L’orgue, ça fait Église

19 novembre 2013 : Messe de rentrée des étudiants d'Ile-de-France à la cathédrale Notre-Dame, Paris (75), France. November 19, 2013: Opening mass of the academic year in Notre Dame cath. Paris (75) France.

19 novembre 2013 : Messe de rentrée des étudiants d’Ile-de-France à la cathédrale Notre-Dame, Paris (75), France.

Par Jean-Pascal Hervy, Compositeur de chants liturgiques et Président de l’ACCREL (les Auteurs et Compositeurs de Chants RELigieux)

Les moins de 5% des français pratiquant régulièrement le dimanche sont presque désormais les seuls à profiter des environ 7500 orgues dédiés au culte catholique.

Pour autant, l’orgue, dans sa tradition ecclésiale, est un instrument symbolique qui marque une certaine appartenance à l’espace rituel. Il n’est sans doute donc pas réservé, dans sa contribution liturgique, à ceux qui participent régulièrement à la liturgie de l’Église. Il est, pour sa part, signifiant de la prière du Peuple de Dieu appelé à ouvrir les portes de sa maison.

Un instrument traditionnel ?

Dans l’Antiquité, l’orgue assurait des services lors des jeux du cirque ou des banquets pour en signifier l’ampleur. Il n’est pas surprenant, en raison de ses origines franchement païennes, qu’il fut regardé avec réticence lorsqu’il pénétra progressivement la liturgie, d’abord dans les monastères. Que de chemin pour cet instrument que les pères de Vatican II désignent « comme l’instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l’Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel » (SC 120) ! L’orgue possède donc son identité sonore propre, intégré à l’espace et aux instants rituels avec ses interventions et codes reconnaissables par tous, que l’on soit un habitué ou non. Par conséquent, il fait partie de ce « mobilier » précisément ecclésial (chaire, autel, statues, chemin de croix, baptistère) qui, rien qu’à sa vision déjà, permet à tous de dire : « je dois être dans une église »…

Un instrument d’aujourd’hui ?

Je souhaite ici partager une expérience « émouvante » (au sens fort du terme, c’est à dire « mettant en mouvement »). À la demande d’amis, très éloignés de l’Église, j’ai accompagné à l’orgue les funérailles de leur maman. Nous étions une dizaine seulement. À la fin, le fils, lui qui n’était pas entré dans une église depuis des années, me dit : « merci car sans orgue ça n’aurait pas ‘fait église’ ».

Ce témoignage est fondamental pour notre réflexion sur la place de l’orgue quant à l’accueil et l’écoute des personnes qui, occasionnellement, expriment à l’Église une attente. On pourrait, en effet, croire que, pour correspondre aux quotidiens de celles-ci, il nous faudrait ne pas oublier d’abord de leur proposer des éléments de célébrations qui sortent de l’ordinaire rituel des pratiquants réguliers. Or, je me demande s’il ne s’agit pas là d’une forme d’illusion. De fait, frapper occasionnellement aux portes de l’Église signifie vraisemblablement « être en attente d’Église ». Notre réponse se doit alors d’y correspondre. Lorsque je me rends à un concert de musique ancienne, je ne m’attends pas à ce que les musiciens, par soucis de correspondance au monde moderne, m’interprètent du Rap … Mais j’y apprécierai leur proximité et leur simplicité sachant, pédagogiquement, rendre accessible ce qui fait, aujourd’hui et maintenant, la particularité de leur art.

« Une question pastorale »

Des arènes de l’Antiquité à notre présent liturgique, l’orgue connaît une histoire mouvementée car il contient notamment, par son implication rituelle, une dimension pastorale. En effet, toute réflexion au sujet du lien avec notre monde est toujours bousculée par les réalités de l’Histoire. Et, je constate que la contribution de cet instrument à la reconnaissance, au moins rassurante, de l’espace rituel est évidente. Par conséquent, là où il existe, n’est-il pas tel un témoin qui « fait Église » ?

Extrait du dossier Chant et musique dans les assemblées occasionnelles