Les « épiphanies » du Seigneur, véritable itinéraire spirituel

2008: "Les noces de Cana" (Mystères Lumineux), Mosaïques de Marko Ivan RUPNIK (2007), facade de la bas. Notre Dame du Rosaire, Lourdes (65), France.

2008: « Les noces de Cana » (Mystères Lumineux), Mosaïques de Marko Ivan RUPNIK (2007), façade de la bas. Notre Dame du Rosaire, Lourdes (65), France.

Par Bernard Maitte,  Prêtre, professeur au séminaire d’Aix et responsable du département de pastorale et spiritualité de l’ISTR de Marseille. Membre du SNPLS

Le mystère du surgissement de Dieu au cœur de ce monde révèle (epiphania) la destinée de l’homme promis à la gloire, même et surtout si celle-ci passe par le signe contradictoire de la croix. C’est donc la création d’un véritable itinéraire spirituel qu’augurent les épiphanies du Seigneur dont le sens est l’accomplissement de Pâques et dont la vie sacramentelle est la réalisation.

Dire le mystère du Christ

A l’origine, la naissance du Christ fêtée en Orient et en Occident le 6 janvier n’est pas le jour J anniversaire d’une naissance mais la manifestation du mystère du Christ.

L’Épiphanie se décline en Épiphanies : de la naissance dans la chair (Noël) au premier signe manifestant la gloire (noces de Cana). La liturgie romaine invite dans la lex orandi à pousser plus loin la logique d’un temps de l’Épiphanie articulé au temps de Noël. Même conclu par le Baptême du Christ, tout le mystère de ce temps est appelé à un plus grand déploiement. Benoît XVI soulignait l’importance d’une telle approche :

« La célébration liturgique de Noël n’est alors pas seulement un souvenir, mais elle est surtout un mystère ; elle n’est pas seulement mémoire, mais également présence. Pour saisir le sens de ces deux aspects inséparables, il faut vivre intensément tout le Temps de Noël comme l’Eglise le présente. Si nous le considérons au sens large, celui-ci s’étend sur quarante jours, du 25 décembre au 2 février, de la célébration de la nuit de Noël, à la maternité de Marie, à l’Épiphanie, au Baptême de Jésus, aux noces de Cana, à la présentation au Temple, précisément par analogie avec le temps pascal, qui forme une unité de cinquante jours, jusqu’à la Pentecôte. La manifestation de Dieu dans la chair est l’événement qui a révélé la Vérité dans l’histoire. » [1]

La plénitude des temps est accomplie

Aujourd’hui de l’inauguration du Salut, ces « Épiphanies » font surgir l’éternité :

  • La naissance dans la chair manifeste la venue dans la gloire du Fils de l’homme (Ap 1, 13)
  • La venue des mages préfigure le rassemblement eschatologique des hommes de toutes nations, tribus, peuples et langues (Ap 7, 9)
  • Le baptême du Christ dévoile ceux qui viennent de la grande épreuve ayant lavé leurs robes, blanches par le sang de l’Agneau (Ap 7, 14)
  • Les noces de Cana inaugurent le festin messianique, car elles sont venues les noces de l’Agneau et pour lui son épouse a revêtu sa parure (Ap 19, 7)
  • La Présentation du Seigneur, l’entrée dans son temple (2 février), est alors sa réponse à l’Esprit et l’Épouse qui disent : Viens !…. (Ap 22, 17).

 

[1] Benoît XVI, Audience générale du 5 janvier 2011

Approfondir votre lecture

  • La Madone du Magnificat Botticelli

    Vêpres de l’Épiphanie : les antiennes du Benedictus et du Magnificat

    Une lecture un peu superficielle de la liturgie de l’Épiphanie confortée par le folklore qui entoure la visite des mages, risque de réduire celle-ci à une aimable méditation des premiers événements de la vie du Christ dans le prolongement de Noël.

  • 2008: "Le Baptême" (détail), mosaïque de Marko Ivan Rupnick (2007) appartenant à la série des "mystères lumineux", facade de la bas. Notre-Dame du Rosaire, Lourdes (65), France.

    Du baptême du Seigneur au baptême au nom du Seigneur

    En dépit de la ressemblance entre les deux expressions, le rapport entre baptême de Jésus et le baptême en son nom n’est pas évident. Certes, il y a un lien entre les deux, mais le premier n’en est pas moins un baptême « pré-chrétien » …

  • Eglise du Saint-Sauveur, transept sud : Les noces de Cana, fragment.
Fresque du 14ème siècle.

    Les noces de Cana sur l’horizon de la croix

    Dans l’hymne Illuminans Altissimus, célébrant le Seigneur « qui donne leur éclat aux globes scintillants des astres », Ambroise de Milan illustre le thème du Christ lumière du monde au moyen de trois références, présentées selon un ordre logique différent de la chronologie des événements. Ce sont, tour à tour, le baptême de Jésus, l’adoration des Mages et le vin de Cana.