La liturgie des Heures, prière trinitaire

Kim En Joong, vitrail de la cathédrale
de liège, Belgique (détail).
Jean-Claude Hugues, ancien directeur du CNPL
Toute prière, pour être chrétienne, s’adresse au Père par le Fils dans l’Esprit Saint. La liturgie des heures est donc louange au Père, mémoire du mystère pascal du Christ et œuvre de l’Esprit Saint au cœur du monde.
La liturgie des Heures est donc une prière trinitaire accomplie « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
Prier le Père
Plongés dans la grâce baptismale qui nous fait fils de Dieu par l’adoption filiale, nous sommes habilités à prier notre Père. Quotidiennement, en dépit des malheurs qui troublent le monde et nos propres vies, la liturgie des Heures nous fait chanter les splendeurs de la Création autant que le Créateur de toute chose et le Dieu qui nous sauve en Jésus Christ. Une louange cosmique traverse hymnes et psaumes, une louange qui est aussi émerveillement devant l’œuvre de salut accomplie pour l’humanité tout entière. Par les mots qu’elle emploie, la liturgie des Heures nous transmet la certitude qu’elle a de la miséricorde de Dieu, de sa tendresse et de son amour. Elle est tout entière louange à Dieu comme y invite tant de psaumes. Dès lors, la prière que nous mettons en œuvre, « participe de la piété du Fils unique envers le Père et […] qui, à présent, se perpétue sans interruption dans toute l’Église et en tous ses membres, au nom et pour le salut de tout le genre humain » (PGLH 6).
Par le Fils
« Personne ne va au Père sans passer par moi » dit Jésus (Jn 14, 6). Ainsi aucune prière ne rejoint le Père si elle n’est pas prononcée dans le Christ, avec lui et par lui. La liturgie des Heures fait continuellement mémoire des mystères du Christ tout au long de l’année liturgique, mais également au long du jour. La louange de Dieu, que le Christ chante à jamais, « se fait entendre par des paroles humaines » (PGLH 3).
Tout ce qui sort de notre bouche est prononcé par le Christ, lui qui « s’adjoint toute la communauté des hommes et se l’associe dans ce divin cantique de louange » (SC 83). En accueillant les mots de la Liturgie des heures, tels qu’ils nous sont donnés par l’Église, nous avons la certitude de prier en union avec le Christ.
Dans l’Esprit Saint
Saint Paul a ses mots magnifiques : « Personne n’est capable de dire : “Jésus Christ est Seigneur” sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3). Aussi, nul ne peut prier Dieu et son Fils, si l’Esprit ne vient à son secours. « Aucune prière chrétienne ne peut donc exister sans l’action de l’Esprit Saint qui, en assurant l’unité de toute l’Église, conduit au Père par le Fils » (PGLH 8). L’Esprit Saint est celui qui transfigure notre prière et la rend digne d’être unie à celle du Christ qui se tient en présence du Père et le glorifie.
L’Esprit est présent dès que nous prononçons la formule d’ouverture, « Seigneur, ouvre mes lèvres » ou « Dieu, viens à mon aide ». Il agit en nous et nous donne d’entrer dans l’intelligence de l’Écriture que nous chantons, écoutons et prions. Il habite les silences de la prière pour nous faire intérioriser et savourer plus intensément la Parole entendue. C’est encore lui qui vient à notre secours pour que nous puissions donner une réponse qui jaillit du plus profond de l’âme.
Dans la liturgie, l’Esprit nous prend dans ce mouvement de louange qui fait des mots que nous chantons dans la faiblesse du jour, les paroles mêmes que l’Église, Épouse, adresse à son Époux, « mieux encore, c’est la prière même du Christ que celui-ci, uni à son Corps, présente au Père » (SC 83).
Nous ne sommes pas abandonnés à nos seules forces humaines, faillibles et inconstantes. L’Esprit du Christ prie en nous selon un double mouvement qui descend du Père et nous rejoint pour nous transformer, puis remonte par le Christ vers le Père en saisissant notre prière pour la féconder et lui faire porter du fruit dans nos vies et dans le monde. Chacune des doxologies que nous chantons tout au long de la prière des Heures vient stimuler en nous cette mémoire trinitaire de la liturgie des Heures.
