Lavement des pieds et pénitence, une Lecture de Saint Jean 13, 1-20.

05 avril 2007, Benoît XVI essuie les pieds d'un homme au début de la célébration du Jeudi Saint en la Cathédrale Saint Jean de Latran, Rome, Italie.

05 avril 2007, Benoît XVI essuie les pieds d’un homme au début de la célébration du Jeudi Saint en la Cathédrale Saint Jean de Latran, Rome, Italie.

Par Yves-Marie Blanchard, Prêtre exégète, spécialisé dans les écrits johanniques, il est professeur à l’ISL.

Non seulement la péricope du lavement des pieds (Jn 13, 1-20) constitue l’un des textes les plus commentés du quatrième Évangile[1], mais elle est parfaitement exemplaire des résultats acquis par l’exégèse historico-critique. D’une part, le texte est éminemment complexe et semble bien résulter de la combinaison de plusieurs couches rédactionnelles.

D’autre part, son interprétation ne saurait se contenter d’accumuler des lectures fragmentaires, sans prendre en compte la figure globale du texte, tel qu’il se donne à lire dans l’édition définitive.

Dans un effort de lecture « canonique »[2], soucieux d’honorer à la fois l’unité du texte achevé et la pluralité des énoncés le constituant, nous tenterons d’articuler plusieurs lectures possibles, avant de nous interroger sur une éventuelle ouverture pénitentielle, suggérée entre autres par saint Ambroise[3] mais rarement relevée par les auteurs modernes[4].

 

Article extrait de la revue La Maison-Dieu, n°214, 1998, p 35-50.

Télécharger l’article intégral ci-contre.

[1] Pour les années 1966-1985, on pourra consulter G. VAN BELLE, Johannine Bibliography 1966-1985, BETL n° LXXXII, Louvain, 1988, p. 266-269. Depuis lors, se reporter aux index des multiples commentaires ou bien aux chroniques bibliographiques, notamment celles des Recherches de Science Religieuse assurées par X. LEON-DUFOUR puis M. MORGEN. // [2] Pour une définition de la notion de « critique canonique », voir Y.-M. BLANCHARD, « Vers un nouveau paradigme exégétique », La Théologie dans l’Histoire, F. BOUSQUET et J. DORE éd., Paris, 1997. // [3] AMBROISE DE MILAN, Des sacrements. Des mystères. Explication du Symbole, B. BOTTE éd., Paris, Éd. du Cerf, coll. « Sources chrétiennes » n° 25 bis, 1961, p. 92-97 et 172-175. // [4] Dans un article suggestif mais finalement peu connu, « L’Interprétation pénitentielle du lavement des pieds », L’Homme devant Dieu (Mélanges de Lubac) Paris, 1963, p. 75-91, P. GRELOT établit le dossier des textes patristiques et médiévaux suggérant une interprétation pénitentielle du lavement des pieds. Aussi étrange et arbitraire qu’elle puisse paraître, cette position marginale nous semble mériter d’être prise en considération. En effet, de nouvelles perspectives s’ouvrent désormais à la pratique exégétique : – d’une part, la prise en compte d’une pluralité des sens, à l’articulation des diverses couches rédactionnelles, selon un principe de non-exclusivité (ainsi, évoquer une possible lecture « pénitentielle » n’entame en rien la pertinence d’interprétations autrement explicites) ; – d’autre part, l’intérêt pour la Wirkungsgeschichte, ou histoire de l’effectuation, c’est-à-dire la reconnaissance que le texte s’enrichit de la somme des lectures produites au long de son histoire (ainsi, fixer le sens initial, voire rechercher l’intention de l’auteur, ne constituent plus l’objet premier d’une exégèse, aussi attentive à la réception du texte -lecture – qu’à sa genèse – rédaction).

Approfondir votre lecture

  • 3 avril 2017 : Evangéliaire ouvert. Maison d'Eglise Notre-Dame de Pentecôte. Esplanade de la Défense, Puteaux (92), France.

    Dimanches de Carême : les trois évangiles des scrutins

    Pour accompagner l’ultime préparation des catéchumènes à leur baptême, et le cheminement des fidèles vers les célébrations pascales, la liturgie dominicale offre un parcours jalonné de trois grands récits empruntés à l’évangile selon saint Jean. S’ils ne forment pas à proprement parler, dans le 4ème Évangile, une séquence, la tradition chrétienne n’a cependant pas trahi l’intention de l’évangéliste en les rapprochant. Dans sa présentation du ministère de Jésus, saint Jean a en effet traité ces trois rencontres avec un soin et un déploiement sans équivalents.

  • 24 mars 2016 : Lavement des pieds, lors de la célébration du Jeudi Saint à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville. Paris (75), France.

    Jeudi saint : le rite du lavement des pieds

    Le jeudi saint, lors de la Messe du soir en mémoire de la cène du Seigneur est mis en lumière « les mystères principaux que célèbre cette messe, à savoir l’institution de l’eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle… » (Missel romain, messe du jeudi saint, n° 5).

  • Imposition des cendres lors de la messe des Cendres en l'égl. Saint François de Molitor. Paris (75), France.

    « Revenez à moi de tout votre cœur », chant pour la liturgie des Cendres

    Le chant « Revenez à moi de tout votre cœur » (GX 94) conviendra parfaitement pour la liturgie des cendres puisqu’il puise dans les textes de la liturgie du jour. Ces textes nous invitent à la pénitence et au recueillement grâce la musique d’André Gouzes dans une simplicité et un dépouillement qui correspondent tout à fait à l’entrée en Carême.