Accueillir lors du sacrement de pénitence et de réconciliation

07 mars 2009 : Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris, lors de la veillée de réconciliation, égl. Saint-Eustache, Paris (75), France

Veillée de réconciliation (c) CIRIC

Par Patrick PrétotMoine o.s.b. de l’abbaye de la Pierre Qui Vire, théologien, professeur à l’Institut Supérieur de Liturgie et ancien directeur de  la rédaction de La Maison Dieu.

Depuis quelques décennies, la pratique de la pénitence a beaucoup évolué et l’héritage du passé en a été profondément modifié.

Plusieurs facteurs se sont conjugués rendant le confessionnal inadéquat pour honorer les besoins de la pénitence dans ses formes renouvelées la célébration collective de la réconciliation, le désir d’une rencontre plus personnalisée avec un prêtre, et surtout la désaffection de la pénitence privée. Certains pourraient estimer que la confession privée, vu la raréfaction du nombre des prêtres, est devenue un luxe exorbitant.

De plus, le Concile Vatican I a rappelé avec justesse et profondeur le caractère communautaire de toute vie liturgique : ne faut-il pas plutôt valoriser la forme communautaire de la célébration de la réconciliation (toute question de discipline mise à part) qui n’a, croit-on, pas besoin de lieux spécifiques ? Cependant les recherches menées sur ce terrain depuis une trentaine d’années manifestent l’intérêt et l’importance du lieu de la pénitence qui permet de favoriser l’entretien pastoral : on est alors passé du meuble-confessionnal au « local de la réconciliation ». Ces aménagements n’obtiennent pas toujours une véritable adhésion et il faut bien reconnaître que certaines cages en plexiglas ne sont pas des réussites esthétiques. Finalement, on peut se demander quels lieux sont aujourd’hui utiles et signifiants pour célébrer le sacrement de la pénitence.

Les enjeux théologiques et pastoraux de cette question ne sont pas sans importance. Essayons de les énumérer rapidement.

Tout d’abord, il y a, au moins dans les villes, un certain renouveau de la pratique de la pénitence privée. A Paris, on connaît Saint-Louis d’Antin, Montmartre, la chapelle de la rue du Bac, Notre Dame des Victoires, Saint Ignace, etc. Les centres de pèlerinages, les cathédrales, les monastères, sont d’autres endroits où s’exprime, dans le peuple chrétien, le désir d’une rencontre personnelle favorisant la metanoia.

Or précisément, si ces églises sont bien connues, c’est peut-être parce qu’elles offrent des lieux aisément repérables et effectivement utilisés de la célébration du sacrement. Par ailleurs, les aménagements récents d’espaces de la réconciliation permettant une modulation de la rencontre avec le prêtre — notamment une diversité de positions du pénitent : à genoux ou assis, face au prêtre ou de biais —,ont rendu visible pour le peuple chrétien la dimension dialogale de la réconciliation. Les nouveaux lieux ont fait de la pénitence le « sacrement où l’on parle ».

Mais il faut ajouter que l’aménagement en a rarement favorisé l’aspect proprement sacramentel. Alors que les prescriptions liturgiques insistent sur le fait qu’il s’agit d’une « célébration », l’aménagement— faute de goût parfois, mais surtout de réflexion sur la dynamique d’une telle célébration — ne permet que rarement une telle prise de conscience, pour les fidèles, et peut-être aussi pour les prêtres.

Le lien souvent établi entre le lieu de la pénitence et le lieu de l’accueil est très intéressant théologiquement. Dans le sillage de la réflexion actuelle sur la foi comme proposition et non plus comme héritage (cf. le rapport Dagens), ce lien concret manifeste deux réalités essentielles.

D’une part, l’accueil dans les églises devient une dimension visible du caractère catéchuménal de l’Église : le rapport entre metanoia et accueil est d’une grande profondeur. D’autre part, la réconciliation prend la forme privilégiée d’un accueil dans un monde complexe, où beaucoup sont affrontés à de graves difficultés, cette nouvelle perception de la pénitence, grâce à l’aménagement des lieux, peut être riche de sens et de promesses.

En définitive, l’aménagement des lieux est une dimension importante d’une pastorale de l’accueil permettant de faire la proposition d’une démarche de conversion. Le lieu de la pénitence n’est donc pas seulement une question d’ordre pratique. Un tel lieu est fait aussi pour assurer dans nos églises la visibilité et donc la mémoire d’une invitation : « Repentez-vous car le Royaume des Cieux st tout proche » (Mt 3,2).

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