Commentaire d’une Hymne du Temps pascal de Patrice de La Tour du Pin « Que cherchez-vous au soir tombant ? »

La série de commentaires des hymnes de la Liturgie des Heures, série proposée par Isabelle RENAUD CHAMSKA, nous plonge à nouveau dans l’œuvre de Patrice de La Tour du Pin.  

Cette hymne du soir au Temps pascal fait partie des dix hymnes écrites par Patrice de La Tour du Pin à la demande des évêques francophones dès que ceux-ci ont été persuadés, en 1967, que la simple traduction des hymnes latines en français ne suffirait pas à faire naître et à nourrir la prière quotidienne de l’Église dans la langue du peuple de Dieu comme ils le souhaitaient dans la dynamique du Concile. 

D’une facture très régulière, quatre strophes de huit vers sont construites sur une structure de dialogue donnant la parole successivement à deux groupes de personnes dans chaque demi-strophe, « vous » et « nous » se donnant la réplique. Le sous-texte de l’épisode d’Emmaüs est très présent dès le début avec la mention « au soir tombant » et surtout le vers « Avec des cœurs aussi brûlants » (Lc 24, 32). Jésus ressuscité a été reconnu à la fraction du pain, il a disparu laissant les deux hommes sur le chemin où ils courent retrouver les Apôtres pour leur annoncer la nouvelle, dans l’éblouissement, comme Marie Madeleine court aussi, voyant que la pierre du tombeau a été roulée, pour le dire à Pierre et à Jean qui courent à leur tour, manifestant leur désir de trouver Jésus (Jn 20, 1-4). Les disciples d’Emmaüs sont en quête de la lumière entrevue, du jour promis par Dieu (l’expression arrive deux fois), Jésus étant la réalisation de cette Promesse. Le thème johannique de la lumière qui luit dans les ténèbres depuis le Prologue se diffuse dans les trois premières strophes et se concrétise dans la dernière strophe avec l’ouverture des yeux à la Lumière divine de « la nouvelle création » en écho à la Création du monde : « Dieu fait toujours ce qui est bon / Pour l’homme » (cf Gn 1). On entend aussi la parole de l’Ange à Marie : « Car rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37), qui annonce la naissance de Jésus.
La glose apportée en finale par le poète : « Puisqu’il se donne », plonge la communauté priante dans l’abîme de la contemplation de Dieu fait homme, de Noël à Pâques, de la Création au Jour Dernier, dans son amour fou pour l’humanité. 

Plusieurs compositeurs ont créé des musiques sur ce texte : Joseph Gelineau, Clément Jacob, Francine Guiberteau, Jean-Christophe Rosaz, Philippe Lenoble. Celle de Marcel Godard (I 78-3) fait opportunément alterner les modes mineur et majeur dans chaque strophe pour mettre en valeur la structure dialogique de la foi comme partage de témoignages au sein même de la liturgie.

 

Isabelle RENAUD-CHAMSKA
Avril 2026

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