L’école du Notre Père

Vitrail de la Basilique du Sacré-Coeur à Grenoble, réalisé par Arcabas.

Vitrail de la Basilique du Sacré-Coeur à Grenoble, réalisé par Arcabas.

Par Dominique Lebrun, Archevêque de Rouen, membre de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle (CELPS)

 

Dieu est si loin, Dieu est tout proche ! Le croyant navigue entre ses deux affirmations, sans doute à l’instar de toute personne humaine qui s’interroge en vérité sur sa relation à Dieu.

Dès cette terre, nous sommes déjà touchés par la présence de Dieu ; et nous continuons de le chercher. Pour le croyant, ce paradoxe est un dynamisme qui prend forme dans la prière. Prier c’est accueillir la présence de Dieu, c’est aussi le chercher.

« Seigneur, apprends-nous à prier ! », dit le disciple de Jésus (Lc 11, 1). Même après l’avoir touché, entendu, et partagé ses repas, en somme même en étant si proche, les disciples éprouvent le besoin d’ajuster leur prière.

Dites « Notre Père … »

« Quand vous priez …., dites : ‘Notre Père …’ », répond Jésus (Mt 6, 7.8). Le Notre Père est évangélique, sorti tout droit du cœur et de la bouche de Jésus qui dialogue avec ses premiers amis. Deux mille ans plus tard, en français ou en latin, en chinois ou en l’une des innombrables langues humaines, des enfants, des hommes et des femmes, des vieillards redisent ces mots prononcés par Jésus lui-même, dans sa langue.

Le monde continue de prier et d’apprendre à prier. Le Notre Père est la prière du chrétien par excellence, car c’est « la prière du Seigneur ». Oui, c’est la prière donnée par Jésus au nom de son Père : « Je leur ai donné les paroles que tu m’as données », dit-il (Jn 17, 8). Mieux, c’est sa prière même, Lui qui est le Fils unique de Dieu fait homme. Dans son cœur, il partage nos besoins. La prière du Notre Père nous les révèle. En priant le « Notre Père », nos désirs parfois superficiels, s’ordonnent vers le plus grand bien, vers le plus grand amour.

Notre Père … notre pain …

Mon Père … Notre Père. Dans sa prière, le chrétien ne peut se passer des autres. Personnelle, la prière chrétienne est toujours insérée dans la prière communautaire. Le Notre Père est d’ailleurs appelé « prière commune ».

Qui mettre dans le « notre » ? Bien sûr, les baptisés, les disciples de Jésus. Tous les chrétiens, malheureusement encore divisés, disent avec joie la même prière. Ils la reçoivent au baptême. Dans les sacrements du baptême et de la confirmation, ils sont engendrés à la vie nouvelle, la vie divine, marqués du sceau de l’Esprit. Engendrés, ils apprennent leur nouvelle filiation, leur nouvelle famille. Dès lors, pour eux, ce n’est pas Dieu qui est comme un Père ; c’est l’amour de nos parents selon la chair qui est comme les prémices de l’amour infini de Dieu Père.

A chaque Eucharistie, le Notre Père a une place et une résonnance particulière. Jésus vient de s’offrir à son Père,  dans son sacrifice d’action de grâce. Il est présent mystérieusement et réellement sur l’autel. Alors, les fidèles osent dire : « Notre Père qui es aux Cieux » ! Ils osent parce que, seule, la présence de Jésus et de son Esprit nous assure de la vérité de notre prière. Ils osent parce que la présence du Fils dans le pain eucharistique les assure de la réponse à leur demande : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Peut-on oser prier ainsi sans élargir le « nous » de notre prière ? Heureux les invités au repas du Seigneur, dit la liturgie. C’est toute l’humanité que Jésus veut adopter dans sa fraternité. Ce sont tous les hommes à qui Jésus veut donner son Père : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père », dit Jésus ressuscité à Marie-Madeleine (Jn 20, 17).

Demandez, on vous donnera

Après l’adresse à « Notre Père qui es aux Cieux », Jésus met sur nos lèvres sept demandes. Quatre expriment nos besoins fondamentaux : la révélation et la sanctification du nom de Jésus en tous et par tous ; l’accomplissement de son Royaume de paix, de justice et d’amour ; le désir de Dieu qui est le vrai chemin du bonheur ; la nourriture qui nous fera marcher vers son Royaume. Toute notre vie entre dans ces demandes.

Trois autres marquent notre combat contre le Mal : le pardon reçu qu’ouvre le pardon donné ; l’aide pour refuser la tentation ; et, enfin, la délivrance de l’auteur du péché, le Mauvais. Qui pourrait penser que lui et le monde peuvent se dispenser de ce combat ?

Notre Père des Cieux refuserait-il ce que son Fils nous propose de demander avec ce conseil : « demandez, on vous donnera » (Mt 6, 7) ?

En déposant dans notre humanité ces quelques mots, Jésus prévient : « ne rabâchez pas ». Nous sommes encore à l’école. Et le maître est l’Esprit Saint. Prier le Notre Père, c’est accueillir l’Esprit Saint envoyé en nos cœurs pour crier « Abba, Père ! », selon l’enseignement de saint Paul (Ga 4, 6).

Le Notre Père est école de prière quotidienne, simple et accessible. Elle peut l’être si notre vie devient petit à petit vie entre les mains du Père. Recevons-le, disons-le, prions-le avec foi, espérance et charité, dans le souffle de l’Esprit qui fait vivre, nuit et jour, les disciples de Jésus. Pour cela, n’oublions pas de lui dire humblement : « Seigneur, apprends-nous à prier ».

Extrait du dossier Notre Père

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