La prière pour les morts : pourquoi et comment prier ?

Jeune femme en prière.

Jeune femme en prière.

Par sœur Françoise Durand, Religieuse auxiliatrice

Au début du mois de novembre, l’Église célèbre, dans deux fêtes conjointes, les saints et les défunts. Nous sommes invités, dans le même mouvement, à rendre grâce à Dieu pour les innombrables saints et saintes qu’il nous a donnés et à le prier pour la masse, innombrable elle aussi, des défunts que, nous le savons, Dieu n’oublie pas. Nous croyons que les premiers ont achevé le parcours qui les a conduits à la rencontre définitive avec Dieu et que les seconds sont encore en route, au-delà de la mort et d’une façon qui nous reste mystérieuse.

Pourquoi prions-nous pour les morts ?

Tout d’abord, parce que nous sommes humains, bien sûr ! Il est important de le reconnaître, la prière pour les morts nous aide psychologiquement à porter le deuil et sa peine. Elle entretient dans notre mémoire un lien avec ceux qui ne sont plus là. Elle constitue la preuve tangible que nous pouvons continuer à les aimer. La prière pour les morts répare nos négligences et nos indifférences et réciproquement leur pardonne leurs manquements.

Une prière, signe de notre humanité

Même s’il existe sur terre et s’il a existé dans l’histoire, une grande diversité de formes de prières pour les morts, on peut repérer que celle-ci est quasiment universelle, quelles que soient les cultures. Les humains, depuis toujours, se soucient du sort des morts. Les religions sont l’expression des réponses diverses apportées à cette question fondamentale.

Une prière chrétienne

La prière chrétienne reprend les éléments de la prière « humaine » mais elle les oriente vers le Dieu Trinité qu’elle confesse. La tradition de l’Église nous enseigne que la mort, si elle est la fin biologique du corps, n’atteint pas cette partie spirituelle de notre être que nous appelons habituellement l’âme. On pourrait même dire que la mort porte à son achèvement notre histoire humaine sur cette terre en même temps qu’elle ouvre à notre âme des capacités nouvelles de rencontrer Dieu.  Comme l’écrit un théologien, précisant avec des mots actuels le sens de ce que la tradition appelle le Purgatoire : « Les morts ont quelque chose à faire que Dieu leur donne comme une recréation d’eux-mêmes. Ils ont à assumer leur passé, négatif mais aussi positif, avec la lucidité pacifiée et l’énergie spirituelle que Dieu leur communique ».1 Et nous-mêmes, nous pouvons les confier, par notre prière, à l’amour miséricordieux de Dieu.

Comment prions-nous pour les morts ?

De multiples formes

Depuis le Moyen-âge, toutes les générations de chrétiens ont prié pour les défunts avec la récitation du chapelet : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ».

Ceux et celles qui prient avec la liturgie des Heures, sont invités à prier tous les jours pour les défunts. Ainsi cette invocation du mercredi soir : «  Dieu de miséricorde, souviens-toi de ceux qui sont morts aujourd’hui ; qu’ils entrent dans ton Royaume. »

La prière devant le Christ en croix, la contemplation de son amour livré jusqu’à l’extrême nous introduit au mystère de notre propre mort et de la mort de tout homme.

Enfin, chaque eucharistie comporte une prière pour nos frères défunts au moment de la grande offrande qui nous fait présenter à Dieu, avec son Fils, tout ce qui fait nos existences pour qu’elles soient sanctifiées dans le don de sa vie.

Dans le secret du cœur

Mais on peut dire qu’il y a une grande part de la prière pour les morts qui garde un caractère très personnel, souvent discret voire secret et cela fait partie de sa richesse : prières accomplies sur les tombes de nos proches défunts, ou au fond de nos maisons devant leur photo, ou la nuit quand leur souvenir devient plus présent, ou le jour anniversaire de leur décès ou de leur naissance.

Prier pour l’avenir

Nous prions aussi pour les hommes, les femmes et les enfants lointains, victimes des guerres et de la violence ou des cataclysmes naturels. Prier, c’est ainsi exposer à Dieu, dans la confiance et avec nos propres mots, ce que nous désirons pour les défunts. Et c’est aussi nous exposer aux déplacements auxquels lui-même nous invite quand nous envisageons l’avenir pour nous ou pour ceux qui sont passés par la mort. La prière nous ouvre à l’espérance et fait grandir la foi. Chacun exerce de façon personnelle et libre la partition chrétienne.

Prier dans la confiance

Mais nous ne sommes toutefois pas laissés à notre seule invention. Il y a quelques critères pour une prière chrétienne. C’est tout d’abord une forme de discrétion. L’inquiétude en face de la mort peut nous conduire à vouloir élaborer des formes de stratégies pour deviner ce que sont devenues les personnes qui nous étaient proches et qui ont passé ce grand seuil. L’option que fait la foi chrétienne c’est de confier les défunts à la miséricorde de Dieu et de confier aussi à ce même Seigneur notre relation actuelle aux défunts, en portant avec confiance et espérance la réalité de la séparation qu’implique la mort. Le christianisme refuse donc tout ce qui est recherche illusoire de communication avec les morts, comme la nécromancie ou le spiritisme. Il nous rappelle aussi que les vivants n’ont pas de pouvoir direct sur les morts et que leur prière passe par le Christ.

La solidarité entre les vivants et les morts

Ainsi, la prière pour les morts nous introduit plus profondément dans ce que l’on appelle la communion des saints. Elle nous fait entrer dans la mystérieuse solidarité qui unit les vivants et les morts et dans l’espérance de la résurrection des corps à venir pour les défunts et pour nous-mêmes. Si elle est vraiment chrétienne, elle ne peut pas nous détourner des liens que la vie nous conduit à tisser avec les vivants ainsi que de la part que nous sommes amenés à prendre dans la construction d’un monde plus solidaire ici-bas.

Des fondations de prière pour les défunts

Le XIXème siècle a été un grand siècle de prière pour les morts.

En 1856, Eugénie Smet fonde les Auxiliatrices des âmes du Purgatoire qui veulent prier et agir pour ceux que l’on oublie, qu’ils soient déjà passés par la mort ou encore vivants.

En 1884, l’abbé Buguet fonde l’œuvre de Montligeon, archiconfrérie de prière pour les défunts qui compte 20 millions d’associés en 1913. L’œuvre se poursuit aujourd’hui.

 

Cet article a été publié dans la revue Célébrer n°393 : La nouveauté du Temps ordinaire.

1. Henri Bourgeois, La mort, Paris, Desclée/Novalis, 1988, p. 169

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