Les saints dans la liturgie des Heures

Saint Paul hors les Murs

Saint Paul hors les Murs

Par sœur Marie-Paule Somville, bénédictine

Les saints nous accompagnent au fil de l’année comme des compagnons de route. Nous les fêtons au jour de leur naissance au ciel. Pour la plupart, ils ne rompent pas le cours de la liturgie. Nous faisons mémoire d’eux par l’oraison, parfois par l’une ou l’autre antienne propre, rarement plus. Certains sont fêtés plus amplement, comme les apôtres. Les saints fondateurs, eux, sont solennellement célébrés par ceux qui ont hérité d’eux une spiritualité, un ordre ou qui sont sous leur patronage.

Dans la liturgie, les saints sont classés selon ce qu’ils ont été : Apôtres, martyrs, pasteurs, docteurs de l’Église, vierges, saints et saintes (religieux, mariés, ayant exercé une action caritative).

L’attention se porte sur leur foi et non sur le surnaturel. Ainsi sainte Bernadette, même si elle est pour tout le monde la voyante de Lourdes, la liturgie n’en dit rien. L’oraison pour sa mémoire est très éclairante :

« Tu prends la défense des humbles, Seigneur, tu les aimes et les glorifies ; et tu as donné à sainte Bernadette d’étonnantes grâces de patience et de charité ; permets qu’à sa prière et à son exemple, en suivant simplement les chemins de la foi nous puissions te contempler dans le Royaume des cieux ».

Bernadette a été humble, elle a fait montre d’une patience et d’une charité telles, que l’Église l’a donnée comme un exemple à suivre. Dieu l’a aimée et glorifiée, comme tous les humbles, donc nous aussi, si nous suivons ce modèle.  Par l’intercession de Bernadette, nous ne demandons pas des visions, ni des guérisons, mais la foi et la grâce de la simplicité afin de contempler Dieu en son Royaume. Le verbe « contempler » fait écho aux visions de sainte Bernadette ; même celles-ci sont données pour que nous tournions notre regard vers Dieu. Les saints nous orientent vers le Seigneur et son Royaume. Ils n’attirent jamais l’attention sur eux.

Visages de la sainteté

Les oraisons, les antiennes, les hymnes, nous permettent de découvrir ce qu’on admire dans les saints, pourquoi on les vénère.

« Les voici rassemblés

Dans la maison du Père,

Les compagnons d’épreuve

Qui t’ont vu crucifié

(…)

Messagers d’espérance

Ils semaient ta parole

Et c’est toi leur moisson… »

Les Apôtres sont les compagnons du Seigneur, ils ont vécu avec lui. Expérience unique ! De plus, si nous sommes croyants aujourd’hui, c’est grâce à eux qui ont annoncé partout la Bonne Nouvelle. La lecture de l’office de la veille au soir (Ac 2, 42-45) redit bien le rôle des Apôtres dans la première communauté chrétienne. Chaque mois, l’Église fait mémoire d’eux, qui sont ses piliers, ses fondements (antienne du psaume 147, cf. Ap 21, 14).

Les martyrs ne sont pas admirés comme des héros, mais pour leur fidélité dans la foi, leur attachement invincible au Seigneur, leur courage dans l’épreuve, fait d’humilité plus que de bravoure. Ici encore une hymne dit le sens du martyre, en s’inspirant des mots de saint Ignace d’Antioche marchant vers son supplice.

« Pareils aux grains qui sont broyés

Pour être notre pain,

Leur corps se joint au Corps brisé

Qui s’offre par nos mains.

Leur sang se mêle au Sang sauveur

Qui lave nos péchés ;

Ils sont l’amour du même Cœur

Qui nous a tant aimés… » 

Tournés vers Pâques

Le choix des psaumes pour les offices est aussi en rapport avec ceux qu’on célèbre. Ainsi, le psaume 114 pour les vêpres d’un martyr : « Retrouve ton repos, mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas ». Mais il faut noter un détail capital. Chaque fois, à l’office du matin, vous trouverez dans Prière du temps présent cette rubrique : « Psaumes du dimanche I, p. 610, avec les antiennes ». Ces psaumes du dimanche I sont ceux de Pâques ! La célébration des saints nous conduit à Pâques. Il n’y a pas une dévotion de périphérie à côté de la liturgie. Le culte des saints est intégré au Mystère Pascal, cœur de notre foi et mât central de toute liturgie.

La liturgie pédagogue

Il faut encore souligner que la liturgie des Heures nous apprend à prier. Jamais elle ne s’adresse directement au saint mais elle s’adresse à Dieu, faisant mémoire de ce qu’a été ce saint et formule une demande pour le monde, pour l’Église, ceux qui prient. Mais bien sûr, l’intercession du saint est presque toujours demandée. Celui-ci reste avant tout un priant, un maître de prière.

Article extrait de la revue Célébrer n°398

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