La liturgie des Heures et le mystère pascal
« Jamais l’Église n’a omis de se réunir pour célébrer le mystère pascal » (SC 6). Cela vaut pour l’eucharistie bien sûr, mais aussi pour toute liturgie, et particulièrement la liturgie des Heures, puisqu’en elles « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC 2).
En passant par le creuset de la prière des Heures, nous laissons le Christ nous façonner à sa ressemblance dont la fine pointe est l’entrée dans le mystère pascal de sa mort, de sa résurrection et de sa glorification. Avec lui, dans la prière, nous traversons la mort pour entrer dans la vie.
En tes mains, je remets mon esprit
Parce que nous avons été baptisés, nos vies ne sont plus à nous-mêmes, mais au Christ qui les a rachetées pour les remettre au Père. La prière des Heures nous permet d’adhérer à ce mystère d’amour parce qu’elle nous prend au milieu de nos activités pour nous conduire devant le Père. Ainsi, à plusieurs reprises dans la journée, nous lâchons prise sur nos vies lorsque nous acceptons de nous tenir devant Dieu et de nous laisser conduire en priant avec les mots que l’Église nous donne. Nous remettons nos vies entre les mains du Père et le laissons agir en nous : « Seigneur, ouvre mes lèvres – Et ma bouche publiera ta louange ».
Toute la liturgie des Heures nous donne de vivre de ce mouvement intérieur qui part de notre pauvreté, Je m’égare, brebis perdue, et va jusqu’à consentir à l’action de Dieu, viens chercher ton serviteur (Ps 118, 176). Quelle que soit l’Heure que nous prions, vêpres, laudes ou milieu du jour, nous faisons ce chemin qui va de nous, pauvres pécheurs, à Dieu, unique adorable, chemin qui fortifie notre capacité à nous tenir ensuite dans le monde en ressuscités.
Devenir obéissant avec le Christ
L’hymne, les psaumes, la parole de Dieu, chacun à sa manière, nous enseignent le passage de la confiance et de l’obéissance. Ils nous permettent d’affermir notre foi, jour après jour, Heure après Heure, en imprimant en nous les paroles qui construisent notre être chrétien. Ainsi chantons-nous la réalité fondamentale et ineffaçable de la vie chrétienne : « L’arbre de la croix indique le passage », dans une hymne qui, tout aussitôt, pose la question : « qui prendra Jésus pour Maître et pour ami ? » Il nous appartient de choisir d’avancer, avec le Christ, pour franchir ce passage nécessaire : puisqu’il s’attache à moi, je le délivre, je le défends, car il connaît mon nom (Ps 90, 14), tu m’as répondu ! (Ps 21, 22c). Nous ne sommes jamais seul, le Christ nous précède et nous accompagne. Les psaumes, longuement médités, nous l’enseignent, non seulement par une réflexion intellectuelle, mais pas une lente appropriation de leur contenu, une lente imprégnation. Nous sommes ainsi conduits à dire, avec le Christ : dans ma bouche, il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu, alors j’ai dit : « Voici, je viens » pour faire ta volonté (Ps 39, 4.8).
Entrer dans la vie
La liturgie des Heures nous met en communion avec la Passion-résurrection-glorification du Christ par le moyen de la Parole. Parole qui nous façonne, nous convertit, nous attire plus loin que nos pauvres désirs, nous fait traverser nos peurs et nos hésitations pour nous conduire à partager la vie divine. Un rien et je perdais pied (Ps 72, 2), mais, tu m’as fait revivre quand je descendais à la fosse (Ps 29, 4), c’est pourquoi je te rends grâce (Ps 117, 21).
Au fil des psaumes, des hymnes, des prières, à travers l’organisation même de la prière des Heures, nous faisons l’expérience du passage qui nous libère de nos morts pour nous faire entrer dans la vie éternelle dès ici-bas.

