Commentaire d’une Hymne de Carême de Patrice de La Tour du Pin « Venez au jour ! »
La réédition prochaine de l’ouvrage, « Prier 15 jours avec Patrice de la Tour du Pin » de Jacques Gautier aux éditions Nouvelles Cité, nous offre de poursuivre la série de commentaires des hymnes de cet auteur ; série débutée en décembre dernier avec le commentaire de l’hymne de l’Annonciation.
Isabelle Renaud Chamska commente pour nous une hymne qui peut déranger. Peut-être même est-elle faite pour cela. Dans sa rudesse, elle emprunte en effet la voix des prophètes de l’Ancien Testament, jusqu’à celle de Jean le Baptiste, pour réveiller nos esprits et nos âmes endormis et les appeler à la conversion : « Venez au jour ! »
Dès les premiers mots, l’impératif agit comme un galvanisant. C’est une invitation que tout être vivant peut entendre comme un appel à croître, ainsi qu’une plante nourrie par la lumière, et que tout chrétien entend comme un appel à renaître, de jour en jour, jusqu’à l’avènement du Jour de Dieu. Le ton se fait ensuite plus pressant avec une cascade d’impératifs : « dépouillez-vous », « suivez », « n’attendez pas », « ne craignez pas », « fermez les yeux », « baissez vos fronts », « venez mendier », « ne glissez plus », « retournez-vous », « apprenez Dieu », « traversez », « allez ». En conclusion, le poète prophétise : « Le jour viendra », faisant écho à l’injonction du premier vers : « Venez au jour ! ».
Entre la première et la dernière strophe, le vocabulaire biblique de l’exode développe l’appel à la conversion, au « retournement ». Le temps de l’homme se déploie dans un aujourd’hui appelé à disparaître : « Passent les temps, passe la chair ! ». Puisque c’est la loi de la vie, consentons à la nuit en sachant qu’elle est grosse du jour qui vient. Car l’ère nouvelle qui doit remplacer cette ère actuelle est celle des noces du Christ avec l’humanité, ce que le poète appelle « l’ère nuptiale ». Cette « ère nuptiale » que le Christ « prévient », c’est-à-dire anticipe, c’est la récapitulation, annoncée dans l’Apocalypse, de tout l’univers dans le Christ : vers Lui tend le monde aussi certainement que les plantes tendent vers la lumière. Le carême doit nous permettre d’« apprendre Dieu », d’entrer dans la compréhension du mystère insondable de l’amour de Dieu fait homme, de l’Homme en puissance de divinité.
Adressée à la communauté par la communauté dont chacun des membres prie et chante avec les autres, pour les autres, l’hymne est une invitation pressante à vivre aujourd’hui de la lumière du Christ, déjà là et à venir.
Rien n’est plus urgent que de se défaire de tout ce qui peut empêcher – ou même seulement retarder – l’avènement de cette « ère nuptiale ». Il s’agit de passer là où le Christ est passé – le désert, la mort – pour renaître avec lui. Les phrases exclamatives, le nombre impressionnant de verbes d’action dans des propositions très courtes et simples, entraînent le chant dans l’enthousiasme d’une vie soulevée par le souffle de Dieu : « Suivre son exode à l’avance », sans attendre, traverser le désert et l’ombre, pour déboucher dans la lumière de « l’aurore pascale ».
« Le Jour viendra / Où le désert refleurira / Et l’ombre rendra la lumière ! » C’est dans une telle espérance que nous vivons le temps du Carême avec cette hymne au cœur.
Isabelle Renaud-Chamska
Février 2026


