Collection « Célébrer » : Liturgie et mission
Ce quatorzième volume de la collection Célébrer invite à redécouvrir le lien entre la liturgie et la mission.
« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19).
La mission ne naît pas d’abord de l’initiative de l’Église : elle trouve sa source dans le dessein du Père qui veut que tout homme soit sauvé. La liturgie, célébration des merveilles de Dieu et action de grâce de son peuple, rend présent ce mystère d’amour offert au monde.
L’histoire complexe de l’Eglise témoigne de l’opposition entre ces deux termes, cependant liturgie et mission sont inséparables. Loin d’être deux réalités juxtaposées, elles participent d’un même mouvement : ce que l’Église reçoit dans la célébration, elle est appelée à l’annoncer au monde ; ce qu’elle proclame dans sa mission puise sa source dans le mystère qu’elle célèbre. La liturgie engendre la mission et la mission déploie dans le monde ce que la liturgie donne à contempler.
À l’heure où l’Église est appelée à renouveler son élan missionnaire, ce quatorzième ouvrage de Célébrer invite à découvrir le lien profond qui unit liturgie et mission au cœur de sa vie.
Conformément à l’approche de la collection, ce volume alterne le récit liturgique, la relecture mystagogique et l’approfondissement théologique pour aider chacun à vivre pleinement l’acte du chant dans la liturgie. Des QR Codes rendent accessibles divers articles complémentaires, souvent plus pratiques, disponibles sur liturgie.catholique.fr.
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Présentation
Pour habiter les liens qui unissent la liturgie et la mission, il est nécessaire de revenir au sens profond de l’une et de l’autre. Lorsque l’on parle de la mission de l’Église, il est bon de se souvenir que le terme « mission », utilisé au singulier, était réservé jusqu’au xvie siècle à la mission de Dieu, celle du Fils et celle de l’Esprit. On a vécu seize siècles sans parler de la mission de l’Église, ce qui ne l’empêcha pas d’œuvrer à l’avènement du Royaume. Le terme « mission de l’Église » au singulier est même absent du Dictionnaire de théologie catholique (DTC) rédigé entre 1899 et 1950.
L’usage du terme « mission » appliqué progressivement à l’Église lui permit de signifier sa participation à la missio Dei, mais lui fit aussi courir le risque d’un autoréférencement, oubliant qu’elle n’est ni la source ni le but de la mission, mais qu’elle est ordonnée à l’avènement du Royaume, dont elle est « le germe, le signe et l’instrument » (Redemptoris missio, n° 18). Un autre risque fut la tendance, au gré des époques, à limiter l’activité missionnaire à tel ou tel aspect de la mission.
Aujourd’hui, la dominante en est la fonction prophétique – en particulier l’annonce – ; en d’autres temps, la fonction royale et la transformation du monde en furent la pointe. Le danger pour l’Église est de faire de la mission son œuvre, oubliant qu’elle est un mystère et que Dieu seul est missionnaire, ce qui implique que seule sa sainteté est missionnaire, comme le dit Jean-Paul II dans le dernier chapitre de Redemptoris missio (n° 90-91).
Présentation
Il est parfois bien difficile de savoir de quoi on parle tant le vocabulaire missionnaire a pu fluctuer au cours du temps, y compris à la période contemporaine. Au terme « mission », trop marqué par « les missions » ad extra, au moment de la décolonisation, on substitua celui d’« évangélisation ». Il avait alors la particularité d’englober tous les aspects de la mission avant qu’il ne prenne de nos jours un sens plus précis d’annonce, et parfois même d’annonce explicite. Seul le contexte permet de savoir s’il est à entendre dans son sens holistique ou son sens restreint.
L’« apostolat » a eu ses lettres de noblesse. Le concile Vatican II a publié un décret sur l’apostolat des laïcs. L’apostolat chrétien désigne l’appel et l’envoi reçus directement du Christ. « La vocation chrétienne est par nature vocation à l’apostolat. » Ce terme fut très utilisé précisément dans les mouvements d’apostolat. Quelque peu relégué, on n’a cessé depuis de chercher d’autres expressions, telle christifideles – les fidèles sont les fidèles du Christ, et ce terme s’applique aussi bien aux personnes ordonnées qu’aux laïcs ! L’une des dernières en date est le « disciple-missionnaire » (avec le trait d’union !). Parfois, on confond disciple-missionnaire et agent pastoral, mais le disciple-missionnaire désigne tout baptisé. Il n’a pas nécessairement de fonction pastorale.
On ne voit pas toujours le lien entre le vocabulaire de la mission et celui de la liturgie. Nous héritons d’une histoire complexe. On a longtemps opposé dans l’Église de France la « sacramentalisation » et l’évangélisation, comme l’on disait dans les années 1970. Pour certains, il fallait d’abord évangéliser. Cela signifiait faire découvrir la foi avec une insistance forte sur la nécessité de comprendre et de s’engager. Pour célébrer un sacrement, il fallait avoir une conscience éclairée de ce que l’on faisait, oubliant parfois que la conscience du mystère reste tout de même relative. La liturgie était destinée à ceux qui avaient déjà parcouru un long chemin de compréhension. Elle parachevait le parcours du chrétien plus qu’elle n’en était la source.
Pour d’autres, la liturgie était le tout de la vie de l’Église. La mission de l’Église semblait se limiter à la célébration des sacrements et à quelques activités caritatives connexes. Cette attitude desservait la liturgie qu’elle entendait servir en la privant de sa dimension sacramentelle d’ouverture au monde et au sens divin de l’expérience humaine. Le clivage pouvait être très fort entre les tenants de l’évangélisation et ceux de la liturgie. Les tentatives pour résoudre cette opposition binaire furent complexes. Le rapport Coffy de 1971 à l’assemblée des évêques à Lourdes, L’Église signe de salut au milieu des hommes, a contribué à faire évoluer la situation en reprenant l’enseignement du Concile sur l’Église sacrement de salut.
Du temps a passé et les tensions se sont apaisées, mais les risques subsistent de faire de la liturgie ou de la mission un en-soi, ou d’instrumentaliser l’une au service de l’autre. On peut émettre l’hypothèse que chacune est nécessaire à l’autre pour que l’une et l’autre trouvent leur juste place. Chacune reçoit son identité de sa relation à l’autre. La mission révèle le sens profond de la liturgie et la liturgie donne le sens de la mission. Pourrait-on aller jusqu’à dire – sans jouer sur les mots – que la liturgie est mission et que la mission est liturgie ? Probablement que cela nous conduirait à sortir à la fois d’une conception vulgaire de la mission – pensée comme œuvre ecclésiale de conversion des autres en vue de la croissance de l’Église – et d’une conception figée de la liturgie, qui ne lui donne pas toute sa dimension dans l’histoire présente du salut. L’une et l’autre ne participent-elles pas à la révélation que Dieu fait de lui-même dans la célébration comme dans l’histoire ? Tel sera précisément notre point de départ.
En effet, l’une et l’autre ont leur fondement et leur achèvement en Dieu. La mission demeure essentiellement la mission de Dieu. Elle a sa source dans le dessein du Père, qui veut que tout homme soit sauvé et qui l’accomplit par ses deux mains : le Verbe et l’Esprit. La divine liturgie est la célébration des merveilles de Dieu, le chant de l’action de grâce, le cantique nouveau des élus qui s’élève vers le Père de qui vient tout don. L’une et l’autre trouvent leur accomplissement dans la réunion des élus à la table du Père. C’est en partant de cet accomplissement eschatologique que l’on comprend mieux les liens qui les unissent mystérieusement, ici et maintenant.
Christian Salenson


