Les funérailles guidées par des laïcs : (2) à travers cette conduite, un témoignage ecclésial à donner
Lorsque la pénurie de prêtres a rendu difficile la présidence des funérailles par un clerc, la délégation à des laïcs a émergé comme une solution pour assurer les célébrations. Mais celles-ci n’offrent nullement des obsèques « par défaut » comme l’a montré la première partie d’un article de Jean-Marie Lioult, paru dans la revue Caecilia, numéro 2, mai 2025, en explorant les justifications historiques et théologiques possibles pour cette conduite. Lire l’article Les funérailles guidées par des laïcs : (1) évolutions et justifications. On trouvera ici la deuxième partie, plus concrète, de cet article portant vers les implications pratiques de cette évolution significative et les conditions pour que cette pratique assure un témoigne ecclésiale authentique.
Dans l’ensemble, cette pratique est plutôt bien acceptée et de nombreux témoignages soulignent la proximité, la compassion et la compétence des laïcs dans ces moments cruciaux. Cette pratique permettant à des personnes issues de la communauté locale de jouer un rôle actif auprès des familles en deuil, rejoint aussi un besoin de proximité existant chez beaucoup de nos contemporains et les liens noués demeurent parfois au-delà des obsèques. Et cette réalité est le signe que l’investissement des laïcs, quand ils sont eux-mêmes bien situés dans leurs communautés ecclésiales, relève donc aussi d’une approche missionnaire non négligeable.
Plus que les ministres ordonnés ne le peuvent, ces laïcs incarnent, en raison même de leur état, une Église au service, attentive aux besoins des personnes. Et lorsqu’ils conduisent en plus la célébration, ce témoignage en est en quelque sorte conforté symboliquement. Mais soulignons ici qu’il ne s’agit pas de remplacer un « style » de témoignage, lié aux ministres, par un autre potentiellement mieux adapté à certaines situations. En effet, même lorsqu’elle est conduite par un laïc, la liturgie des funérailles doit avant tout proclamer l’espérance chrétienne. En l’absence de l’eucharistie, elle mettra d’autant plus en lumière les autres éléments essentiels à toute célébration : la proclamation de la Parole de Dieu, la prière pour le défunt, l’offre d’un soutien communautaire. Des laïcs formés à remplir ce rôle peuvent mettre en œuvre de manière significative ces éléments même en dehors de la présence d’un prêtre. Comme l’histoire l’a montré, la force des rites funéraires ne se résume pas au seul fait de leur présidence par un clerc. Et pour les communautés elles-mêmes, l’expérience vécue de la coresponsabilité au service de la mission, voire de la pluralité possible des ministères pour animer la vie voire la liturgie de l’Église, peut renforcer leur cohésion et, par-là, leur capacité à témoigner de l’espérance.
On conserva néanmoins à l’esprit plusieurs points d’attention :
Comment aider les familles à accueillir cette pratique non comme une solution « par défaut » mais une richesse ? Une communication claire et une sensibilisation préalable peuvent le favoriser. Et il importe déjà qu’aux yeux des acteurs eux-mêmes, aucun « système » ne soit absolutisé et que la proposition adoptée : Prêtre ou pas, messe ou pas, etc., le soit à la suite d‘un authentique discernement pastoral.
En conduisant des obsèques, les laïcs offrent bien plus que des « obsèques laïques », mais un authentique visage d’Église. Comment faire pour que cette pratique contribue à apprendre à dépasser un témoignage ecclésial trop centré sur les individus, qu’ils soient ordonnés ou laïcs ? Maintenir vide le fauteuil de présidence quand un laïc conduit est une manière de signifie l’importance du ministère ordonné. De même, veiller à indiquer à l’assemblée que le prêtre de la paroisse célèbrera la messe tel dimanche et inviter à rejoindre la communauté à cette occasion est une manière de manifester que tous sont impliqués, chacun pour sa part ; etc…
Comment garantir une formation humaine, théologique et liturgique solide pour ces laïcs ? Ces formations devraient comporter au minimum des modules spécifiques sur l’écoute, la gestion des émotions et des conflits dans un contexte de deuil, l’art de conduire une célébration liturgique, ainsi qu’un approfondissement sur la symbolique chrétienne liée à la mort et à la résurrection. Une approche pédagogique combinant des cours théoriques, des ateliers pratiques et des mises en situation pourrait permettre aux laïcs de développer des compétences adaptées et directement applicables.
Une reconnaissance officielle par l’Église, à travers des mandats ou des cérémonies d’envoi, ne peut que renforcer leur légitimité. Néanmoins, comment mieux intégrer ces laïcs missionnés dans l’ensemble de la vie paroissiale et diocésaine pour renforcer le potentiel missionnaire de l’Église ? Comme on l’a suggéré plus haut, la question sur les ministères dépasse le seul cas des « guides » des funérailles.
Conclusion
En déléguant ce ministère, l’Église manifeste une fidélité renouvelée à sa mission première : annoncer la vie éternelle et accompagner les croyants sur leur chemin vers le Christ ressuscité. Mais en impliquant des laïcs, elle rappelle aux baptisés eux-mêmes que chacun, à travers sa contribution et parfois un ministère propre, a vocation à contribuer à la construction d’une communauté vivante et témoignant de l’espérance. Enfin, cette évolution pastorale invite sans doute à réinvestir le rôle de la communauté chrétienne comme telle dans les rites funéraires, mettant en avant le soutien mutuel que suscite la foi et la dimension collective de l’espérance.
Jean-Marie Lioult
Article paru dans la revue Caecilia, numéro 2, mai 2025

