L’expérience française du catéchuménat depuis la seconde guerre mondiale
L’afflux actuel des catéchumènes est un défi. Or le catéchuménat d’adultes n’en est pas à ses débuts. En France, il bénéficie d’une expérience dont les premiers pas sont repérables au cours de la Seconde Guerre mondiale. Relire cette évolution peut aider à mieux identifier les questions théologiques et pastorales qui se posent aujourd’hui.
Dans un article paru dans la revue La Maison-Dieu (2026/3), le théologien Roland Lacroix propose une telle relecture dont voici les grandes étapes avec quelques extraits de l’article. On trouvera plus loin le moyen de feuilleter l’article complet : « L’expérience française du catéchuménat mise en perspective historique ».
L’afflux actuel des catéchumènes pourrait faire oublier qu’en France le catéchuménat d’adultes n’en est pas à ses premiers pas. « C’est en France que le processus d’initiation chrétienne a repris d’abord vie, en lien avec l’urgence de la mission », lit-on dans un ouvrage. Dès 1943, dans le livre fameux de Godin et Daniel, La France, pays de mission ?, les auteurs font allusion aux nombreuses demandes de baptême d’adultes : « Ne nous amenez plus personne, nous sommes débordés (…) il nous manque pour cette foule immense un catéchuménat organisé ». Dès les années 1940, le catéchuménat français doit donc s’organiser.
Naissance d’une préoccupation catéchuménale
Ce phénomène de réapparition du baptême d’adultes prend une telle ampleur qu’une Sous-commission de la catéchèse des adultes dans le catéchuménat est créée au sein du Centre National de l’Enseignement Religieux (CNER). Les évêques demandent à cette commission de se mobiliser pour mutualiser les expériences et initier l’institutionnalisation d’un catéchuménat.
Cela prend la forme d’une session organisée en 1956 avec pour thème Vers un catéchuménat d’adultes, session qui révèle que de nombreuses expériences sont déjà en cours. Mais l’institutionnalisation du catéchuménat débute avant même cette session : le premier service diocésain du catéchuménat en France est créé à Lyon en novembre 1953.
« Vers un catéchuménat d’adultes »
À l’occasion de la rencontre de 1956, une enquête est faite auprès des diocèses, la première d’une longue série. Elle fait état de 4000 à 5000 baptêmes d’adultes par an. Selon l’enquête, plus de 80 % ne persévèreraient pas après leur baptême. Concernant la célébration des sacrements d’initiation, un grand nombre de baptêmes d’adultes n’aboutissent même pas à l’eucharistie, sous le « prétexte » que les catéchumènes « n’en sont pas capables ».
La réflexion théologique accompagnant ces expérimentations concerne surtout les « étapes catéchuménales ».
La relation avec les paroisses resta longtemps une difficulté. On ne concevait pas un catéchuménat hors paroisses et pourtant, dans la pratique, se faisait sentir la nécessité d’initier les catéchumènes dans des communautés distinctes des paroisses. La défiance vis-à-vis de la capacité des paroisses à accompagner des catéchumènes resta longtemps l’un des marqueurs du catéchuménat français.
L’Église de France avait donc déjà une certaine expérience au début des années 1960. Anticipant la demande du concile Vatican II, de plus en plus de services diocésains du catéchuménat furent alors créés. Le Service national du Catéchuménat le fut également en 1964.
Cette étape d’institutionnalisation est concomitante au concile Vatican II. Au cours de cette période, on veut poursuivre l’« effort catéchuménal » des années précédentes avec trois chantiers prioritaires :
- La catéchèse (en lien avec le CNER).
- La liturgie (en lien avec le Centre National de Pastorale Liturgique, CNPL). Cette période est marquée par la rédaction du nouveau rituel du baptême des adultes à la demande du concile Vatican II. Un Rituel ad experimentum est publié dans les catéchuménats français dès le carême 1968. Une fois l’Ordo initiationis christianae adultorum (OICA) promulgué (janvier 1972), d’autres expérimentations conduiront au Rituel ad interim promulgué pour les pays francophones en 1974.
- Le parrainage.
Dans les années 1970, ce que l’on appelle alors la « pastorale catéchuménale » prend de plus en plus de place. Il s’agit d’une compréhension du catéchuménat au sens large, destiné à tous les « gens en recherche », avec l’ambition de faire de l’Église une « Église catéchuménale ».
L’un des aspects de cette « autre pastorale » est la priorité donnée au format « petit groupe ». En lien avec cette priorité, on envisage des liturgies « de type catéchuménal ». Il s’agit à l’époque de rechercher de nouvelles « formes d’expression » pour respecter le cheminement de personnes qui sont au seuil « d’un premier mouvement de conversion » et ont besoin d’une « vie ecclésiale sur mesure ».
Le développement d’une pastorale catéchuménale dans les années 1970 correspondait à une période de baisse du nombre de demandes de baptêmes d’adultes. Celles-ci vont de nouveau augmenter au seuil des années 1980. Mais, d’une part, tous les diocèses ne sont pas encore organisés et, d’autre part, le catéchuménat n’est toujours pas implanté dans les paroisses. Pourtant, pratique et réflexion se poursuivent et un grand effort est fait pour rendre visible le catéchuménat. Ce qui n’empêche pas qu’être entendu quand on demande le baptême à l’âge adulte reste difficile : « C’est très compliqué, commencer ça à votre âge… ».
Du côté de ses acteurs, une évolution est cependant notable. Ainsi vont être alors organisés un colloque d’experts et de praticiens en 1984 et des Assises nationales en 1985 qui prônent, non sans débat, un recentrage sur toutes les dimensions de l’initiation chrétienne, notamment sur sa dimension rituelle et sacramentelle. Demeure la difficulté de l’apprentissage de cette dimension dans la pratique. Ainsi la confirmation reste différée dans la plupart des diocèses.
Les années 1990 voient le nombre de catéchumènes progresser d’année en année. Le développement du catéchuménat se poursuit. Les acteurs profitent désormais de l’apport de théologiens de la catéchèse et de théologiens de la liturgie et des sacrements, ce qui est relativement nouveau et participe à la compréhension du catéchuménat comme mise en œuvre de l’initiation chrétienne.
L’événement « catéchuménal » des années 1990 est la promulgation du RICA en 1996. Il est vrai que de nombreux acteurs du catéchuménat n’en sont alors qu’à une découverte de la ritualité de l’initiation chrétienne, ce qui expliquera la difficulté de sa réception sur le terrain. Cette réception est d’ailleurs toujours en cours. Après trente ans d’expérimentation, le RICA reste encore peu connu et certaines réticences demeurent, par exemple vis-à-vis de certains rites – le rite des scrutins, du renvoi… –, et demeure une grande disparité de mise en œuvre selon les lieux.
La longue expérience française du catéchuménat se poursuit aujourd’hui. Il fait même la une des médias grâce à une « explosion » des demandes de baptême d’adultes et d’adolescents. Ce que nous apprend la mise en perspective de l’évolution du catéchuménat en France est que, si elle doit s’adapter pastoralement aux nouvelles demandes, la pratique catéchuménale est d’abord une mise en œuvre de l’itinéraire rituel de l’initiation chrétienne, le RICA. Il s’agit donc d’abord de faire confiance à la capacité de ce Rituel, dont les rites sont ancrés dans la plus ancienne tradition d’initiation de l’Église, à initier les catéchumènes d’aujourd’hui à la vie chrétienne.
Roland Lacroix, théologien de la catéchèse et du catéchuménat, enseignant à l’Institut supérieur de Pastorale catéchétique. Il a publié notamment : Accompagner des catéchumènes. Guide pastoral, catéchétique et liturgique, Paris, Salvator, 2022 ; L’initiation chrétienne : un chemin de conversion, Paris, Cerf, 2025.
FEUILLETER L’ARTICLE « L’expérience française du catéchuménat mise en perspective historique »
|
Résumé de l’article Dès les années 1940, face aux déjà nombreuses demandes de baptêmes d’adultes, le catéchuménat commence à s’organiser et à expérimenter les étapes liturgiques de l’initiation, bien avant le concile Vatican II. Dans les décennies suivantes (1950-1960), une réflexion théologique approfondie accompagne cette pratique catéchuménale renouvelée et permet de mieux en saisir les enjeux liturgiques et sacramentels. Les années 1970 marquent un déplacement : les acteurs du catéchuménat aspirent alors à faire de toute l’Église une Église catéchuménale. Toutefois, dans les années 1980, leur pratique et leur réflexion se recentrent sur l’initiation chrétienne elle-même. Une étape majeure est franchie dans les années 1990 avec la promulgation du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes. Mais la réception de ce Rituel est encore en cours. |
Cette mise en perspective historique de l’expérience française du catéchuménat ouvre le dossier du numéro 265 de la revue La Maison-Dieu portant sur « Les rites de l’Initiation chrétienne au service des catéchumènes ».
