en rendant le monde éloquent : c’est ce qu’il fait au plus haut point dans la liturgie. L’eschatologie est l’assomption de tout l’univers créé avec lequel l’homme est en relation. « Et il reviendra dans la gloire » : c’est sur cette terre, lieu de ses premières noces avec l’humanité, que se dresse la table des noces éternelles (cf. Gesché, p. 88-89)

La prise en considération du cosmos pourrait être un tournant important dans l’évolution historique de l’ISL, permettant de rééquilibrer le rapport d’alliance mutuelle entre Dieu, l’homme et le cosmos.

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