Traduire fidèlement. À propos du motu proprio « Magnum principium »

30 novembre 2007: Benoît XVI signant son encyclique "Spe Salvi", Rome, Vatican. Pope Benedict XVI signs his encyclical.

Par le SNPLS

Le 3 septembre 2017, le Pape François a signé « Magnum principium ». Rendue publique le 9 septembre, cette lettre apostolique en forme de motu proprio1 porte sur les traductions liturgiques et le rôle des évêques qui ont la charge de les « préparer fidèlement ».

Entré en vigueur le 1er octobre, le motu proprio du pape modifie le canon 838 du Code de droit canonique, ce qui n’est pas sans conséquences notamment pour la nouvelle traduction du Missel romain en cours. Cette note voudrait résumer quelques éléments pour aider à lire ce texte assez technique et éclairer certaines réactions.

Dès ses premières lignes, le motu proprio rappelle que « l’important principe (magnum principium) confirmé par le concile œcuménique Vatican II, selon lequel la prière liturgique rendue accessible au peuple devait être compréhensible dans sa langue, a fait porter aux évêques la lourde responsabilité d’introduire la langue vernaculaire2 dans la liturgie et de préparer et approuver les différentes traductions des livres liturgiques ».

La responsabilité est lourde parce qu’à chaque fois qu’une nouvelle traduction ou des adaptations paraissent utiles, il faut « concilier le bien des fidèles – quels que soient leur âge et leur culture – et leur droit à une participation consciente et active aux célébrations liturgiques avec l’unité substantielle du Rite romain ».

Dans une note accompagnant le motu proprio, Mgr Arthur Roche, archevêque secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, explique la raison du texte : en tenant compte « du chemin parcouru et en regardant vers l’avenir, sur la base de la constitution liturgique de Vatican II Sacrosanctum Concilium, le Pontife a voulu préciser la discipline en vigueur en apportant certaines variations au canon 838 du Codex iuris canonici ».

Le but de cette modification « est de mieux définir les rôles respectifs du Siège apostolique et des Conférences des évêques, appelés à travailler en dialogue, dans le respect de leur compétence propre, qui est différente et complémentaire, en vue de la traduction des livres typiques en latin, tout comme les adaptations éventuelles qui peuvent concerner les textes et les rites. Et ceci au service de la prière liturgique du peuple de Dieu ».

La nouvelle formulation du canon permet « une distinction plus adéquate, quant au rôle du Siège apostolique, entre le domaine propre de la recognitio et celui de la confirmatio dans le respect de ce qui est des conférences épiscopales ».

La recognitio, mentionnée dans le § 2 du canon 838, concerne les « adaptations liturgiques légitimes », qui peuvent être « plus profondes, souhaitées par les conférences épiscopales pour permettre une meilleure rencontre entre la liturgie et la culture des territoires qui leur sont confiés. « Le Siège apostolique est donc appelé à recognoscere, c’est-à-dire à revoir et évaluer de telles adaptations, en vue de la sauvegarde de l’unité substantielle du rite romain ».

Poursuivant son commentaire, Mgr Arthur Roche indique que la confirmatio « concerne plutôt les traductions des textes liturgiques qui, conformément à Sacrosanctum concilium (n. 36, § 4), sont de la compétence des conférences épiscopales ». Le § 3 du canon 838 précise qu’il appartient aux conférences « de préparer fidèlement les traductions des livres liturgiques en langues vernaculaires, en les adaptant de manière appropriée dans les limites fixées, d’approuver et de publier les livres liturgiques, pour les régions relevant de leur compétence, après confirmation par le Siège apostolique ». Ce dernier intervient donc pour confirmer – ce qui n’est pas un simple acte formel – les textes préparés et approuvés auparavant par les évêques.

Éclairage de Mgr Aubertin, archevêque de Tours, membre de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements et membre de la CEPLS en France, sur Radio Vatican le 11/09/2017

On comprend mieux la « lourde responsabilité » évoquée au début du motu proprio. : en rappelant le droit et la responsabilité de la traduction, confiée aux conférences épiscopales, le motu proprio leur rappelle un double devoir : s’assurer que le peuple puisse comprendre ce qu’il célèbre et participer à la prière liturgique ; veiller à la « fidélité » de la traduction

Selon Mgr Roche, l’insistance sur la préparation fideliter des traductions « recueille la préoccupation principale de l’instruction Liturgiam authenticam de 2001 ». Or cette instruction de la Congrégation pour le Culte et la discipline des Sacrements « exigeait une traduction “intégrale et très précise, c’est‑à-dire sans omission par rapport à son contenu”. Ce qui a entraîné des difficultés pour la traduction de l’édition de 2002 du Missel Romain »3.

Pour éviter toute équivoque, le pape François écrit le 15 octobre 2007 une lettre au Cardinal Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte et la discipline des Sacrements.

Rendue publique le 22 octobre, cette lettre confirme que la reformulation du canon 838 par le motu proprio modifie effectivement certaines des normes de l’instruction Liturgiam authenticam. D’autre part, « en ce qui concerne la responsabilité des Conférences épiscopales de traduire fideliter, « il convient de préciser que le jugement concernant la fidélité au latin et les éventuelles corrections nécessaires, était une mission du Dicastère, alors que désormais la norme concède aux Conférences épiscopales la faculté de juger le caractère bon et cohérent de l’un et de l’autre terme dans les traductions de l’original ».

Pour écarter les difficultés, le pape François tient à ajouter une précision : « à la lumière du motu proprio, fideliter, au § 3 du canon, implique une triple fidélité : premièrement au texte original ; en particulier à la langue dans laquelle il est traduit et enfin, à l’intelligibilité du texte pour ceux à qui il est destiné (cf. Institutio Generalis Missalis Romani, § 391-392) ».

À travers le souci d’une traduction fidèle, ce texte complexe rappelle une triple préoccupation qui peut valoir plus généralement : le souci de « privilégier ce qui est utile et bon pour les fidèles », renforcer les évêques dans leurs responsabilités, garder le sens de l’unité.

 

[1] Lettre apostolique émise par le pape de sa propre initiative, en latin « de son propre mouvement ».
[2] La langue courante parlée par un peuple.
[3] Explication de Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne, président de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle, recueillie le 10/09/2017 par Claire Lesegretain pour le journal La Croix.