Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes

Par le père Norbert Hennique, Ancien directeur du département Art Sacré du SNPLS

Le Jour de Pâques 1999, le Pape Jean-Paul II publiait une lettre adressée à tous ceux qui, avec un dévouement passionné, cherchent de nouvelles « épiphanies » de la beauté pour en faire don au monde dans la création artistique. Il comportait un paragraphe intitulé : « Appel aux artistes ».

L’appel du Pape à l’intention des artistes demeure toujours actuel. Il se réalise particulièrement aujourd’hui en permettant de nouveaux rapports entre les commandes de l’Eglise et la production des artistes, peintres, sculpteurs, architectes, restaurateurs, musiciens, poètes, dramaturges…A nous de lui donner un écho !

« Par cette lettre, je m’adresse à vous, artistes du monde entier, pour vous confirmer mon estime et pour contribuer à développer à nouveau une coopération plus profitable entre l’art et l’Église. Je vous invite à redécouvrir la profondeur de la dimension spirituelle et religieuse qui en tout temps a caractérisé l’art dans ses plus nobles expressions. C’est dans cette perspective que je fais appel à vous, artistes de la parole écrite et orale, du théâtre et de la musique, des arts plastiques et des technologies de communication les plus modernes.

Je fais spécialement appel à vous, artistes chrétiens : à chacun, je voudrais rappeler que l’alliance établie depuis toujours entre l’Évangile et l’art implique, au-delà des nécessités fonctionnelles, l’invitation à pénétrer avec une intuition créatrice dans le mystère du Dieu incarné, et en même temps dans le mystère de l’homme.

Aucun être humain, en un sens, ne se connaît lui-même. Non seulement Jésus Christ révèle Dieu, mais il «manifeste pleinement l’homme à lui- même. Dans le Christ, Dieu s’est réconcilié le monde.

Tous les croyants sont appelés à rendre ce témoignage; mais il vous appartient, à vous hommes et femmes qui avez consacré votre vie à l’art, de dire avec la richesse de votre génie que, dans le Christ, le monde est racheté : l’homme est racheté, le corps humain est racheté, la création entière est rachetée, elle dont saint Paul a écrit qu’elle «attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8, 19).

Elle attend la révélation des fils de Dieu même à travers l’art et dans l’art. Telle est votre tâche. Au contact des œuvres d’art, l’humanité de tous les temps – celle d’aujourd’hui également – attend d’être éclairée sur son chemin et sur son destin. »

La lettre du pape aux artistes

À tous ceux qui, avec un dévouement passionné, cherchent de nouvelles « épiphanies » de la beauté pour en faire don au monde dans la création artistique.

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31).

L’artiste, image de Dieu Créateur

1. Personne mieux que vous artistes, géniaux constructeurs de beauté, ne peut avoir l’intuition de quelque chose du pathos avec lequel Dieu, à l’aube de la création, a regardé l’œuvre de ses mains. Un nombre infini de fois, une vibration de ce sentiment s’est réfléchie dans les regards avec lesquels, comme les artistes de tous les temps, fascinés et pleins d’admiration devant le pouvoir mystérieux des sons et des paroles, des couleurs et des formes, vous avez contemplé l’œuvre de votre inspiration, y percevant comme l’écho du mystère de la création, auquel Dieu, seul créateur de toutes choses, a voulu en quelque sorte vous associer.

Pour cette raison, il m’a semblé qu’il n’y avait pas de paroles plus appropriées que celles de la Genèse pour commencer la lettre que je vous adresse, à vous auxquels je me sens lié par des expériences qui remontent très loin dans le temps et qui ont marqué ma vie de façon indélébile. Par cet écrit, j’entends emprunter le chemin du dialogue fécond de l’Église avec les artistes qui, en deux mille ans d’histoire, ne s’est jamais interrompu et qui s’annonce encore riche d’avenir au seuil du troisième millénaire.

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La vocation artistique au service de la beauté

3. (…) Celui qui perçoit en lui-même cette sorte d’étincelle divine qu’est la vocation artistique – de poète, d’écrivain, de peintre, de sculpteur, d’architecte, de musicien, d’acteur… – perçoit en même temps le devoir de ne pas gaspiller ce talent, mais de le développer pour le mettre au service du prochain et de toute l’humanité.

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L’art face au mystère du Verbe incarné

5. (…) La Sainte Écriture est devenue ainsi une sorte d’«immense vocabulaire» (P. Claudel) et d’«atlas iconographique» (M. Chagall), où la culture et l’art chrétien ont puisé. L’Ancien Testament lui-même, interprété à la lumière du Nouveau, s’est avéré source inépuisable d’inspiration. À partir des récits de la création, du péché, du déluge, du cycle des Patriarches, des événements de l’Exode, jusqu’à tant d’autres épisodes et personnages de l’histoire du salut, le texte biblique a enflammé l’imagination de peintres, de poètes, de musiciens, d’auteurs de théâtre et de cinéma.

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L’Église a besoin de l’art

12. (…) Mais l’Église a également besoin des musiciens. Combien de composi tions sacrées ont été élaborées, au cours des siècles, par des personnes profondément imprégnées du sens du mystère! D’innombrables croyants ont alimenté leur foi grâce aux mélodies qui ont jailli du cœur d’autres croyants et sont devenues partie intégrante de la liturgie, ou du moins concourent de manière remarquable à sa digne célébration. Par le chant, la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et d’amour, une attente confiante de l’intervention salvifique de Dieu.

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L’intégralité du texte sur le site du Saint-Siège

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