Commentaire de l’Hymne de l’Annonciation de Patrice de La Tour du Pin – « Un jour des âges »

C’est un bijou que nous offre Prière du temps présent à l’office des lectures du 25 mars (1).

Il s’agit d’une hymne écrite par le poète Patrice de La Tour du Pin, peu de temps avant sa disparition en octobre 1975, dans la pleine maturité de son travail poétique et de son évolution spirituelle. L’actualité du cinquantenaire de sa mort nous invite à redécouvrir son œuvre. Cette hymne condense d’une manière tout à fait inédite la théologie du Fiat de Marie, sous une forme poétique d’une rare virtuosité malgré sa simplicité apparente. Alors que nous cheminons vers Noël, cette hymne vient sonner, comme en écho, à L’évangile de l’Annonciation entendu le quatrième dimanche de l’Avent en année B.

Quatre strophes de 6 vers courts – alternant 4 et 6 syllabes – aux rythmes éblouissants font résonner des échos vocaliques de leurs rimes savantes pour que « le grand message / Du ciel à tous les sangs (2) » arrive jusqu’à nous comme un éblouissement (« un éclair ») depuis ce « jour des âges » très ancien, pourtant bien inscrit dans notre mémoire commune. L’annonce ne s’adresse pas seulement à Marie (dont le nom n’est jamais cité), elle s’adresse à chacun de nous, dans notre humanité charnelle : « Dieu allait prendre chair », merveilleuse expression pour dire l’incarnation d’un Dieu de chair et de sang.

La dimension silencieuse et secrète de l’événement « historique » est rendue dans la deuxième strophe entre les deux bornes de « nul » et « rien », qui s’opposent aux « plus hauts sommets (3) » où « l’émissaire de gloire » n’éblouit personne, puisqu’il « descend » pour se fondre « dans le cours de l’histoire », préfigurant le mouvement de kénose de Celui qu’il annonce. 

La troisième strophe se lit avec une légèreté tout angélique : « Il approcha », « L’ange toucha », actions d’un Dieu qui reste dans la réserve (« Le secret de la vie / Que Dieu se réservait »). Marie est en retrait, définie comme « Celle qui le gardait [le secret de la vie] ». Cette double discrétion divine et humaine provoque l’impossible : « Et l’ombre tressaillit ».

La dernière strophe déploie une syntaxe qui s’amplifie pour élargir l’événement ponctuel à la dimension universelle du salut, le passage de l’« aurore » au plein « jour », et révéler la promesse de l’ange : « faire corps / Un jour à la lumière. (4) » 

Jésus va « prendre chair » de Marie pour que l’homme « fasse corps à la lumière » : tel est le cœur de cette hymne de l’Annonciation. Marie s’efface, simple cellule d’une humanité à qui elle donne son Sauveur : « En ce jour-là/ S’il n’y eut qu’une chair/ Pour recevoir l’aurore, / Partout monta / L’espoir de faire corps/ Un jour à la lumière ». 

 

Isabelle Renaud-Chamska
Décembre 2025

(1) 1201

(2) Le texte de Prière du temps présent, repris par les musiciens, est fautif à cet endroit. Pour des raisons phonétiques et théologiques évidentes, il ne s’agit pas des « anges », mais des « sangs » : la rime masculine répond à « temps », et l’image se réfère aux hommes de toutes les époques et de toutes les latitudes, en lien avec la « chair » au vers suivant.

(3) Lire « Sur les plus hauts sommets » et non « Sur de plus hauts sommets ».

(4) Ici encore le texte de Prière du temps présent est fautif. La reprise du mot « jour » rejeté en début du dernier vers, à la fin de l’hymne, après les deux précédentes occurrences du mot dans un sens différent, est hautement significative, alors que l’adverbe « enfin » n’indique qu’une impatience et n’a pas le sens biblique et eschatologique du « Jour de Dieu ». Le texte faisant autorité est publié dans « Office de la Vierge », Une Somme de poésie I Le jeu de l’Homme en lui-même, Gallimard, 1981, p. 415.

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