Fleurir pendant le Carême ? Le pari du dépouillement

Fleurir en carêmeFaut-il fleurir pendant le Carême ? Selon le Missel romain, « la décoration de fleurs à l’autel est interdite, à l’exception du quatrième dimanche (Lætare), des solennités et des fêtes ». À travers cette interdiction, la liturgie incite avant tout à engager un chemin de dépouillement.

Depuis de nombreuses années, le fleurissement de nos églises sert la prière des fidèles. Mais faut-il continuer à fleurir pendant le Carême ? Ainsi posée dans le registre du permis et du défendu, la question est peu stimulante. Tout en rappelant les indications du Missel, Jeanne Hitier, de l’équipe nationale Fleurir en liturgie, nous propose ici avant tout de faire le pari du dépouillement à l’occasion du Carême, au service de la vie spirituelle des assemblées qui se retrouvent dans nos églises.

Faut-il fleurir pendant le Carême ? Les fleurs sont interdites…

La question se pose car nous savons bien que, succédant au Temps ordinaire, ce temps liturgique marque une rupture. 

Cette rupture est confirmée par l’absence du Gloria ou de l’Alléluia, comme l’indique la Présentation générale du Missel romain (PGMR) aux numéros 53, 62. Dans le même esprit, selon le numéro 313, « l’orgue et les autres instruments » se taisent « sauf pour soutenir le chant ».

En cohérence avec ces indications, la PGMR précise au numéro 305 que, « pendant le Carême, les fleurs à l’autel sont interdites, à l’exception du quatrième dimanche (Laetare), des solennités et des fêtes. »

Une injonction à comprendre comme une invitation au dépouillement 

Cette injonction peut provoquer un questionnement bien légitime et nécessite quelques explications. Interdites « à l’autel » ? Faut-il comprendre : sur l’autel ? Probablement pas puisque le même article précise que, de manière habituelle, « la décoration florale doit toujours être discrète et disposée autour de l’autel plutôt que sur la table ». Cela signifie donc bien que nous devons viser au plus grand dépouillement dans l’espace de célébration. 

Après tout, le Carême n’est-il pas un temps d’allègement de tout ce qui nous encombre, de conversion, c’est-à-dire de changement radical ? Pour accompagner les fidèles dans ce travail de changement en profondeur, l’absence de fleurs est une forme de jeûne, un chemin de dépouillement qui peut créer un espace d’ouverture à la présence du Christ dans sa Parole et dans nos frères.

« Après avoir jeûné quarante jours dans le désert, (Jésus) eut faim », nous disent Matthieu et Luc. Apprenons, nous aussi, à aller au désert, Jésus nous y attend. Apprenons à avoir faim et créons les conditions pour que le vide apparent puisse être comblé par une soif de Dieu : « Revenez à moi de tout votre cœur » (lecture du mercredi des cendres).

En réalité, proposer un « vide » qui ouvre à la présence du Christ

De même que nos bouquets ont besoin de respirer, notre vie spirituelle a besoin de moments et de conditions pour nous recentrer sur l’essentiel, pour entrer en intimité avec Dieu. Laissons-nous surprendre par sa Parole, fermons nos yeux et ouvrons nos oreilles et notre cœur ! 

Ce peut être l’occasion d’offrir chaque dimanche à nos frères une Parole extraite des lectures que nous placerons au pied de l’autel ou de l’ambon.

Et si nous marquons, comme nous y invite la liturgie, un temps de pause le dimanche de Laetare par une sobre mais joyeuse composition, revenons à la plus grande simplicité jusqu’à la veillée pascale où, enrichis par le temps de désert que nous aurons vécu, nous pourrons laisser éclater notre joie par une composition printanière exubérante !

Jeanne Hitier

©Chantal Benoit
©Chantal Benoit

Si nous voulons être fidèles à la liturgie qui est première pour nous, il faut y arriver et revenir au dépouillement souhaité ; le manque de fleurs, ne serait-il pas alors semblable au jeûne que nous demande l’Église ? Nous sommes sensibles aux vides dans un bouquet pour laisser une place à notre soif. De même ce vide de fleurs peut-il nous conduire à accueillir dans le secret l’essentiel : « nous laisser réconcilier avec Dieu », « Fermer la porte et prier le Père qui est présent dans le secret », sans être distrait par autre chose, pas même par les fleurs ! (Soeur Marie Nathanaël Gagelin, psse)